CONTRIBUTION: l'Or décanté décortiqué. Par Mame Medoune Mbengue de la Fondation Mame Salif

Réactualisation d'un article publié en prélude au symposium du Gamou 2010
Réalisé par Mame Medoune Mbengue, dit Maodo, de la Fondation Mame Salif Mbengue.

Mercredi 17 Décembre 2014 - 11:33

La dimension intellectuelle de Seydi El Hadj Malick Sy à travers "Xilassu Zaab" (ou l'Or décanté)

CONTRIBUTION: l'Or décanté décortiqué. Par Mame Medoune Mbengue de la Fondation Mame Salif
La dimension intellectuelle de Seydi El Hadji Malick Sy A travers « Xilaasu Zaab » Au nom d’ALLAH, le Sublime, Créateur et Maître de l’Univers, que le salut soit sur notre Bien aimé Guide, le Prophète Muhammad, Boussole des croyants, ainsi que sur ses apôtres et sa vénérable famille. Chers frères et sœurs, que la Paix et la Bénédiction divines soient avec vous, ici et dans vos foyers et qu’elles vous accompagnent jusqu’au terme d’une longue vie heureuse. Dans quelques jours, s’il plaît à DIEU, Tivaouane connaîtra encore cette ferveur impressionnante dominée par la psalmodie du « Bourde », la récitation du Coran, en passant par les causeries religieuses, conférences et autres tables rondes, faisant vibrer la ville sainte d’une intense activité. En effet, sous l’égide du Khalife Général des Tidjanes, Serigne Cheikh Ahmed Tidjane Sy et sous la conduite éclairée de Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, la célébration de la naissance du Prophète appelée « Gamou » suscite chaque année, chez les milliers de fidèles, engouement et émotion. On ne peut pas parler de « Gamou » sans évoquer le plus distingué des chantres et biographes du prophète : Seydi El Hadji Malick Sy, plus connu sous le surnom de « Maodo », un terme pulaar signifiant « Doyen ». Et Maodo est, sans aucun doute, le doyen, sinon d’âge, du moins de sagesse des laudateurs du Prophète Mouhamad (S.A.W.S.) Une étude attentive de son fameux « Mimiya » (vers marqués par la rime en « m ») intitulé « Xilaasu Zaab » et que nous avons traduit par « L’or décanté » nous le prouvera. Maodo a choisi le plus précieux des métaux pour magnifier le Prophète. L’or symbolise en effet la pureté, la noblesse et la majesté. Mais, pour Maodo, l’or brut ne suffit pas à illustrer la dimension sublime de notre Prophète : il veut de l’or travaillé, raffiné, apuré… de l’or décanté. Iman Souyitiyou a dit : « Nul ne connaît DIEU sinon DIEU et nul ne connaît le Prophète Mouhamad (S.A.W.S.) sinon DIEU. » Iman Bousseyri ne dira pas le contraire lui qui, dans son majestueux poème « Al Bourda » ou « Le Manteau », avouant son incapacité à cerner la dimension du Prophète, s’est contenté de dire : « Tout ce que je sais de lui, c’est que c’est un être humain ». (Famablakhoul hilmi anahoo bacharoun) Il a fallu l’intervention du Prophète qui lui est apparu en vision pour lui dicter la suite : « et, cependant, c’est la meilleure des créatures de DIEU ». (wa anahoo khayrou khalkhi LLAHI koulihim) Pour dire que nul ne connaît véritablement le Prophète Mouhamad (S.A.W.S.) sinon DIEU qui l’a créé. D’innombrables érudits se sont évertués à chanter le Prophète mais, pour l’essentiel, certains ont pris un aspect dans la glorification ; d’autres ont mis en exergue certains éléments de sa biographie. Mais « Xilaasu Zaab » constitue une synthèse, la plus harmonieuse et la plus édifiante de la biographie et de la glorification du Prophète Mouhamad (S.A.W.S.) C’est pourquoi nous avons choisi cette œuvre de Maodo devenue un classique incontournable à l’occasion des gamous et autres célébrations de notre bien aimé Prophète, pour illustrer la dimension intellectuelle incommensurable de Seydi El Hadji Malick Sy. En effet, « Xilaasu Zaab » est un puits insondable et inépuisable qui est à la dimension de ce que peut cerner l’esprit humain dans la connaissance de Seydina Mouhamad (S.A.W.S.). C’est ce qui a fait dire à Seydi Khalifa Ababacar Sy : « Maodo est à imiter et non à égaler ». DIEU n’a rien omis dans le SAINT CORAN. De même, nous pouvons dire que Seydi El Hadji Malick Sy n’a négligé aucun détail dans la vie du Prophète Mouhamad (S.A.W.S.) : ses traits physiques et moraux, sa vie, sa mission, ses biens matériels et animaux (il est allé jusqu’à évoquer le peigne, le miroir, le cure-dents et les ciseaux du Prophète. Plus surprenant encore, la nomenclature même de ces objets et animaux a fait l’objet des investigations de Maodo. D’ailleurs, c’est pour départager des disciples qui avaient une divergence sur la dénomination d’une des brebis du Prophète (« khawzatoune » ou « Khayzatoune ») que le Doyen des sages a eu l’idée de composer « Xilaasu Zaab » Les biographes du Prophète s’accordent à fixer le nombre des cheveux de notre vénéré guide à 124000 (correspondant au nombre des prophètes) Mais l’auteur de « L’or décanté » va plus loin en nous disant le nombre de cheveux blancs entre la tête et la barbe de Seydina Mouhamad (S.A.W.S.) au moment où il s’éteignit. Tous ces éléments attestent de la grande érudition de Seydi El Hadji Malick Sy dont la multi dimensionnalité est perceptible dans « Xilaasu Zaab » à travers :  La maîtrise de la versification  Les notions de grammaire  Le caractère didactique et la portée pédagogique  La rhétorique  L’étymologie  L’honnêteté intellectuelle… Nous essaierons d’étayer notre propos par quelques exemples dont le recensement est loin d’être exhaustif. Le 1er vers nous installe dans la « Tawhid » (unicité de DIEU) « Louanges à DIEU le Créateur Prééternel Il nous a tirés de l’essence de la « Lune » qui est la première créature » On ne peut appréhender la dimension du Prophète sans la « Tawhid » qui est le fondement de la foi. Le Créateur (« Zil Idjaadi ») est l’Unique sans second. Qui a créé les êtres et les choses à sa guise : En couple (le jour et la nuit ou bien le ciel et la terre, l’ombre et la lumière), en triple ((les « rakas » de la prière du « Makhrib ») ou en quadruple (les pattes des quadrupèdes) etc. Seydi El Hadji Malick Sy, dans sa composition, prend souvent pour référence un hadith afin de consolider son argumentaire. Le vers 5 du chapitre I en témoigne : « O merveille ! Lorsque DIEU a eu le dessein de nous créer, Il a puisé dans Sa Lumière la lumière du glorieux Prophète » Ce vers est inspiré par un hadith rapporté par Diabir : « DIEU a créé la lumière du Prophète à partir de Sa Propre Lumière » La dimension intellectuelle de Seydi El Hadji Malick Sy est également perceptible à travers le considérable travail de synthèse auquel il se livre: quand il y a des divergences, il cite toutes les versions pour mieux édifier le lecteur. C’est ainsi que pour le lieu où le Prophète a vu le jour, il évoque  Ousfaan  La maison d’Ibn Youssouf  Chiib  Radam La haute facture pédagogique et la portée didactique de Maodo ne sont plus à démontrer. Si on devait assigner à Seydi El Hadji Malick Sy une profession, ce serait celle d’enseignant. Il ne cesse en effet de maintenir l’attention du lecteur par des  Rappels : « wa Abdou Moutallib min bahdou » pour évoquer les faits précédents et relatifs à Abdou Moutallib (le trésor découvert dans le puits de « Zem Zem », l’épisode de l’éléphant)  L’apostrophe du lecteur : « sois attentif » ; enrichis-toi de cette parole »  Des notions grammaticales et des précisions sur la phonétique ou l’orthographe : « écris ha sans point suscrit »  Une syntaxe audacieuse : complément d’objet antéposé et non postposé comme de coutume. « A gardé les deux biches la Maison de DIEU »  Un niveau de langue soutenu, parfois même ésotérique. En effet Maodo s’adresse surtout à un public lettré, c’est pourquoi son verbe est souvent suggestif et ne doit pas être traduit de manière littérale. Ainsi, pour illustrer la précocité du jeune Mouhamad (S.A.W.S.) il nous dit : « Sa croissance d’un mois se fit en un jour et celle d’un an en un mois. A deux ans, il était un athlète courtois » Il faut comprendre par là que le Prophète a toujours eu une longueur d’avance sur les personnes du même âge que lui en maturité spirituelle et probité morale.  Un langage imagé où foisonnent métaphores et autres comparaisons : « Notre Seigneur la Lune » « Les puits des âmes sourdent de la lumière du Timonier qui est l’incarnation de la noble espèce et la genèse de toute matière » chap. I V.8  Mais c’est dans l’art du portrait que Maodo est inimitable. Il n’est, pour s’en convaincre, que de consulter le portrait fascinant qu’il nous fait du Prophète (chapitre VI, vers 50 à 56) 50. Sa tête a été sculptée dans la Grâce Divine, ses oreilles dans la vigilance ; les yeux de l'ami de DIEU ont été moulés dans la courtoisie. 51. La poitrine du bien-aimé dans la pureté ; son cœur dans la compassion ; sa cage thoracique dans la générosité.52. Dis que sa langue a été taillée dans la louange de DIEU, ses lèvres dans la prière et son visage dans la satisfaction ; enrichis-toi de cela. 53. Sa salive a secrété le miel du Paradis, ses cheveux purifiés dans la flore paradisiaque, sa paume dans la prodigalité. 54. La «Lune» allie confiance, soulagement, rédemption, grâce, douceur, mérite et félicité.  L’honnêteté intellectuelle de Seydi El Hadji Malick Sy est nettement perceptible par les références précises aux auteurs cités, ses sources. Il nous met en garde quand il énonce un vers dont il n’est pas l’auteur : « La Nation arabe est la meilleure de l’Humanité ; la meilleure de ses tribus est Khourich dont est issue la meilleure personne qui est celle du Prophète » Chap. III V.10. Mais Maodo s’empresse de préciser « Que celui qui a dit ces chants soit récompensé par son Créateur ». C’est ce que les Wolofs appellent « Gnak Kagnane »  Les références à la théologie, au droit Islamique, notamment le droit successoral sont riches d’enseignement. L’auteur nous apprend que deux personnes décédées simultanément (par exemple une mère et son fils) s’excluent mutuellement de l’héritage. C’est d’ailleurs pour mieux expliciter ces subtilités que Maodo a senti la nécessité de rédiger un traité sur l’héritage : « Kawkaboul Mounir » (Etoiles étincelantes)  La courtoisie de Seydi El Hadji Malick Sy se manifeste nettement dans « Xilaasu Zaab » En citant plusieurs versions, il nous fait deviner vers laquelle va sa préférence sans frustrer les tenants des autres versions.  Les références à la valeur numérique dénotent d’une solide culture arabe et confèrent une ambivalence à beaucoup de ses expressions : Quand il emploie « Huda » qui désigne la droiture, il exploite en même temps la valeur numérique du terme : 10.  Les références historiques nous édifient sur la culture générale de Maodo : Il nous invite à ne pas confondre Alexandre le Grand, encore appelé « Zoul kharaneyni » (L’homme aux deux cornes) en référence à son légendaire casque surmonté de deux cornes avec Alexandre II qui fut un disciple d’Aristote. (Chap. VI V. 71 ET 72 Les déboires entre les juifs et Nabuchodonosor y sont également relatés.  La généalogie est un élément fondamental dans toute œuvre biographique et, à travers « Xilaasu Zaab » celle du Prophète est dressée sans équivoque. Mais Maodo la fait remonter seulement jusqu’à l’ancêtre Adnane, par respect aux recommandations du Prophète lui-même qui avait dit : « celui qui dépasse Adnane, en citant ma généalogie, est dans le mensonge »  Le trait de caractère de Seydi El Hadji Malick Sy qui est le plus perceptible dans « « L’Or décanté », c’est sans doute sa grande humilité. Les exemples y sont nombreux mais, pour mieux s’en convaincre, il suffit de voir comment Maodo met en exergue, à l’occasion de la commémoration de la naissance du Prophète, le poème de l’Iman Bousseyri « AL Bourda » alors qu’il aurait pu choisir les 30 chapitres de « Xilaasu Zaab » pour animer les dix premières nuits du Gamou. CONCLUSION Nous n’avions pas pour prétention de fouiller toutes les ressources de « Xilaasu Zaab ». Notre modeste contribution avait pour objet de faire ressortir la multi dimensionnalité de ce laudateur hors pair du Prophète Muhammad (S.A.W.S.) qu’est Seydi El Hadji Malick Sy à travers quelques illustrations puisées dans les 10 premiers chapitres de « L’Or décanté ». Nous sommes conscients de n’avoir recueilli qu’une gouttelette dans ce puits intarissable mais nous prions ALLAH le Sublime qu’elle puisse désaltérer tout chercheur « qui va plonger dans la mer en quête de coquillage » afin qu’il y découvre « des coquillages qui couvent de l’or Dourah, plus resplendissant que lune au quatorzième jour ». Je voudrais juste, pour terminer mon propos, rendre un hommage personnel à mon illustre homonyme sous la forme d’une modeste composition que j’ai baptisée « L’Etoile » en référence à notre Seigneur « La Lune »L'Etoile (Poème liminaire) La Lune a surgi dans un ciel brumeux Et s'effacent les ténèbres ainsi que vapeur au vent Des milliers d'étoiles s'abreuvant de la divine lumière En aspergent l'univers entier Il en est une qui semble se cacher dans un coin céleste Mais son éclat perce les éthers et éblouit la terre Une étoile peut-elle se cacher ? Mawdo La lumière de la lune suffit à éclairer le monde Mais ce sont les étoiles qui en assurent l'expansion De même le message de Muhammad est parfait Mais ce sont les disciples qui en assurent la diffusion Et tu es l'une des étoiles les plus resplendissantes De notre Lune Muhammad Disperseur des ténèbres Malick Dans ton manteau laiteux à l'ombre de ton parasol Tu ne peux te dissimuler encore que t'y exhorte la modestie Car qui nous ferait connaître Muhammad ? Qui nous apprendrait à l'aimer à l'imiter ? Poursuis ton ascension par la Grâce de Dieu noble étoile Dans le ciel de notre confiance renouvelée Que se dissipent à jamais les ténèbres de notre ignorance Mawdo Mbengue

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