Acte 3 de la décentralisation: l'audace absente.

La volonté clairement affichée de promouvoir le développement du pays à travers l’émergence de ses territoires organisés en Collectivités locales responsabilisées dans la prise en charge de leurs compétences, annonce un approfondissement de la décentralisation que certains ont vite qualifié de « révolutionnaire ».

Mardi 3 Décembre 2013 - 14:07

« Le développement par le local » est devenu un cri du cœur compris par le Président de la république ancien Maire de Fatick. L’entreprise est colossale et le processus enclenché doit aboutir à l’effectivité d’un transfert de moyens concomitants aux charges des Régions, des Départements et des Communes. Mais au plan institutionnel comme au plan financier, la «révolution » manque d’audace pour faire de ce difficile tournant, l’étape salvatrice vers les «sommets royaux ».

La communalisation intégrale et l’érection des départements en collectivités locales constituent des innovations appréciables dont les effets bénéfiques peuvent être fortement atténués par une régionalisation inappropriée. La pensée commune semble s’orienter vers un possible redécoupage des régions dont le nombre passerait de 14 à 6 ou 7 Régions constituées en Pôles Economiques Territoriaux.

L’audace première invite à l’augmentation du nombre de régions. Les raisons sont multiples et méritent d’être visitées.
L’essence de la décentralisation réside dans la proximité des acteurs. De vastes régions éloignent ces derniers rendant les contacts aléatoires, la mise en œuvre difficile, le suivi et l’évaluation des programmes in exhaustifs. Les autorités déconcentrées comme celles décentralisées peinent dans un tel schéma à inscrire leurs marques dans des activités qu’elles flairent sans les respirer à fond.
L’homogénéité des territoires perçue comme opportunité sera moins évidente que sur un territoire réduit.

Passer de 14 à 18 régions par division de certaines, réglerait beaucoup de problèmes. Ainsi les départements de Linguère, Podor, Bakel et Rufisque pourraient bien être érigés en régions jouissant de la plénitude de leurs attributs, au même titre que les départements et communes qui les composeront. Les nouveaux postes à ouvrir (gouverneurs, préfets, sous préfets, Services techniques régionaux, départementaux, élus) seront autant d’input en termes de ressources intellectuelles au profit du développement des territoires.

Les contestations larvées découlant de la perte de statut pour certaines localités senties par les autorités, motivent à coup sûr, la décision de procéder au redécoupage des régions après les élections locales déjà reportées vers le mois de Juin. Dans une telle perspective, que deviendront les conseils régionaux élus en juin ? Va – t – on simplement les fusionner avec les risques de se retrouver avec des assemblées pléthoriques ? Ou bien les élections régionales seront-elles découplées avec les élections municipales et départementales avec des charges financières et organisationnelles supplémentaires et l’inconvénient d’un marasme électoral ?

Or le schéma d’augmentation des régions offre l’avantage d’être moins contesté, et surtout d’avoir des assemblées homogènes définitivement élues dès le mois de Juin. En plus du gain de temps dans la satisfaction des demandes.

Au plan pratique, l’utilisation efficiente et efficace de toutes les potentialités du territoire implique un regroupement ou une union des acteurs autour de la gouvernance locale et la création d’une base de données des forces et des faiblesses du territoire comprenant mieux ses véritables enjeux et perspectives.

Ce regroupement ou cette union sont assurément plus faciles à mettre en œuvre dans des territoires géographiquement maîtrisés et sociologiquement plus homogènes. Des territoires viables et acceptés sont les garants d’une gouvernance locale participative, facteur essentiel d’émergence du pays résultant de l’impulsion du développement local à partir des richesses locales.

Ainsi les Pôles Economiques Territoriaux seraient des constructions non institutionnelles, des cadres interrégionaux d’échanges pour mettre en synergie des ressources et organiser la compétition.

L’autre audace manquante porte sur le financement du développement. « L’émergence d’un pays passe par le développement économique de ses collectivités territoriales ». La formule est simple qui mène au transfert de compétences élargies aux Collectivités locales.
Les informations en circulation prévoient l’attribution des compétences dites sociales (Education ; Santé ; Jeunesse ; Sport ; Culture ; Environnement ; Urbanisme ; Domaines ; Action sociale etc.…..) aux Communes et aux Départements, alors que rien est encore décidé pour les régions, sauf l’Enseignement technique et la Formation professionnelle.

Les compétences économiques (Agriculture ; Pêche ; Elevage ; Tourisme ; Artisanat ; Environnement ; Transport ; Commerce ; Exploitation forestière etc.…….) devant faire l’objet de la seconde génération de compétences à transférer, peuvent être dévolues aux régions débarrassées des aspects sociaux du développement. Ainsi elles se positionneront comme locomotives économiques avec des orientations clairement exprimées, partagées et portées par tous les acteurs régionaux.

Il est évident que les possibilités financières actuelles des collectivités locales ne leur permettront jamais de porter le développement attendu d’elles. Pour assumer correctement leur mission d’impulsion du développement local, les Collectivités locales ont fondamentalement besoin de deux choses : de la confiance et des moyens.

La confiance ne se décrète pas. Elle se mérite. Nos collectivités locales ont déroulé avec succès des programmes pertinents pilotés seules ou en partenariat. Leur composition a beaucoup évolué avec l’implication de cadres naguère apolitiques et qui de plus en plus s’impliquent dans la promotion du développement, rehaussant le niveau d’identification des besoins, de conception des décisions et de leur exécution. Les différentes missions de contrôle (ARMP ; IGE) ne les notent pas moins que les autres structures de l’Etat.

Tendon d’Achille de notre décentralisation qui peinent à dépasser le stade institutionnel pour devenir levier de développement, les moyens financiers ne peuvent provenir que d’un volontarisme Etatique voulu et appliqué par des patriotes clairvoyants.
Un investissement massif dans les collectivités locales est devenu notre impératif de développement.

A raison de Cinquante Milliards par an et par région pendant cinq ans, le Sénégal peut, dans un horizon temporel réaliste, entrevoir l’émergence par la réduction des « bouquets de manques » et la réalisation d’investissements structurants porteurs de croissance économique.
Neuf Cents Milliards peuvent être trouvés chaque année, pendant Cinq ans, dans le budget de l’Etat au profit des collectivités locales qui investissent à la place des Ministères confinés dans des missions d’orientation et de contrôle. Ainsi tous les territoires seront financièrement indépendants et leur émergence économique perceptible.

Le rêve est amusant. Sa réalisation sublime. Le tournant décisif que constitue l’Acte 3 de la Décentralisation requiert de l’Audace ! Encore de l’Audace ! Beaucoup d’Audace ! Qui nous nous couvre de courage pour les décisions difficiles.


Waly GUEYE Saint-Louis
Wagueye1956@yahoo.fr





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1.Posté par mme diop Absa Mbodji le 04/12/2013 21:52 | Alerter
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Merci Mr Waly, votre développement est très pertinent et les sentiments sont partagés.
En tout cas le Président est trop ambitieux et depuis un certain temps l'acte 3 est l'ordre du jour dans tous les médias .En effet, le fait de transférer certains pouvoirs à des personnes morales de droit public distinctes est un projet que nous accueillons avec beaucoup d'espoir. Avec les différentes mutations connues au fil des ans. Il reste évident que certains départements ont besoin de se regrouper pour être économiquement significatifs.
Mais il faut savoir que quelle que soit la pertinence de la réforme, elle serait une coquille vide s’il n’y a pas au niveau des collectivités locales un personnel compétent et des infrastructures qui répondent aux normes de la dite réforme. Comme vous l'avez si bien dit "sa réalisation requiert de l’Audace ! Encore de l’Audace ! Beaucoup d’Audace "!

2.Posté par BITEYE le 05/12/2013 09:33 | Alerter
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M. Gueye, vous avez le merite d'avoir poursuivi le debat d'une maniere plus audacieuse et vos arguments sont si solides qu'ils font presque adherer à l'idée!
Cependant dans la realisation de l'acte III, l'objectif prinicipal est la liberation des collectivités de bases et surtout leurs responsabilisation! Jai cru comprendre que les departements et les regions ne sont que entités de coordination, de tampon! En ce sens elles jouent un role de facilitateur des prerogatives des collectivités locales! Dès lors, on peut bien proceder à une limitation rationnelle de leurs nombres parce qu'en realité les choses sont impulsées à partir des communes!
Il faut comprendre ces regions commes des "premiers ministres" dans un gouvernement de collectivités locales: pas besoin qu'elles soient nombreuses, juste efficaces dans la coordination! Et le departement serait "un secretaire general" de ce gouvernement!
Je trouve pertinent cet objectif de regions-poles: six (6) suffirait alors!!

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