Au Sénégal, l’Appel pour le ‘’Consensus national’’, sera-t-il entendu, en 2014 ?

Jeudi 2 Janvier 2014 - 19:50

L’année 2013 s’est achevée avec beaucoup d’illusions perdues, sur fond de frustrations, de manipulations et d’amalgames de toutes sortes. Mais malgré cela, des sénégalais honnêtes, sont demeurés sereins et ont refusé d’être emporté par la bourrasque, du reniement et des mensonges. En cela, sans fioriture, ils ont eu le courage d’aborder les problèmes sérieux qui structurent le quotidien des Sénégalais.
Parmi eux, se sont signalés, le responsable du Front National de Salut Public/Momsarew, Malick Noél Seck, et le conseiller Boukhadirou Kaba, qui ont respectivement, fait bouger les lignes, à l’émission OPINION de Walfadjri, le 29/12/2013, et au CESE, en recadrant le débat du cours politique national, tout a fait morose. Sans doute, leurs interventions ont du donner des sueurs froides et remis dans leurs petits souliers tous ces Messieurs, qui façon intempestive, n’ont à la bouche, que : ‘’ rassemblement de la gauche’’, ‘’création du grand parti de gauche’’ etc.
Et peut-être tous, ces ‘’Intellectuels’’, ces ‘’économistes’’, ces grands ‘’philosophes’’, grands ‘’constitutionnalistes’’, ‘’grands historiens’’, grands journalistes-communicateurs, grands Trotskystes de tous poils et ce vieux marxiste à la canne. Tout un monde qui a ‘’perdu le Sud’’ pour aller se refugier au Nord en se mettant au service de la ‘’Francophonie politique’’, au service des tenants du ‘’Consensus de Washington’’ libéral et leurs alliés nationaux de la féodalité traditionnelle (coutumière, politique, syndicale, économique, ‘’ maraboutique’’), qui régentent négativement voire dangereusement, sur la situation politique nationale. Cela n’est pas une vue de l’esprit. Le conseiller Boukhadirou Kaba, devant la Commission du développement industriel, de l’énergie et des technologies du CESE (Conseil Economique, Social et Environnemental), a ‘’pesté’’ au sujet des deux Sénégal : ‘’ Dans le Sénégal des marabouts, les petits villages sont électrifiés ; mais dans l’autre Sénégal, des villages de milliers d’habitants ne disposent pas d’électricité’’. (L’As du 12/12/2013). Il est à déplorer l’absence, aux cotés de M.Kaba, de notre ami Abou Abel Thiam, porte parole du Président de la République, qui, il n’y a pas longtemps, citait Lénine à propos de ‘’l’électricité et de Soviets’’.
Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ces discours tranchent quasiment avec le ‘’Consensus politique National, partageux ‘’ ( Bokk Paccoo), qui se dessine sous nos yeux et qui vise à perpétuer le règne colonialiste dans notre pays, avec la complicité d’une certaine gauche carriériste déboussolée. Cela à travers la corruption tout azimut des cœurs et des esprits. Nos compatriotes ont pointé du doigt des questions devenues presque taboues dans notre pays. A savoir : la domination française sur notre économie (terres, monnaie, commerce), sur notre système d’enseignement. Situation qui induit des effets ravageurs sur notre sécurité et nos valeurs. Concernant les rapports de domination entre notre pays et la France, peu d’hommes politiques et ceux des droits de l’homme, en parlent. Pour eux c’est une fatalité. Or, ce sont ces rapports inégaux qui font que nos paysans pauvres, les travailleurs de villes et des campagnes (jeunes et femmes en ligne de mire) s’appauvrissent de plus en plus, de jour en jour. Et s’il en est ainsi depuis 5 décennies, après l’indépendance, c’est que l’état d’esprit et les mœurs politiques, tous décadents, n’ont pas disparus de la scène. ‘’ Rewmi danu koo xocc’’ (le pays est oppressé, il est pris à la gorge), dit justement un talentueux chanteur sénégalais. Donc, les discours indigestes sur les taux de croissance et les statistiques soporifiques, n’y feront rien.
D’ailleurs, ‘’L’affaire Yankhoba Sané’’ du nom de ce jeune de 21 ans, jugé et condamné à 1 an ferme de prison, plus les dommages et intérêts, le 2 décembre 2013, illustre parfaitement cet état d’esprit et ces mœurs politiques rétrogrades qui perdurent depuis longtemps dans notre pays. M. Sané, responsable politique de la mouvance présidentielle fauché, et devant organiser un meeting à la place de Gao, n’a pas trouvé mieux que de voler la carte électronique de son locataire pour puiser sur son compte la somme de 5 millions de francs cfa.(v. presse du 25/12/2013 et le Net). Voila un drame pour notre pays et pour l’Afrique. Et ce n’est pas par des pirouettes du genre : ’’Il y a des brebis galeuses partout ‘’, que cette réalité endémique sera évacuée’’. La molle dénonciation de Senghor, dans les années 60’, des ‘’ classiques 10%’’ concernant les marchés de travaux public, sous son régime, l’a survécue.
Le jeune Sané n’a fait que marcher sur les traces des Directeurs généraux d’établissement public et privés, constamment épinglés par la justice et la Cour des Comptes. Il s’y ajoute que M. Sané, baigne depuis sa naissance dans cette atmosphère, cette ambiance d’argent facile et facilement détourné. Donc toutes nos valeurs sont à terre !
Sur un autre plan, notons que nous venons de commémorer les 90 ans de sa naissance du grand panafricaniste Cheikh Anta Diop. Mais il est désolant de constater que, rare sont des jeunes Sénégalais de 25 ou 40 ans, qui peuvent nommer une ou deux espèces de notre faune, de notre flore, dans leurs langues nationales. A plus forte raison de les parler correctement, ou d’expliciter ce que veut dire dans la langue nationale du savant : ‘’Bu sellu yooy bu giir deme neen’’ (1). Qu’en est-il de notre patrimoine historique magnifiant la résistance, la bravoure et l’abnégation de notre peuple ? Notamment la défaite de l’armée coloniale à la bataille de (Paate Baajaan) ‘’Pathé Badiane’’, communément appelé Paaoskoto.
Et justement, c’est cette ignorance, cette incapacité, pour la jeunesse de ne pouvoir s’atteler à se pénétrer nos valeurs, notre patrimoine historique, culturel, économique, que la Francophonie politique et non celui d’enrichissement mutuel des peuples, tend à vouloir perpétuer. C’est cette francophonie anti-peuples que l’on s’apprête à accueillir, à Dakar, en 2014.
Aujourd’hui, si les sénégalais pensent que le pays ne fonctionnent pas, c’est par ce que l’attelage qui le dirige a, pour l’essentiel, l’esprit tourné non pas en vue de créer une synergie pour faire bâtir, labourer, soigner ou enseigner, dans l’intérêt du pays, mais développe des stratégies individuelles, pour le partage du gâteau des (ministères, Agences, postes de DG, Pca, Ambassades, Fonds politiques, et d’avantages dérivés). D’anciens ministres, membres de ‘’Book Paacoo’’ sont complètement perturbés. Ils font feu de tout bois, souffle le chaud et le froid, rien pour qu’on les appelle au banquet.
L’alignement aux thèses du néocolonialisme est sans appelle. Le débat politique est ravalé aux profondeurs des caniveaux et a comme conclusion politicienne, électoraliste qui postule l’appel du pied au partage : ‘’Aucun parti ne peut gouverner seul’’.
En appelant à la construction d’un grand de la gauche, un parti de la mouvance présidentielle, a déclaré que ce grand parti, aura pour mission’’ d’approuver toute mesure du pouvoir en faveur du peuple, condamner toute décision ou pratique contraire aux intérêts vitaux des africains’’. A dire vrai, on est en plein dans la duplicité d’un ‘’parti-poche’’, au regard des faits. Comment formuler un tel postulat et considérer comme positif, le fait que des services de renseignement ( Dcri) Direction centrale du renseignement intérieur, de l’ex-pays colonisateur, la France, soient logés dans des locaux vitaux au sommet de l’Etat ? Comment peut-on se réclamer défenseur des intérêts du peuple et approuver ce budget partageux de 2014, arrêté à près 2. 500 milliards de francs, faisant la part belle aux intérêts des puissances d’argent, au détriment des paysans pauvres, des élèves et étudiants ? A ce jour, les services financiers de l’Etat n’ont recouvré rien de significatif des biens mal acquis auprès des voleurs à cols blanc qui narguent les citoyens en clamant leur innocence. C’est pourquoi les sénégalais commence à considérer t cette affaire comme un serpent de mer voire une pièce de théâtre qui se joue, pour entretenir la flamme de ceux qui réclament justice. Un administrateur de crédits qui commande des Villas non exécutés, non livrés, mais payés par-dessus le marché, devrait même être traduit devant du juge du flagrant délit.
Cela dit, l’hypothèse dont les analystes n’ont pas abordé, le soir du 31 décembre 2013, sur les plateaux de Radios et de Télés, c’est la tendance qui se dessine indiquant que Macky qui veut, un deuxième mandat, à tout prix, ne va t-il pas passer par ‘’ pertes et profits’’, les biens mal acquis et amnistier les ‘’voleurs en Engineering financière’’, pour réussir la mise sur pieds son ‘’Alliance de Majorité présidentielle’. Dans ces conditions, l’Appel pour un ‘’Consensus national ‘’politique, sera-t-il entendu ?
S’agissant de la question de notre sécurité et de l’Afrique, on se rend compte que notre indépendance et de notre souveraineté sont dans le creux de la vague, pour ne pas dire du domaine du virtuel. Et d’aucuns convoquent la mondialisation et notre ‘’faiblesse militaire’’ au regard des événements actuels, pour tirer un trait là-dessus. Pourtant, ils savent très bien que si des hommes politiques félons n’avaient pas pactisé avec le Diable, contrairement aux valeureux leaders africains tels que les Modibo Keita, Nkrumah, Patrice Lumumba, Djibo Bakary, Felix Moumié, Cheikh Anta Diop, Mamadou Dia et tant d’autres valeureux patriotes africains, le colonialisme français n’aurait pas, présentement, les coudés franches pour se pavaner sur nos terres..
C’est ainsi que, tout est fait pour chloroformer la conscience nationale de la jeunesse africaine, à travers ce qui s’est passé en Cote d’Ivoire, en Lybie au Mali et en ce moment, en Centrafraifrique. ‘’L’Afrique ne peut même pas défendre ses peuples, donc il faut accepter qu’elle soit recolonisée’’. Voila, pernicieusement et de façon sournoise, le message que l’on tente de délivrer à travers l’intervention française en Afrique’’.
Mais pourquoi, par exemple, l’Algérie, l’Angola, le Zimbabwe, le Vietnam, Cuba, le Venezuela pays qui ont les mêmes problèmes que les autres pays du Sud, sont respectés sur la scène internationale ? Pourquoi ils ne sont ne sont pas attaqués au pied levé, malgré le verbiage sur ‘’les droits de l’homme’’, qui occulte celui du droit des peuples existant dans ces pays (au plan économique, social, culturel) ? Selon le classement 2011 du PNUD, le taux d’alphabétisés du Zimbabwe est de 91,9%( première puissance africaine dans ce domaine). L’Angola, 70 %. L’Algérie, 75, 4%. Vietnam, 92,8 %. Venezuela 95,2% et Cuba 99,9 %, la deuxième puissance mondiale, en alphabétisation, après la Géorgie 100%. Le Sénégal et le Mali sont respectivement à 49, 7% et 26,2 %.
En se penchant sur ces de ces statistiques on pense à ce dicton de chez-nous : ‘’Nakka xamm, lamu waral barina’’(l’ignorance peut expliquer beaucoup de choses). On peut y ajouter ; de même que l’instruction.
Toujours au sujet de la sécurité africaine, ne parlons même pas des forces armées correctement équipées et entrainées des Etats de la CEDAO réunis, mais si le Mali n’était pas sous les ordres de ce général filou, ATT, Amadou Toumani Touré (qui a fragilisé, désorganisé sa propre armée pour le compte de ses maitres ), ou même si les armes que réclamait Le général Sanogo, n’étaient pas bloqués aux ports de d’Abidjan et de Dakar, la situation au Mali pourrait prendre une autre tournure. Pareillement, pour ce qui concerne les autres conflits fabriqués. Malheureusement, des chefs d’Etats, Gouverneurs du Territoire, ont adhéré à la stratégie conjoncturelle de la France et de l’Occident qui de créer des ’’ rebellions révolutionnaires’’, pour endormir les peuples pour défaire un Gbago ou un Kadhafi, refusant de courber l’échine ensuite se positionner contre la Chine pour défendre le pré-carré de pillage des matières premières au nord Mali, au Niger, en Cote d’Ivoire et dans le golf de guinée. Tout le reste n’est que duperie de prestidigitateur.
Alors, comme toujours, nous voyons d’ici, la mauvaise conscience (le ‘’porteur de pancarte’’, l’ ‘’ancien combattant ‘’soixanthuitard), révolutionnaire en dilettante, nous rétorquer : ‘’Nous ne répondons pas aux discours de jeunesse, de gauchistes ! Nous sommes passés par là ! ‘’ Comme quoi, ‘’Il est facile d’être de gauche à 20, mais le difficile c’est de le demeurer toute sa vie’’, disait l’autre.
L’aliénation et la corruption politiques ont atteint un tel niveau, ont si gangrené une certaine élite, que demander le minimum relève de ‘’l’infantilisme de gauche’’, voire de crime d’Etat. Le minimum, c’est une justice juste avec les citoyens. Ce qui veut dire, ne pas accuser quelqu’un d’offense au Chef de l’Etat et laisser de coté celui l’a traité de ‘’courtier’’. Le minimum, c’est exiger l’arrêt du bradage des terres agricoles et pastorales des populations, l’application à 80 % au moins, du code du travail pour éviter le statut de journalier à vie, à des milliers de travailleurs transformés en ‘’prestataires de service’’. Le minimum, c’est l’arrêt du pillage des ressources halieutiques de nos côtes et la baisse denrées de première nécessité. Sans oublier la révocation de ces Accords hideux d’assujettissement, dits de coopération à la France.
Nos camarades Ablaye Ly et Ablaye Guèye ‘’Cabri’’ (lesquels nous rendons hommage), donnèrent l’exemple, de leur vivant, en devenant, la soixantaine passée, membre d’un jeune parti de gauche, à l’époque. C’est pourquoi en paraphrasant Frantz Fanon qui nous disait : Quittons cette Europe qui n'en finit pas de parler de l'homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde’’, nous disons à la jeune génération : refusons de prêter attention aux discours des faussaires de tout bord et de tous les politiciens ‘’rentiers de gauche’’.
Pour terminer, nous convions vivement les forces politiques saines (par opposition aux forces d’inertie de gauche comme de droite), à se retrouver en synergie pour relever le défi et barrer la route au défaitisme à la capitulation, érigées en politique par les cagoulards impressionnés par le lucre et les moyens des forces du mal. Résistons et remettons le métier à l’ouvrage !
Bonne année 2014, à tous les patriotes panafricanistes et aux démocrates du monde.
Dakar le 29 décembre 2013
Ababacar Fall-Barros
Ex-membre du bureau politique de
And Jêf/Pads

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( 1) ‘’Bu sellu yooy bu giir deme neen’’. (Que le veau ne soit pas maigrichon, que la calebasse ne retourne pas vide à la maison). En d’autres termes, ne pas traire tout le lait et au point de ne rien laisser au veau. Mais ne pas ramener la calebasse vide à la maison car d’autres dépendent de ce lait.
Un concept séculaire de nos économistes du terroir, qui prône un équilibre judicieux entre l’homme et l’animal, et au-delà, entre acteurs économiques et la société. Ce dont se moquent nos hommes d’Etat et nos économistes locaux bornés. Car le système d’exploitation qu’ils défendent n’a que faire de tout cela

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