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Aly TANDIAN : "Il faut arrêter cette envie de vouloir infantiliser les populations avec des slogans creux"

Dimanche 1 Novembre 2020

Président de l’Observatoire sénégalais des migrations, Aly Tandian analyse dans cet entretien, cette nouvelle vague de migrants bravant la mort pour se rendre en Europe


Aly TANDIAN : "Il faut arrêter cette envie de vouloir infantiliser les populations avec des slogans creux"
Le phénomène de l’émigration clandestine connait une recrudescence ces derniers mois au Sénégal. Cette situation ne laisse pas indifférent le sociologue Aly Tandian. Professeur titulaire, il a exercé d'abord à l'Université de Toulouse 2 (France) avant de rejoindre l’Université Gaston Berger où il est Directeur du Groupe d’études et de Recherches sur les Migrations et faits de Sociétés. Président de l’Observatoire sénégalais des migrations, il analyse dans cet entretien avec "L'as" cette nouvelle vague de migrants bravant la mort pour se rendre en Europe.

Comment expliquez-vous la recrudescence de l'émigration clandestine au Sénégal?

Nous assistons depuis quelques jours à une forte médiatisation des départs de pirogues à partir des côtes sénégalaises vers l’Espagne. On pourrait parler de recrudescence ou de regain. Mais faut-il que l'on soit d'accord qu’il a eu arrêt des départs des candidats aux voyages irréguliers. Je pense qu'après Barça ou Barsax, les routes du désert ont été engagées avec une forte affluence. Seulement, sa médiatisation a eu moins d’effets parce qu’entre autres raisons, il y a la loi 36- 2015 au Niger qui a criminalisé les voyages irréguliers vers l’Europe. Ensuite, on ne connaît pas assez le nombre de victimes dans le désert. La situation demeure une préoccupation. Il faudra prendre des mesures pour barrer la route aux immigrés irréguliers.

Selon vous, pourquoi les jeunes empruntent-ils les pirogues

Les raisons qui incitent les jeunes à prendre les pirogues sont plurielles. Souvent, on entend dire que les jeunes manquent du travail ou sont dans la précarité. Je pense que la situation est beaucoup plus complexe que telle qu'elle est décrite. Il ne faut pas se limiter aux raisons matérielles pour expliquer le pourquoi du voyage irrégulier. Et puis même pour les raisons matérielles, il faut mentionner que ce ne sont pas les plus pauvres qui partent. Il faut débourser entre 200 et 500.000 FCFA, parfois plus pour partir. Autre chose, nos travaux nous renseignent que certains candidats au voyage exerçaient jusqu'à deux activités. La question à laquelle il faut se demander, c'est que ces gens sont des « working poors », c’est-à-dire des travailleurs pauvres. Ils travaillaient pour survivre et non pour se réaliser. D'ailleurs, c'est le cas pour la majorité des Sénégalais et des Africains qui vivent dans les capitales urbaines. Leurs dépenses mensuelles font deux à trois fois leurs besoins réels. Il y a d'autres raisons immatérielles, par exemple, la structure des ménages où sont issus les candidats aux migrations irrégulières. Ils sont souvent des ménages polygamiques qui favorisent la compétition entre enfants d'une part et épouses d'autre part. La position dans la fratrie est à prendre en compte. Une bonne partie des candidats à l'émigration irrégulière sont soit des aînés ou les derniers. Aînés parce que c’est un impératif de venir en aide la famille. Dernier car étant le plus jeune de la famille, la personne à aider pour sauver l'honneur de la famille. Il y a d’autres raisons également que nos recherches ont trouvées.

Quels mécanismes faudra-t-il mettre en place pour amoindrir les risques ?

Il n'y a pas de secret. La migration n'est pas un phénomène, c'est un fait social total. Et c'est de cette manière qu'elle doit être prise en compte et étudiée. La migration n'est pas un problème, c’est plutôt une opportunité. Nos sociétés doivent intégrer la migration dans leurs agendas politique. Les gens parlent de l'Union européenne et son projet de surveillance de ses frontières. Et l’Afrique ? La Cedeao ? etc… Il faut arrêter l'hypocrisie et chercher les causes profondes, selon les espaces et mobiliser les ressources nécessaires. Il faut de véritables programmes, avec des projets solides qui répondent aux réalités endogènes. Nos politiques veulent que tous les jeunes deviennent des agriculteurs et des maraîchers. Alors, certains d’entre eux ont des connaissances innovantes dans d'autres domaines. Il faut arrêter cette envie de vouloir infantiliser les populations avec des slogans creux.

Quel rôle devra jouer l'état dans cette situation précise?


Cette situation de « manque d'emploi » et par conséquent de « manque de revenus » revient dans les propos de certaines personnes interrogées. D'autres jeunes plus nuancés soutiennent qu’ils ne sont actifs que durant la saison des pluies (4 à 5 mois). Et ils restent sans travail durant une longue période de l'année, surtout la saison sèche (7 à 8 mois). Il faut encourager la méritocratie et surtout aménager l'environnement pour la recherche de l’emploi. Des projets sont mis en place, mais les conditions d'accès sont souvent hors de portée. Et ils ne sont pas que les compétences. Il faut être dans les réseaux complexes ou être supportés ou sponsorisés politiquement par un « long bras ». Dommage que ce n'est pas possible pour tout le monde


Concrètement, quelle est la solution pour fixer les jeunes ?

Au Sénégal, dans plusieurs régions, les activités des populations rurales sont tributaires de la saison des pluies. Et le reste de l'année, elles sont moins occupées. Une telle situation a entrainé́ chez de nombreuses populations, un sentiment de frustration. Elles estiment «être abandonnées et «oubliées» par l’État. Par conséquent, il est récurrent d’entendre ces populations dire : «Nous ne sommes pas considérées par les autorités du pays !». L’absence d’offres d’emplois est perçue par certaines populations interrogées comme une angoisse d'abandon. Une telle situation a créé́ un sentiment de frustration. Et par conséquent, pour ces populations, la migration est une issue qui leur est ouverte pour échapper à l’inoccupation. Les candidats à la migration restent convaincus que la création d'emplois dans les villages et villes pourrait assurer aux jeunes des revenus suffisants. Et par conséquent, ôter toute envie de migrer, surtout de manière irrégulière.

Galaye SÈNE



 


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1.Posté par Elhadji Maguette Gaye le 01/11/2020 07:35 (depuis mobile)
Très belle analyse et tous nos encouragement pour le travail qui n''en fini pas...Le phénomènes touche bien bien notre continent mais il faut que l''on soit fort et encore plus unis...merci au Professeur merci à Ndar Info

2.Posté par Ndiaga Sarr le 01/11/2020 17:16
Belle analyse Professeur Tandian, je suis content de te lire

3.Posté par Ismaila Faye le 05/11/2020 20:21 (depuis mobile)
Belle analyse professeur Tandian ! surtout lorsque vous avez tenté de ressortir les raisons qui poussent ces jeunes à partir. C''est à cet effet que l''état doit intervenir avec une politique stratégique très solide pour endiguer ce phénomène.

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