Cheikh Ahmadou Bamba: un mystère de Dieu

Mardi 27 Décembre 2011 - 20:45

Cheikh Ahmadou Bamba: un mystère de Dieu
Cheikhoul Khadim, le maître est devenu Khadimou Rassoul, mais comme il l’a souligné avec force « Asna Khadim » : « je suis le premier parmi les serviteurs du Prophète (PSL) à acquérir cette station ». Il constitue un inconnu de Dieu et le restera aussi longtemps que le temps et l’espace feront leur évolution.

« Devant la gravité de l’heure et l’imminence du danger, l’humanité a plus que jamais besoin, aujourd’hui, d’exemples vivants qui exaltent les esprits et permettent de regarder de plus haut un monde matérialiste, inquiet, partagé entre la crainte et l’espoir, avec des ambitions démesurées d’hommes et de femmes ayant perdu le sens des réalités et qui, sans apprendre à dominer leurs passions, ont dominé la nature grâce au développement des sciences et des techniques ayant modifié leur vie (…). Le Monde traverse non seulement une crise spirituelle, mais métaphysique : c’est pourquoi, l’exemple de grands hommes spirituels comme Cheikh Ahmadou Bamba doit, plus que jamais, être étudié et suivi pour préserver de suicide une humanité à laquelle il ne manque que la foi… ».

Cette entrée en matière de feu Serigne Sam MBAYE dans la traduction de « Masalikul Jinaan » ou les « Itinéraires du Paradis » est plus que significative pour aborder une biographie d’un saint d’une dimension exceptionnelle.

Cheikh Ahmadou Bamba dira lui-même à son propos : « à tout jamais, Dieu a joint ma vie à celle de Dieu. Je vis dans le Paradis de Dieu. Quand j’écris, le Trône exulte et les anges émus se mettent à proclamer la sainteté de Dieu. Quand j’écris, quand je lis, Satan se sauve suivi de ses acolytes imposteurs. Dieu et son Prophète (PSL) préfèrent mes écrits à ceux de tous les autres saints ». Connaître un tel saint ne sera pas sans doute aisé pour ses contemporains, encore moins pour un non initié.

Cheikh Ahmadou Bamba, Borom Touba, Serigne Touba, Khadimou Rassoul, Khadimal Moustapha, Bamba, Abdoulahi Wa Khadimou Rassoul, Borom Djouma Ji, Borom Barak bi, etc., constituent autant d’appellations symbolisant sa vie et son œuvre.

De son vrai nom Muhammad ibn Muhammad ibn Habiballah, Cheikh Ahmadou Bamba est né au mois de Muharram en 1853, soit l’an 1270 H, à Mbacké Baol, village fondé par son arrière grand père en 1780. Fils de Serigne Mame Mor Anta Saly et de Sokhna Diarra BOUSSO surnommé la voisine de Dieu, Il est issu d’une famille digne, respectée et sainte dont les ramifications nous amènent jusqu’au berceau de l’Islam sénégalais. Son homonyme, ami de son père habitait le village de Bamba et portait le nom d’Ahmadou SALL, un grand marabout de son époque.

SON ADOLESCENCE

Dans sa jeunesse, Cheikh Ahmadou Bamba fut sous les férules de son oncle maternel Tafsir MBACKE Ndoumbé, de son homonyme Ahmadou SALL, et de son père Mame Mor Anta Saly vers 1865. Les sciences fondamentales de l’Islam, la théologie, le droit, l’exégèse du Coran, les hadiths, la grammaire, la prosodie, la rhétorique…, le menèrent auprès de son oncle Muhammad BOUSSO. Il a par ailleurs fréquenté au cours de sa jeunesse d’autres érudits comme Samba Toucouleur KA, Moussa DIAKHATE et Muhammad Ibn Muhammad Al Karim Ad-Daymani. Serigne Bassirou MBACKE dit dans les Bienfaits de l’Eternel de son guide : « en somme, il fit un miracle dans son apprentissage par cœur et dans sa maîtrise du savoir. Il fut le dépositaire du Coran et de la sunna ».

Son adolescence fut marquée par une spiritualité extraordinaire comme un être accablé sous un poids écrasant et mystérieux, pressé d’une soif ardente et d’un désir insatiable d’accéder aux secrets du ciel et de la terre. Sa perfection innée, découverte en lui par ses parents et érudits qu’il a fréquentés, ne pouvait résulter que d’une lumière divine. Dès son jeune âge, il paraissait tendu, méditatif et résolu. Une sorte d’extase le marquait et semblait l’éloigner des mondanités terrestres. Cheikh Ahmadou Bamba affichait des attitudes et habitudes de piété, de bonne conduite morale, de dévotion, d’esseulement, de méditation et un comportement honnissant l’amusement et le péché.

Serigne Bassirou MBACKE dans son ouvrage intitulé « Minanoul Bakhil Khadim » révèle que durant son enfance, l’endroit qu’il fréquentait le plus, dans la concession familiale, était celui qui tenait de lieu de prière. Il y séjournait la plupart de son temps, seul, à tel point que beaucoup de ses voisins se posaient des questions sur son état mental. D’ailleurs on le surnomma « le fou de Mame Mor Anta Saly ». Son engagement dans la voie des soufis est une chose étonnante, inqualifiable, extraordinaire et l’avait mené à la station de « Min Hàjul habidina ».

L’autre activité qui a marqué l’enfance de Cheikhoul Khadim était l’enseignement qu’il donnait aux disciples de son père et à ses frères cadets. Qui plus est, Serigne Touba s’adonnait à l’écriture en composant des odes d’invocation et des poèmes d’éducation spirituelle dont la qualité et la profondeur étonnaient plus d’un.

Les dernières années vécues avec son père ont montrées Cheikh Ahmadou Bamba développé une personnalité intellectuelle, mystique et un ascétisme incomparable.

Le mardi 20 du mois de Muharram 1299, correspondant à 1883 de l’an romain, Mame Mor Anta Saly, alors âgé de 61 ans, quitta ce bas-monde sur les mains de Cheikhoul Khadim. Il s’est voué à l’enseignement jusqu’à ce jour où le Créateur lui dit : « éduque tes disciples par le « Himma » et non plus par l’instruction ».

L’AVENEMENT DU MOURIDISME

La déclaration de Bamba ne s’est fait pas attendre en ces termes : « celui qui a choisi de suivre mon exemple peut rester avec moi. Mais celui qui était venu pour s’instruire peut retourner chez ses parents ou alors aller à la recherche d’un autre maître. Moi en ce qui me concerne, je me suis engagé à partir d’aujourd’hui dans une autre voie ».

Cette voie était celle des mystiques. Partout où il se trouvé, Cheikh Ahmadou Bamba détenait entre ses mains le « Min Hàjul Habidina » et ceux qui avait accepté de rester à ses côtés devenaient des « Sadikhona ». Ce premier engagement commença a révélé à la face du monde sa véritable physionomie spirituelle. L’autre aspect de sa dimension spirituelle fut la réponse qu’il afficha publiquement à la question de succéder à son père pour les charges de conseiller du roi, Lat Dior. Bamba affirma : « je n’ai pas l’habitude de fréquenter les monarques. Je ne nourris aucune ambition à l’égard de leurs richesses et ne recherche des honneurs qu’auprès du Seigneur Suprême(…) J’aurai honte que les Anges me voient aller chez un autre roi que Dieu ». Cheikhoul Khadim avait fait table rase de toutes les traditions. Sa seule tradition était tout ce qui se rapportait et se conformait au désir du Seigneur de l’Islam. Sa seule motivation était l’agrément de Dieu, toujours recherché, tant dans ses actes et ses paroles.

Certains dignitaires et détracteurs ne comprenaient pas cette attitude du Cheikh qui avait les biens terrestres à sa disposition. Une autre ode est venue confortée sa position et sa constance :

« Penche vers les portes des rois, m’ont-ils dit, afin d’obtenir des biens qui te suffiraient pour toujours.

Dieu me suffit, ai-je répondu, et je me contente de Lui et rien ne me satisfait si ce n’est la Religion et la Science.

Je ne crains que mon Roi et n’espère qu’en Lui car c’est Lui, le Majestueux, qui m’enrichit et me sauve.

Comment disposerais-je mes affaires entre les mains de ceux-là qui ne sont même pas capables de gérer leurs propres affaires à l’instar des plus démunis ?

Et comment la convoitise des richesses m’inciterait-elle à fréquenter ceux dont les palais sont les jardins de Satan ?

Au contraire, si je suis attristé ou éprouvé un quelconque besoin, je n’invoque que le Propriétaire du Trône [qu’est Dieu].

Car, Il demeure l’Assistant, le Détenteur de la Puissance Infinie qui crée comme Il veut tout ce qu’Il veut.

S’Il veut hâter une affaire, celle-ci arrivera prestement mais s’Il veut l’ajourner, elle s’attardera un moment.

O toi qui blâmes ! N’exagère pas dans ton dénigrement et cesse de me blâmer ! Car mon abandon des futilités de cette vie ne m’attriste point…

Si mon, seul défaut est ma renonciation aux biens des rois, c’est là un précieux défaut dont je ne rougis point ! ».

De cette attitude du Cheikh envers les souverains et à l’élite de l’orthodoxie musulmane émanait une première vague de contestataires et d’ennemis, source de défiance, de vexation et de brimades à son endroit et au cercle limité de ses adeptes.

Durant cette période cruciale de son engagement, Cheikh Ahmadou Bamba erra à travers les localités du Sénégal et de la Mauritanie, à la quête de sciences ou à la rencontre de gens pieux ayant son admiration. Il montra également une disposition envers toutes les voies spirituelles en pratiquant les wird de la Qadriya, d’Abu Al-Hassan Al Shâdhilî et de Cheikh Ahmed Tidjane. A chaque que Cheikh Ahmadou Bamba se lançait dans une voie, il en surplombait toutes les étapes et en détenait tous les secrets. Cette avidité d’aller plus loin l’a amené à dire : « j’ai dépassé les hommes et tout ce qui vient de leurs mains (leurs invocations, leurs remèdes, leurs wirds, leurs litanies, leurs indications, leurs prescriptions), pour me tourner vers le Seigneurs des hommes ».

LE RETENTISSEMENT

Son apparition sur la scène nationale a suscité un étonnement général et une nouvelle donne dans la hiérarchie religieuse. L’affluence dans sa cour devenait de plus en plus soutenue. Son assertion de dépassement des confréries souleva une véritable révolution. Les mystiques de son époque crièrent au scandale contre lui mais sa réponse fut sans équivoque : « je détiens la réponse à quiconque m’interroge dans le verset coranique qui dit « le rappel de Dieu est certes ce qu’il y a de plus grands » (Masalikul Jinaan, vers 301).

Quiconque est en harmonie avec Dieu ne doit plus se soucier de ses détracteurs et de sa contradiction avec les hommes. Cheikh Ahmadou Bamba se situait dans l’axe du Coran et de la sunna : « Je suis le meilleur ; j’ai la meilleure voie » a-t-il soutenue.

Dans sa percée mystique dans l’enceinte scellée de Dieu, Serigne Touba sera orienté vers la « Nur Muhammadiya » laissant voir ainsi une leçon à ceux qui désirent l’agrément du Créateur. L’imitation du Prophète Mohamed (PSL) était la base de tout ce qui utile pour l’homme et le djinn dans ce monde et dans l’autre.

Dans son ode intitulé (Abajadda) il s’écria : « je Le remercie, Lui le Très Haut, par son Livre, ses bienfaits et sa pure sunna. Je Le remercie par les farâid et la sunna, et par delà, celles-ci pour les autres bienfaits. Je me repens auprès du Seigneur, porteur du décret, et par son ordre, sur les errements passés. Ce jour, j’en fais mon pacte avec le Choisi, l’Elu et je demande la fidélité à Dieu dans le service que je lui rends. Je prends mon engagement pour le respect du Livre dans le cadre du respect de l’Elu. Celui qui est plus digne de mes services parmi toutes les créatures par mes poèmes et mes proses, c’est le Prophète (PSL) de la clémence ». Cheikh Ahmadou Bamba se lança dans la voie l’imitation au Prophète Mohamed : « j’ai abandonné les wirds et le service pour un autre que le Prophète (PSL) dans le service que je rends aux créatures. Aujourd’hui, je remets éternellement mes brides entre les mains d’Ahmad (PSL), pour adorer Dieu. Mon compagnon est le Livre de Dieu et mon guide l’Elu (Al Mustapha). Mo miracle, ma gloire et ma dignité sont le Livre de Dieu et le Prophète de Dieu » (Les bienfaits de l’Eternel).

Au cri de scandale révélé plus haut des autorités religieuses de l’époque, le contexte historique de l’époque avait favorisé le rush des anciens résistants, des opprimés, des paysans spoliés, des soldats déçus, des tiédos entre autre victime de la colonisation. Ce qui fera dire à Paul Marty : « à Touba, se répandirent aussitôt tous ses anciens amis, les guerriers du Damel Lat Dior et du Bourba Alboury, des déserteurs, des chefs révoqués, des peuls fanatisés, tous (…) en quête d’aventures ».

Mais la première alerte de l’autorité coloniale fut donné le 19 mars 1889 à Saint-Louis par un rapport de TAUTAIN spécifiant qu’ « marabout nommé Ahmadou Bamba aurait été s’établir dans la forêt de Mbafar, entre Djolof, Baol, et Cayor. Que là, il installerait actuellement une baraque » et recommandait en conclusion « de faire exercer sur l’individu une surveillance constante, quoique prudente, afin de ne pas le poser en martyre de sa foi… ».

Le Cheikh devint alors la cible d’une surveillance stricte. Rapports des plus fantaisistes et dénonciations des plus calomnieuses proliféraient à son endroit du fait d’agents de renseignements zélés, de chefs traditionnels jaloux et inquiets de son prestige. L’administrateur du cercle de Louga avait d’ailleurs adressé une correspondance au Gouverneur du Sénégal en ce sens: « l’agitation incessante que provoquaient les allées et venues des visiteurs n’est pas sans troubler profondément le calme habituel dans la région. Leur tranquillité (il s’agit des populations du Ndiambour) constamment troublée pourrait ranimer le fanatisme qui sommeille encore dans leurs esprits ».

Malgré cette effervescence, Cheikh Ahmadou Bamba ne se détourna de son objectif et voulait être élevé au niveau de ses compagnons. Dans (Qataba Qalbi) il dit : « O Seigneur, que ma station soit celle du Serviteur Mohamed (PSL), Anas. Que mon degré égale celui du panégyriste Hassan ». Cheikh Ahmadou Bamba finira par dépasser ces serviteurs du Prophète (PSL). Il affirmera dans Muhammadiyal Habib : « le Seigneur, la vérité évidente, m’a donné ce qui est révélé aux pieux, et ce qui n’est révélé qu’à moi, en honneur et faveurs divines ». Il parviendra à devenir le meilleur serviteur du Prophète : « le pouvoir du Très Haut, l’Eternel, le Préexistant a fait de moi le meilleur des serviteurs, par le Prophète dont les bienfaits sont éternels ».

Cheikhoul Khadim avait fini par acquérir la plénitude de la station mystique des pôles de la trempe de Cheikh Al Ghawth Al Khadir Al Jîlani, Abu Yazid Al Boustami, Aboul Abass Ahmad Tijâni, Abu-l Hamid Al Ghazali. Cette station ne le satisfaisait point. Il sentit le désir d’accéder à la station des Moudjahidin, les braves compagnons du Prophète (PSL) morts à Badr, à Houhoud ou à Hounayn sous le sabre des infidèles. Cette station avait un coût dont l’équivalent était d mourir à soi-même, impliquant donc beaucoup de souffrances et d’épreuves. A la demande de Muhamed (PSL), Serigne Touba répondit en ces termes : « tant que je serai avec toi, je supporterai tout ». Le pacte d’allégeance conclu, Serigne Touba se devait de quitter Touba pour accomplir sa mission.

Les raisons métaphysiques et mystiques d’une étape importante de sa vie et du Mouridisme venaient d’être établies, aboutissant inéluctablement à son exil au Gabon.

Au plan exotérique, l’administration coloniale prit le Cheikh pour unique cible et va user de moyens colossaux de dissuasion pour fomenter une révolte armée. L’historien Amar SAMB soutiendra d’ailleurs à ce propos : « il fallait le génie d’un homme comme Cheikh Ahmadou Bamba pour arriver à capter toutes les aspirations d’un peuple désorganisé, subjugué et désorienté. Il fallait, après la disparition tragique ou l’exil sans retour des faiseurs de jihad, le génie du fondateur du Mouridisme pour assumer le non de tous les résistants qui ont chèrement payé le droit de vivre libres sur la terre de leurs ancêtres. Le fils de Momar Anta Saly a imaginé d’autres moyens pour porter sur son frêle corps tout le poids du destin d’un peuple qui ne voulait pas rester à genoux sous la baïonnette ou la gueule du fusil et du canon de l’occupant, crachant la mort sur quiconque relevait la tête ».

En effet, sa lettre réponse convoyée par son frère et bras droit, Mame Thierno Ibra Faty en 1895, a sonné comme un glas et a irrité l’administration coloniale : « Le Maître des mondes m’a donné l’ordre de proclamer que je suis un asile et un recours. Quiconque veut le bonheur ici bas et dans l’au-delà doit chercher refuge auprès de moi ». Serigne Touba était aux yeux des colons un rempart pour la société sénégalaise d’alors face à leur entreprise de colonisation des esprits après une pacification territoriale.

Cheikh Ahmadou Bamba fut convoqué à Saint-Louis par l’autorité coloniale pour statuer sur son cas à travers le Conseil privé du 5 septembre 1895.

Source:Assirou.net

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