Alcino Dacosta : Un pionnier du journalisme sénégalais est décédé

L’ancien journaliste sénégalais Alcinou Dacosta est décédé ce mardi à Paris dès suite d’une maladie, a-t-on appris du président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de la presse du Sénégal, M. Madiambal Diagne.

Mercredi 31 Août 2011 - 12:00

Alcino Dacosta : Un pionnier du journalisme sénégalais est décédé

L’ancien journaliste sénégalais Alcinou Dacosta est décédé ce mardi à Paris dès suite d’une maladie, a-t-on appris du président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de la presse du Sénégal, M. Madiambal Diagne. M. Dacosta était âgé de 72 ans. Consultant international en communication, Alcinou Da Costa était aussi une personne ressource pour l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA). Il a accompagné l’Issic à sa naissance en y assurant des cours de communication. Il a fait du savoir-être en journalisme une question éthique. Ferloo en présentant ses condoléances à sa famille et à la presse nationale et internationale vous replonge dans un portrait que le quotidien Mutations avait de lui, l’année dernière quand il venait de boucler ses 71 ans.« Il ne s’arrête jamais, notamment quand il parle du journalisme. 

De sa pratique par les plus jeunes. A 71 ans, Alcinou Da Costa, que de nombreux confrères africains présentent comme une grande figure du journalisme sénégalais, dit lui-même avoir bénéficié d’un parcours spécial. A la fois chanceux et privilégié, il doit son parcours à la bonne connaissance du monde médiatique de l’Afrique de l’ouest, puis d’une large partie du reste du continent. Il a été influencé dans son travail de journaliste par l’indépendance de l’Afrique, notamment du Sénégal.Si son premier poste l’a conduit dans une structure dépendant de la présidence du Conseil du gouvernement sénégalais, que dirigeait Mamadou Dia, il eu la chance de faire partie de l’équipe placée sous la responsabilité d’Alain des Mazery, « un très grand journaliste français, de l’Ecole humanisme et développement », comme il aime à le présenter. Celui que l’on présente comme un grand confrère sénégalais vit cependant une très active retraite de consultant international en communication. Il a à cet effet fait de la formation des journalistes un ministère. 

Un virus dont il est inoculé depuis son année de passage (1965) au Centre international d’enseignement supérieur de journalisme de Strasbourg, en formation spécialisée agence de presse.C’est au sortir de cette formation qui lui vaut un stage de trois mois à Maghreb Arab Press (Map) à Rabat, suite aux deux mois passés après à l’Afp à Paris, qu’il fait la connaissance du monde arabe. De retour au Sénégal, il est affecté à l’agence de presse locale dont il devient le rédacteur en chef en 1967. Membre du syndicat de la presse, il est au front des grands combats qui marqueront son pays l’année suivante, avant d’aboutir à l’adoption d’une convention collective des journalistes et à une nouvelle grille des salaires. En 1972, Alcinou entre au quotidien « Le Soleil » dont le patron cherche à mettre en place un réseau de correspondants à l’intérieur du pays. 

Il voit en l’ancien commissaire à l’information de Diourbel la personne indiquée. Immigré« C’est là-bas qu’est venu me prendre l’archevêque de Dakar, Mgr Hyacinthe Thiandoum », rappelle celui qui allait diriger, jusqu’en 1980, l’hebdomadaire catholique de l’Afrique de l’ouest « Afrique Nouvelle ». De ce titre prestigieux lancé par les Pères Blancs en 1947, Alcinou Da Costa dit avoir été de « toutes les grandes causes d’Afrique noire et d’Outre-mer ». Alors âgé de 35 ans, totalisant 12 ans d’expérience professionnel et un parcours déjà riche, Alcinou Da Costa intervient souvent au Centre d’études des sciences et techniques de l’information de l’université de Dakar, une école de journalisme à vocation régionale financée par la coopération canadienne et française.Fils d’immigré capverdien, M. Da Costa est aussi coordinateur, pour toute l’Afrique, de l’Union catholique internationale de la presse (Ucip). 

Ce qui lui ouvre les portes de la presse catholique du continent, en particulier vers les pays anglophones d’Afrique de l’est et de Madagascar. Cette période de sa vie professionnelle est marquée par de nombreux et très riches contacts, au niveau international. Il est en relation avec le Forum du tiers-monde, l’Institut latino-américain d’études transnationales (Ilet) et de très nombreuses organisations liées au mouvement des Non-alignés. D’où surgit, dans ces années-là, la revendication pour un « Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (Nomic) ». Alcinou et ses partisans en font le pendant du contre-pouvoir du « Nouvel ordre économique international ».En juillet 1980, il quitte « Afrique Nouvelle » pour rejoindre l’Unesco et son service d’information, où il va passer près de 20 ans jusqu’à l’heure de la retraite, en 1999. 

Ici, il pratique le travail en équipes multiculturelles et l’art de la communication institutionnelle, ou l’autre versant de l’information. Dans ce long et riche parcours, il a constamment privilégié l’exigence d’un journalisme à la fois responsable et indépendant. Depuis lors, le formateur parcourt le continent. Comme ce fut le cas en mars 2009. Comme ce fut le cas la semaine dernière à Yaoundé, à la faveur de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de presse ou, comme ce fut le cas en 2004 à La Réunion. Artisan de la Déclaration de Windhoek qui suscitera la référence à la date du 03 mai, Alcinou Da Costa, qui est très indépendant d’esprit, a pourtant débuté sa carrière comme commissaire à l’information au ministère de l’Information pour la région de Diourbel.EmulationTrès marqué par la personnalité rayonnante de Mamadou Dia, qui a très vite disparu de la scène officielle dans les turbulences politiciennes du jeune Sénégal, il le sera aussi par Léopold Sedar Senghor, qui garde les rênes du pouvoir jusqu’en 1980. Toujours au courant et d’un optimisme à toute épreuve, Alcinou croit à l’avenir d’une presse africaine. Il parie pour cela sur la formation : « Actuellement, je m’intéresse particulièrement à la formation des jeunes journalistes et, depuis que j’ai pris ma retraite en 1999, j’essaie de donner un coup de main à travers l’Afrique parce que je suis un homme d’intégration. Je parle peu de ma nationalité alors que je suis fils d’immigré capverdien au Sénégal », aime-t-il à rappeler lorsqu’on lui pose des questions sur son magistère.

Avec passion, celui dont les initiales ont fini par se confondre aux sigles des organisations sous-régionales en Afrique de l’ouest parle, avec passion, de la presse camerounaise : « Elle a de la qualité, elle a du bon. Dommage que Cameroon Tribune, qui aurait pu dans ce cadre-là jouer un rôle décisif, ne le fasse pas jusqu’au bout. C’est pour cela que l’avènement de groupes de presse comme la South Media Corporation est le bienvenu. Ils tirent l’ensemble par le haut, suscitent une émulation et donnent à rêver, dans un secteur jadis malmené par la télévision et très mis à rude épreuve aujourd’hui par Internet. » S’il reste convaincu, malgré les évolutions technologiques, que la presse écrite ne peut mourir, il demande aux dirigeants des organes de presse écrite d’innover leur approche de l’économie des médias.Dans un Cameroun disposant d’une presse en expansion, Alcinou conseille au journaliste l’humilité. A ce titre, il encourage ses jeunes confrères à densifier leurs savoirs. Il les exhorte ensuite au savoir-faire. Il s’agit de mettre en œuvre les savoirs généralement bien appris. « Il faut ensuite, les assimiler pour mieux s’en servir quotidiennement dans son travail », martèle Louis Alcinou Da Costa, qui promeut ensuite le savoir être. 

Adossé sur le respect et la dignité du journaliste, « ce pilier, relève celui qui n’a de cesse de rappeler à ses plus jeunes confrères qu’ils sont ses petits enfants, est capital pour le journaliste qui veut aller loin. C’est lui qui donne de la valeur au plan social ».Sans fioritures, sur l’actualité récente au Cameroun, Alcinou Da Costa, qui connaît la réputation d’Etat policier de ce pays, déplore la violation des droits humains à l’instar du cas du défunt Bibi Ngota, dont le bulletin de santé a été lu au monde entier par voie de presse. S’il trouve scandaleux cette approche de la gestion de « la mort en prison sans soins » de Germain Ngota Ngota, il pourfend l’atteinte à la dignité humaine dont il a été victime. Il regrette, surtout, que la famille du défunt n’ait pas été épargnée par cette sortie malheureuse. « On a porté atteinte à l’humanité des enfants et à son épouse », conclut-il.Promoteur de l’intégration africaine, le Capverdien de nationalité sénégalaise estime qu’il était prédisposé à cette situation : « Je m’intéresse à la formation de la nouvelle génération. J’estime tout simplement que, pendant ma carrière, j’ai eu beaucoup de privilèges, beaucoup de chance, j’ai beaucoup reçu et c’est à mon tour de donner.

 J’ai travaillé avec des confrères d’autres pays comme Jean Paul Bayemi du Cameroun, le Voltaïque Simon Kiba à qui j’ai succédé à la tête de la rédaction de ’Afrique Nouvelle’. » Des réalités de la vie professionnelle qui lui ont donné l’occasion de nouer des relations spécifiques avec certains pays d’Afrique. Comme c’est le cas avec le Burkina Faso, un pays auquel il se dit particulièrement attaché et qu’il a découvert il y a très longtemps : « Je vais souvent voir Edouard Ouédraogo et d’autres confrères burkinabè. J’ai eu aussi à recevoir des stagiaires burkinabè dans mon journal : Luc Adolphe Tiao (actuel ambassadeur du Burkina à Paris) a effectué deux stages à ’Afrique Nouvelle’ à Dakar ; Filippe Savadogo, maintenant ministre, a été mon stagiaire à l’Unesco, au service de presse. Tout cela crée des liens. Et ces liens se traduisent par une coopération que je voudrais développer. Je me mets à la disposition de ceux qui ont besoin de moi pour une action quelconque ». Au bout du compte, pour un de ses congénères, un livre sur Alcinou Da Costa pourrait porter simplement le titre : « L’infatigable ».


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