Au revoir Meissa Fall, le médecin des vélos ( par Louis Camara)

Vendredi 31 Janvier 2014 - 18:56

Dimanche prochain, le 2 février, Méissa Fall, "le médecin des vélos" aura quitté les cimaises de la galerie de l'institut Culturel Français Jean Mermoz où sont exposées depuis un mois ses œuvres "déjantées" (c'est le cas de le dire) qui ont marqué l'esprit des visiteurs de son exposition intitulée "Man ak sama welo ba faw".

C'est que Méïssa est un artiste d'un genre particulier, aussi atypique que ses étranges créatures de métal rouillé qu'il a seul le secret de faire naître de ses mains expertes et habituées à travailler sur ce matériau rude, rébarbatif, qu'est le fer.

En visitant l'exposition de ce génie de la récupération, j'ai eu, en ce qui me concerne, la curieuse impression d'avoir pénétré dans l'antre d'Ogun, le dieu Yoruba du fer, mais aussi le patron de tous ceux qui travaillent avec ce matériau sorti des entrailles de la terre: chasseurs, agriculteurs, forgerons et aujourd'hui, chauffeurs, soldats ou, comme Méïssa lui-même, mécaniciens.

S'emparant de la charpente des vélos qui lui fournissent la matière première de ses œuvres, Meïssa Fall les tord, les brise, les détruit dans le seul but de leur redonner d'autres formes, différentes de celles qu'elles avaient à l'origine, mais variées et dynamiques sous leurs nouvelles apparences.

Ces créatures étranges, biscornues, inquiétantes même par certains côtés, sont le reflet symbolique de l'imaginaire d'un artiste issu d'un environnement où l'eau, l'air, la terre, le feu constituent les éléments fondamentaux dans lesquels sont pétris les êtres vivants(y compris l'homme) et les choses. Il y a dans LE geste créateur de Méïssa quelque chose de LA geste d'Ogun, ce dieu belliqueux et téméraire que Wole Soyinka définit comme"le maître artisan et l'artiste, le paysan et le guerrier, l'essence de la destruction et de la créativité".

Le fait est important et mérite d'être souligné: la créativité va de pair avec la destruction et c'est pourquoi Ogun symbolise le double principe de la destruction et celui de la création. A la fois artisan et artiste, à l'image du dieu du fer Yoruba, Méïssa Fall a affronté le chaos du vide au moyen de la destruction pour atteindre au stade exaltant de la joie esthétique par le biais de la création.
Dans ce processus dynamique, la main demeure l'outil idéal et premier.

Méïssa sait se servir des siennes pour créer, à partir du fer qu'il arrache au carcasses des vélos, des personnages d'une infinie variété, comme en témoigne son étonnant bestiaire où des oiseaux d'espèces inconnues côtoient des dinosaures antédiluviens qui ne dépareraient nullement dans "La forêt aux mille démons", ce roman fantastique de l'écrivain Yoruba D.O Fagunwa. "Doomu Ndar" comme je le suis moi-même, Méïssa Fall se serait-il donc familiarisé avec le panthéon des divinités Yorubas comme j'ai eu personnellement à le faire dans un autre domaine? Ou alors, le "médecin des vélos" serait-il habité par l'esprit d'Ogun qui aurait peuplé son subconscient de ces figures nocturnes qui resurgissent à la clarté du jour après qu'il ait soumis le métal des vélos à sa volonté créatrice? Répondre à ces questions relèverait certes d'une recherche intellectuelle ou d'une quête initiatique qui ne pourrait que déborder le cadre de la modeste contribution d'un écrivain essayant de trouver les significations cachées dans l'oeuvre d'un artiste original.

Toujours est il que ma surprise fut grande lorsque, contemplant les personnages de mon ami Méïssa, je me suis retrouvé face aux trois divinité majeures que sont Eshu, Ogun et Shango, trônant côte à côte dans un coin qui leur semblait leur avoir été spécialement réservé par l'artiste! C'est pourquoi j'ai pensé que Méïssa Fall méritait bien de porter un de ces noms honorifiques qui font partie intégrante des panégyriques que, dans la société Yoruba, l'on compose en l'honneur des artistes qui se sont distingués dans leur domaine, quel qu’il soit. Le nom que j'ai trouvé pour Méïssa est "Ogundéyi" c'est à dire: "Ogun s'est révélé en lui". A Méïssa Fall "Ogundéyi", je tire donc mon chapeau de "Conteur d'Ifa" et l'encourage à persévérer dans la voie qu'il s'est tracée, celle de la création artistique, avec passion et détermination mais aussi humilité et générosité.

Au revoir Méïssa et rendez-vous pour la prochaine exposition qui, nous l'espérons tous, sera aussi riche et originale que celle de ce mois de Janvier 2014 où, comme Ogun, tu as ouvert la voie aux autres artistes!

Louis Camara, "Le conteur d'Ifa",
Ecrivain.

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