Contribution: Dualités saisissantes dans la démocratie sénégalaise

Au dernier jour de la campagne du second tour, les sénégalais se font des idées plus claires sur la personnalité ou sur les programmes des deux candidats en lice. La politique s'invitent à toutes les discussions et n'épargne aucun secteur.

Vendredi 23 Mars 2012 - 14:12

les hommes d'affaires, ...les journalistes... les artistes

Contribution: Dualités saisissantes dans la démocratie sénégalaise
A quelques jours du match final ou second tour, la nation sénégalaise vit au rythme de la campagne électorale. Nombre de sénégalais ont compris dans cet entre-deux-tours que les erreurs de Abdoulaye Wade seront exploités par Macky Sall et inversement. Nous en voulant pour preuve la visite du président candidat au quartier de Rebeuss et son souhait de transformer ce lieu en Manhattan ; comme si Wade travaillait pour son ancien premier ministre, car ce dernier saisit la balle au rebond et décide, de restituer aux habitants du quartier, leur mythique terrain de football.

Toutes les discussions, dans les bus, les salons, sous l’arbre à palabre, autour de la théière, etc. , tournent autour des questions politiques. Par ces temps qui courent, on se fait facilement politicien espérant se positionner prochainement ou pour donner un coup de main à un parent bien placé dans un parti politique, rarement l’engagement ne se fait par conviction. Bien vrai qu’on clame haut et fort que : les hommes politiques sont tous pareils. Les moyens aidant, avec des tee-shirts, des casquettes, tissus cousus à l’effigie du leader, voitures sonorisées, etc., on promet monts et merveilles à d’honnêtes citoyens dont le seul tort est d’être victime de la précarité ou du dénuement.

On prédit une défaite du troisième président de la république, et pour cause, il mérite une retraite, après prés d’un demi-siècle consacré à des activités dont une bonne partie passée dans l’opposition.
Que la démocratie sénégalaise en sorte grandie et qu’on apprenne des erreurs commises depuis 2000 et qu’on a l’habitude d’égrener tel un chapelet.
Cette dualité au sommet se répercute dans plusieurs secteurs de la société. Des hommes d’affaires en disgrâce sous le régime de Wade Abdoulaye décident de peser de tout leur poids en investissant le champ politique pour soutenir activement Macky Sall. Youssou Ndour et Bara Tall, pour ne citer que ces deux, prendront sûrement le relais d’autres hommes qui, à contrario, ne s’étaient pas convertis à la politique (Cheikh Amar, Serigne Mboup,etc.).

Les revues de presse des quotidiens d’informations générales sont marquées par deux grilles éditoriales. Il y a d’un côté des journaux favorables au Gouvernement tels Le soleil, Le pays au quotidien, Focus le journal, Thiey, Le Messager…, vendent à juste titre l’image du Président ; de l’autre côté les quotidiens proches de l’opposition à l’instar de L’Observateur, EnQuête, L’AS, Sud Quotidien…, n’hésitent pas à décrier les actions du pouvoir en place. Si des sénégalais disent Wade des gages et reprochent à Cheikh Yerim Seck son parti pris devenu un secret de polichinelle depuis l’interview qu’il a eue le soir même de la défaite en pleine Coupe d’Afrique des Nations du Sénégal devant la Guinée Equatoriale.

A l’opposé Alassane Samba Diop se montre allergique aux actions de Wade et l’a clairement démontré lors de l’émission remue-ménage du 11 Mars 2012. Quoiqu’on veuille instaurér une certaine vitalité démocratique, il est recommandé de rester professionnels à l’antenne ou sur les plateaux de télévision. Ce n’est pas parce que nous ne voudrons plus Abdoulaye Wade comme président que nous ne reconnaîtrions plus ses mérites.

Et puis, dans Le Monde diplomatique du mois courant, répondant à un article consacré, le mois précédent, à la Syrie, Mme Geneviève Safavi soulignait, à juste titre, que l’honneur de la presse ce n’est pas de faire adhérer la population aux idées des classes dominantes mais de faire comprendre l’enjeu des stratégies.

Le milieu musical subit les contrecoups de cette dualité. Des artistes à l’image de Doudou Ndiaye Mbengue, Souleymane Faye, etc., vantent les mérites du challenger de Wade, tandis que Abdoulaye Wade est soutenu par des artistes tels que Demba Dia, Idrissa Diop, Pape et Cheikh… qui se satisfont de ce qu’ils ont vu. Le mouvement Y’EN A MARRE est venu faire pencher la balance du côté de Macky Sall, seul le verdict des urnes nous édifiera.

La saison des promesses électorales faites par des hommes politiques n’a jamais pris fin et ce n’est, apparemment, pas demain la veille. Ne faudrait-il pas que l’on prenne le temps d’analyser, en toute lucidité, au lieu de tout ramener à la passion ou au copinage ? Il nous plaît de rappeler ces quelques phrases de Jean GUEHENNO, Académicien français qui affirmait, en 1967, dans Le Figaro : « Il y a lieu de se réjouir quand un gouvernement, quel qu’il soit et où que ce soit, proclame qu’il veut que ses administrés, les électeurs, soient mieux informés, plus ouverts à la critique, et, par suite, plus difficiles à gouverner qu’ils ne le sont déjà. Avec le temps, la République finira bien par devenir vraiment la République. »

M. DIALLO IBNOU
Doctorant ès Lettres Modernes, Option Grammaire Moderne
Professeur de Lettres Modernes ( ibndiallo@gmail.com)
Blogueur : ibnoze.seneweb.com









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