2600 listes de candidatures au plan national pour les locales 2014, c’est de la farce et non la démocratie !

Mercredi 14 Mai 2014 - 23:20




« Tout excès est nuisible. »

Monsieur le président de la République, le souci de légitimité ne doit pas prendre le dessus sur celui de l’efficacité, de la transparence, de la tranquillité, de l’ordre, etc. Visiblement, vous tenez malgré tout à organiser ces locales contre vents et marées avant l’application des réformes de la CNRI, dans le seul souci de vous conformer à sa date de tenue prévue par le calendrier républicain. C’est une grave erreur d’insister, et de ne pas tenir compte des conséquences qui peuvent découler de ces élections, pour des raisons évidentes. Car son impréparation, au plan matériel et financier est manifeste et saute aux yeux de tout le monde maintenant. Sans doute, les échos, et les informations de vos RG qui vous parviennent régulièrement depuis son annonce Monsieur le président de la République, devraient vous montrer, qu’il y a de sérieux problèmes, tant au niveau administratif, institutionnel, organisationnel que sur la parité intégrale enfin. Par conséquent, pour éviter une catastrophe inutile à tout le pays, catastrophe qui d’ailleurs, si elle a lieu, risque immanquablement de vous retomber sur la tête Monsieur le président. Ainsi, la voie la plus sage et indiquée présentement, est celle de renvoyer ces élections sine die, pour la paix des cœurs et l’intérêt général.

Ces élections locales du 29 juin 2014, feront date assurément et des révélations inattendues et abracadabrantes. Le nombre de listes de candidatures dans tout le pays déjà montre clairement que les candidats en lice cherchent plutôt à se faire élire pour leur intérêt personnel, et non pour servir véritablement les populations de leur localité. La composition des prétendants et la nature même des listes en compétition, qui sont presque toutes faites, de coalitions, et rarement de partis politiques seuls partant sous leur propre bannière, montrent bien le déficit ou la perte de crédibilité politique de certains d’entre eux, qui n’osent pas se présenter seuls devant leurs électeurs. D’autre part, nous avons noté une remarque surprenante et de taille, qui démasque certains pourfendeurs des politiciens, qui se déclaraient « apolitiques », mais se retrouvent aujourd’hui sur les listes de candidatures après une rude bataille pour avoir une place. Ces listes révèlent en effet de manière irréfutable et on ne peut plus clair, que ceux qui vilipendaient avec véhémence les politiciens professionnels, parce qu’ils étaient des accros à la politique, sont en réalité pires et plus avides de pouvoir encore que ces derniers, comme le montreront les listes lors de leur publication officielle.

Ces citoyens soi-disant apolitiques, bizarrement comme des chiffonniers sans en avoir l’air, certains d’entre eux se disputaient à mort pour figurer sur les listes, et d’autres pour être têtes de liste, en vue d’être futur conseiller ou Maire. Leurs empoignades ont donné lieu au cours de la constitution des listes, à toutes sortes de tractations, de croc-en-jambe, de combines et mesquineries, rien que pour liquider sans ménagement ni tenir compte non plus des compétences avérées, et intérêts de la localité, des adversaires potentiels plus représentatifs et crédibles. Pourtant, c’est exactement cela que ces censeurs d’hier reprochaient aux hommes politiques tout le temps et jusque-là. Mais où se trouve alors la différence entre ces deux ? Au fond, c’est une mauvaise querelle et fausse interprétation que les premiers font aux autres, mais en vérité, eux tous, sont en train d’agir en véritables politiciens, si nous admettons toutefois, que la politique, c’est : l’art de diriger la cité. Donc, de grâce trêve de polémiques. Trop c’est trop !

Ces locales de 2014, dévoilent en fait, des non-dits ou plus exactement, des ambitions politiques démesurées, dissimilées jusque-là par ceux-là qui détestaient pourtant hier la politique, mais en parole simplement. Cette rude bataille révélée pour ces locales, à laquelle nous assistons, et que certains mènent farouchement pour être candidat à tout prix sur une liste, est une honte et suscite une réelle inquiétude auprès de certains citoyens, qui n’arrivent pas à comprendre pourquoi subitement un tel engouement et acharnement de tout ce beau monde à ces locales? Ce regain d’intérêt subreptice de ces gens, si indifférents hier pour la chose politique, met les électeurs avertis dans une situation embarrassante pour choisir objectivement les présumés meilleurs représentants locaux, pour la défense des intérêts de leur localité. Ils peuvent supposer dès lors légitiment et à juste titre, qu’il doit y avoir certainement anguille sous roche. En observant tous ces déchirements constatés au sein des partis politiques, coalitions de partis et mouvements, familles idéologiques, etc., qui constituent une preuve palpable d’un manque d’homogénéité, d’unité de pensée et d’objectif commun, peut-on réellement affirmer avec certitude que ces ambitieux candidats, ne sont guidés que par le sacerdoce ? Nous en doutons sérieusement jusqu’à preuve du contraire.

Ces élections s’annoncent à tous égards de se dérouler avec probablement de gros risques de turbulence en vue, si nous nous référons à l’atmosphère d’adversité exacerbée qui prévaut, et que nous avons bien pu noter à travers tout le pays. Cette presque veille de guerre totale qui ne dit pas son nom, mais se manifeste dans les différents états majors des coalitions, alors que nous n’en sommes pour l’instant, qu’au dépôt des listes de candidatures, montre à suffisance, que ces élections locales s’inscrivent sur une trajectoire peu rassurante et avec un horizon sombre. Sans être un oiseau de mauvais augure, ces locales partent pour battre le record de la confusion et d’incohérences que nous n’avions jamais connu jusque-là, au cours d’élections chez-nous. Ces élections du 29 juin 2014 risquent de se passer dans un imbroglio total et indescriptible, et même d’être pires que celles de 1996 sous Diouf, qui avaient été émaillées d’incidents, à cause de sa mauvaise organisation matérielle et administrative, par le fait d’un ministre de l’intérieur qui n’était pas à la hauteur, Abdourahmane Sow. Elles avaient d’ailleurs nécessité une reprise par endroits. En ce qui concerne celles-ci, il n’est pas dit Monsieur le président de la République, que votre ministre de l’Intérieur du moment, sera capable de juguler et maîtriser, les éventuels troubles qui risquent de découler de la confusion électorale qui s’installe déjà avant et le jour J.

Déjà vous êtes confronté à une farouche opposition de l’application de la loi sur la parité, sur l’ensemble du territoire. Même dans votre gouvernement et parmi vos plus proches collaborateurs, le son de cloche n’est pas le même. Egalement, la solidarité, comme le soutien ferme et agissant auxquels vous devriez être en droit d’attendre de vos collaborateurs les plus proches dans de pareilles situations, vous manquent ou s’effritent plutôt. Ce qui vous rend dans la situation présente, esseulé et isolé, face aux assauts venant de toutes parts, parmi lesquels votre prédécesseur et ancien mentor, Me Wade, qui ne vous fera pas cadeau au contraire. Et cependant, vous êtes tenu par votre fonction de président de la République, et devez malgré tout et quoi qu’il advienne, trancher vite et bien, cette question épineuse et grave de conséquence, de la parité Intégrale. Alors, cette patate chaude de la parité, que Me Wade vous a fourguée sciemment, en connaissance de cause de sa dangerosité, comme bien d’autres boulets d’ailleurs en état latent, risque de vous jouer un sale tour, si toutefois vous ne lui trouvez pas une solution sage et juste socialement par rapport à nos propres réalités.

Au regard de l’inflation particulière des listes de coalitions de partis et mouvements contre nature dans ces élections, de l’anarchie que nous avons constatée avec des candidatures farfelues et iconoclastes sur les listes, il en ressort l’impression que tout le monde voudrait en fin de compte devenir Maire, et il est fort probable que les prochaines consultations locales buteront sur une cacophonie généralisée avant, pendant ou à son terme.

Il apparaît clairement maintenant à travers ces élections, que préalablement, la réforme des institutions, devait bien précéder les présentes consultations, dans l’objectif de leur rationalisation et mise à niveau, afin de réduire tous ces disfonctionnements que nous constatons en ce moment. Il est indéniable aujourd’hui, que le Sénégal ne peut plus faire l’économie de la réforme et réorganisation des partis politiques sur des critères objectifs et raisonnables, mais sans sacrifier les libertés fondamentales reconnue par la constitution. Ensuite, ce populisme ou cette démagogie politicienne à admettre dorénavant des Maires illettrés, est une farce de mauvais goût qui ne fait qu’en rajouter à la confusion, déjà à son paroxysme et rabaisser davantage la qualité de nos institutions à ras de sol.

Le Gouvernement ne semble pas prendre l’exacte mesure des risques de troubles que la situation présente couve et ce qu’il pourrait engendrer. En effet, la rupture fondamentale avec les pratiques de Me Wade est un passage obligatoire si nous voulons nous débarrasser des séquelles de sa gestion. Le gouvernement de Macky Sall ne fait que tourner autour du pot ou du surplace, s’agissant de la rupture. Par ailleurs, il y a bien des lois dans notre pays qui, indiscutablement sont à abroger, parce simplement, elles ont été introduites à l’époque par Abdoulaye Wade, rien que par populisme et démagogie.

Fort à l’époque d’une Assemblée nationale à sa dévotion, tout projet de loi déposé par les soins de Me Wade, passé comme lettre à la poste. Il existe bel et bien des lois à n’en plus finir, qui dans les règles devraient être soumises obligatoirement à référendum, mais elles ont pris le raccourci et bifurqué à l’Assemblée nationale et au Sénat, pour être votées automatiquement. Il est connu et reconnu qu’une loi de la République doit être examinée sous toutes ses formes et de fond en comble pour savoir si elle épouse et répond aux réalités intrinsèques du pays.

Avec Wade, tel n’était pas du tout le cas car, c’est qui imaginé et faisait tout. L’exemple de la loi sur la parité intégrale en donne la preuve. Et ce sont pourtant ceux qui l’avaient votée hier, qui la décrient hypocritement. S’agissant de la loi sur la parité, Wade en avait fait son cheval de bataille pour arnaquer et capter le vote féminin en 2012. Après le vote d’ailleurs, Me Wade avait reçu la visite de toutes les femmes toutes tendances confondues pouvoir et opposition. Donc, son coup avait parfaitement bien marché. Mais, pourquoi cette (LOI n° 2010-11 du 28 mai 2010 instituant la parité absolue) n’a été promulguée et appliquée aussitôt ? C’est là où les femmes ont manqué de vigilance et de perspicacité car, pas une seule fois la question n’a été posée à Wade, jusqu’à la veille de sa défaite.

D’autre part, il faudra nécessairement séparer, de manière claire et nette, l’Etat et la Religion ou le temporel du spirituel, car leur interconnexion crée tôt ou tard des conflits et disfonctionnements, qui sont préjudiciables à leur autonomie d’abord et par ricochet, aux citoyens qui n’arrivent plus à s’y retrouver quelques fois. Ceci est nécessaire pour mettre à l’aise les populations et communautés religieuses. Autrement dit, pour permettre à l’un et l’autre d’exercer en toute autonomie et le plus normalement du monde et éviter la possibilité d’aménagement de vases communiants, qui pourraient éventuellement et mutuellement, influencer sur leurs prises de décisions souveraines. « Manam dine ak jamono, su ñom ñar ñi dungante, faw ñuy demalante, ak di në mboonte ay mboot aki mbir».

Dans de pareilles situations, les règles et principes fondamentaux sont bafoués, ce qui fait sortir le droit par la fenêtre, pénalise la bonne marche des affaires publiques dans les deux côtés et ne respecte plus les droits des citoyens. Le président de la République a l’obligation régalienne et le devoir impérieux de gérer le Sénégal sur la base d’égale dignité entre tous ses citoyens et de faire régner l’ordre et la loi. Dans la mesure où, le gouvernement est dans l’incapacité de faire appliquer une loi sur l’ensemble de la République, la logique, la cohérence, le bon sens et la lucidité dicteraient que cette loi soit purement et simplement abrogée jusqu’à nouvel ordre, pour non-conformité avec la réalité sociologique du moment sur le terrain. "La raison et la prudence abrègent les excès de l'impertinence."

Mandiaye Gaye

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