Alerte !

Lundi 9 Avril 2012 - 22:14

Alerte !
Ceci est un cri du cœur. Nous avons assisté à un sursaut national lors des dernières élections présidentielles : l’espoir renaît avec un changement, qui nous l’espérons tous sera réel.

Seulement voilà, une grande partie (en tous cas celle qui se fait entendre) de l’opposition, hier aux côtés du Président élu dans le combat électoral, peste aujourd’hui de ne pas avoir une part du gâteau ministériel. Ces grands hommes au dévouement sans faille pour la nation, qui ont prouvé leur engagement pour améliorer la situation du pays, ne sont pas ministres, n’ont pas de poste gouvernemental… et alors ?

Est-il inscrit quelque part sur un fronton de la République que l’opposant d’hier doit devenir le ministre d’aujourd’hui ? Le combat citoyen doit-il forcément ouvrir les portes du pouvoir ? Le Président une fois élu est-il menotté par des alliances partisanes, contractées au cours de tractations stratégiques ?... Jusqu’ici la réponse était oui, puisque c’est ce qui se pratiquait au Sénégal entre 2000 et 2012. Aujourd’hui il semble que nos autorités s’engagent dans une nouvelle perspective plus objective, à savoir donner les responsabilités aux personnes compétentes.

Monsieur le Président Sall et son premier ministre Monsieur MBAYE ont préféré faire autrement en nommant en leur âme et conscience les hommes qu’ils estiment compétents aux postes ministériels tant convoités. La grogne des anciens opposants est malvenue et donne raison aux détracteurs de la politique, qui souvent en exagérant les choses, estiment que la vie politique n’est qu’une suite de calculs politiciens sans fin, où l’intérêt général est toujours secondaire.
Outre les opposants et leur ambition personnelle, c’est aussi le statut d’une région qui est revendiqué. D’aucuns en effet réclament un ministre pour chaque région, ce qui complique encore les choses. Faut-il qu’un gouvernement devienne une annexe de la décentralisation ? La question doit-elle se poser là ?

On assiste donc à des tentatives d’instrumentalisation de la chose publique, ni plus ni moins.
Quelles sont les conséquences de tels calculs ? L’efficacité gouvernementale est contrariée quand :
- Le Président ne peut choisir qui bon lui semble, sans arrière-pensée ou contrat politicien contraignant.
- Un ministre en place est clairement redevable envers un parti, avant de l’être envers la nation.
Le résultat de cette situation est une fragilisation de l’action gouvernementale avant même qu’elle ait démarré son quinquennat.
Alors si l’intérêt du peuple devient une notion trop abstraite et contraignante, face aux intérêts partisans immédiats, c’est le début de la fin. Si ce qui compte c’est de ménager les susceptibilités des uns et des autres, plutôt que de cultiver l’esprit d’initiative républicaine propice aux réformes courageuses dont a besoin le pays, alors il y a maldonne.

La gangrène qui a provoqué la gabegie dont tous les Sénégalais sont fatigués, c’est bien ce clientélisme corrupteur qui a décimé l’espérance de notre jeunesse. La confiance dans nos élites s’est effritée, et nous avons frôlé la guerre civile lors de cette campagne présidentielle.

Et puis les élections législatives se profilent, où l’action politique locale se décidera. Faudra-t-il là encore craindre que les électeurs soient pris en otage de ces arrangements politiciens ?
En bref, l’enjeu est trop grand pour ces mesquineries. Le Sénégal se doit de prendre un tournant qui l’engagera à renouer avec le peuple, sous peine de sombrer dans une pauvreté irréversible.

Pour parler simplement, il nous faut remettre les rails à leur place, redonner ses lettres de noblesse à une institution sénégalaise vraie et digne d’une nation, ordonner, redéfinir les clairs contours du schéma institutionnel.
Les forces vives de la nation sont denses et précieuses, leviers d’un renouveau patriote au sens vrai du terme, sur lequel peut s’appuyer le gouvernement. Les Sénégalais sont plus que jamais désireux d’œuvrer pour leur pays, et l’avenir ne leur fait pas peur, ils ne sont pas paralysés par les enjeux planétaires. Et c’est un état d’esprit qui a plus de prix que tout l’or du monde.
Alors il ne faudrait pas que nos chers gouvernants se contentent de la médiocrité du passé. Ils doivent se hisser à la hauteur des enjeux de leurs concitoyens, leurs électeurs, les familles, les jeunes, les expatriés, tous ces Sénégalais qui veulent que leur quotidien change. Pour cela ils ont besoin du soutien de l’ensemble des acteurs du pays. Faire ce qu’on dit, et dire ce qu’on fait. Un vœu pieux, une utopie, une phrase creuse ? Surtout pas, si nous voulons changer le Sénégal. Si nous voulons relever la tête de nos pères et mères, ne plus acculer nos jeunes au seul horizon d’une vie de citoyen clandestin à l’étranger, soigner nos malades, encourager le retour de nos cerveaux.

Les Sénégalais, asservis par les préoccupations quotidiennes de survie, ni vivent plus. La misère entretenue par nos élites est un crime contre notre l’humanité. Il existe tout un panel d’initiatives et de réajustements, simples à mettre en œuvre, pour changer les conditions de vie des Sénégalais. Ce n’est qu’une affaire de volonté, point.

Ibrahima Théo LAM
Consultant-Formateur en Management et Gestion d’Entreprise
Chargé d’enseignement dans le supérieur (France)
Contact : tlam@lbcnetwork.fr

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