41 ANS APRES SA DISPARITION : Le Mali rend un digne hommage à Omar Blondin Diop

41 ans après sa disparition, le Mali a rendu le dimanche 11 mai 2014 un digne hommage à Omar Blondin Diop, un intellectuel panafricain, militant politique sénégalais et membre actif du Mouvement des jeunes marxistes-léninistes du Sénégal. C’était au CICB sous la présidence du président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita.

Mercredi 14 Mai 2014 - 06:00

Après le Sénégal, l’année dernière, le Mali a rendu dimanche un vibrant hommage à Omar Blondin Diop à travers une cérémonie solennelle. Cette commémoration de Bamako, qui a été présidée par le président de la République IBK, constitue l’hommage fraternel et la connaissance des vertus salvatrices et d’action des fils d’Afrique. IBK a salué la mémoire d’Omar. Il dira qu’Omar était une lumière.

« J’ai eu la chance de faire la connaissance d’Omar et de découvrir que nos parents se connaissaient. Omar était un homme universel, d’où son manque de complexe« , a témoigné IBK

Omar Blondin Diop a eu une existence courte, mais riche et diverse, au cours de laquelle il a pu beaucoup lire, écrire un peu, faire deux films dont La Chinoise de Godard. Le sens d’un tel hommage vise à magnifier une trajectoire exemplaire faite d’ardeur à l’étude, d’ouverture d’esprit, de détermination et d’abnégation dans la lutte de libération, de simplicité et de désintéressement dans les relations humaines et, surtout, d’une honnête scrupuleuse et d’une générosité sans bornes.

« Notre frère Omar était un homme libre. Libre de fait de son savoir immense. C’était un homme merveilleux« , a noté le président de la République.

Outre IBK, des frères, anciens camarades et connaissances d’Omar ont fait des témoignages sur lui.

Cheick Oumar Diarrah, l’ex-ministre de la Réconciliation nationale et Développement des régions du Nord, qui fait partie des dernières personnes qui ont vu Omar Blondin Diop, a témoigné qu’il retient de lui sa soif de connaissance, le nationalisme et le panafricanisme. Alioune Sall dit Paloma, le dernier compagnon d’Omar a rappelé les moments intenses de la vie de son compagnon de lutte en France et à Bamako. Il a indiqué qu’Omar avait quelque chose d’allergique au pouvoir. Pour sa part, Dialo Blondin Diop, le frère cadet d’Omar, a lu des textes écrits par son frère.

Omar Blondin Diop est né le 18 septembre 1946 à Niamey (Niger). Fils aîné d’une fratrie de onze garçons dont le père, Ibrahima, médecin et la mère, Adama Ndiaye, sage-femme, tous deux originaire de Saint-Louis du Sénégal, sont respectivement natifs de Toukoto (Mali) et Siguiri (Guinée).

Au terme d’études primaires et secondaires au Lycée Van Vollenhoven de Dakar et au Lycée Montaigne et Louis Le Grand de Paris, Omar est le premier Sénégalais reçu au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, en 1967. Elève professeur en philosophie et sociologie à l’université de Nanterre, il participe activement aux événements de mai 68 à Paris, en tant que membre fondateur du Mouvement du 22 mars. Ce qui lui vaudrait d’ailleurs une mesure d’expulsion du territoire français, en même tant que Daniel Cohn-Bendit.

« Le Mali fait honneur à Omar »

De retour à Paris en 1970, suite à la levée de la mesure d’expulsion par le président Pompidou, sa préparation de l’agrégation est interrompue par l’arrestation du groupe dit des « Incendiaires« , dont deux de ses frères, qui avaient mis le feu au centre culturel français de Dakar, en janvier 1971. Condamné à de lourdes peines, dont deux ans de travaux forcés à perpétuité, par un tribunal spécial, ancêtre de la Cour de sûreté de l’Etat, certains membres du groupe seront ultérieurement déportés au centre pénitentiaire spécial de Kédougou, au Sénégal oriental.

Indigné et choqué par la sévérité et la disproportion de ce verdict, Omar et quelques amis notamment Alioune Sall dit Paloma et Alymana Bathily, décident alors de suspendre leurs études supérieures et de regagner l’Afrique afin d’œuvrer à la libération de leurs camarades emprisonnés.

Arrivés à Bamako après un périple qui les conduira successivement en Syrie puis à Alger et Conakry, ils ne parviendront jamais au Sénégal. En effet, ils seront arrêtés préventivement par les autorités militaires maliennes, à l’occasion d’une visite officielle du président Senghor en novembre 1971, avant d’être extradés pieds et poings liés, par vol spécial, à destination de Dakar, le mois suivant. Omar et Paloma seront jugés et condamnés à trois ans de prison ferme par le même tribunal spécial, le 22 mars 1972, les autres inculpés bénéficiant de sursis.

Omar Diop trouvera la mort dans la nuit du 10 au 11 mai 1973 en prison sur l’île de Gorée au Sénégal. Après le refus du ministre de l’Intérieur, Jean Collin, de rendre son corps à sa famille, Omar sera inhumé par ses geôliers, après une autopsie réclamée par son père et réalisée en sa présence. Son décès déclenchera une vague de protestations et manifestations dans tout le pays et à l’étranger, notamment à Paris.

Pour le gouvernement de Senghor, c’était un suicide. Pour les frères Diop qui n’ont cessé de se battre pour la mémoire de leur frère, c’est un homicide politique. 40 ans après sa mort en détention dans la prison centrale de Gorée, dans des conditions dramatiques, Omar Diop Blondin a bénéficié pour la première fois d’une cérémonie de commémoration de l’Etat Sénégalais en 2013. Lors de cette première commémoration de cette perte cruelle, la famille d’Omar en l’occurrence, son frère cadet, le docteur Dialo Blondin Diop, a saisi les nouvelles autorités sénégalaises d’une demande de réouverture de l’enquête judicaire.

A la cérémonie d’hommage de Bamako, Dialo Blondin Diop a fait remarquer le 15 mai prochain fera un an qu’ils attendent la réponse à leur requête. Il a informé que les amis d’Omar ont décidé de créer une association d’amis d’Omar Blondin Diop.

« Le Mali fait honneur à notre frère Omar. Le Mali fait partie de notre sang et nous n’avons jamais coupé ce lien. C’est ici qu’Omar est parti et c’est ici que nous le verrons« , a reconnu un membre de la famille d’Omar Blondin Diop.

Sidiki Doumbia

Source: Les Echos du 13 mai 2014

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