Culture: Communication sur "L’avenir du théâtre à Saint-Louis" ( par Pape Samba Sow).

Communication présentée par Pape Samba Sow dit Zoumba, à l'occasion de la journée internationale du théâtre; célébrée ce mercredi 27 mars 2013.

Mercredi 27 Mars 2013 - 09:41

Culture: Communication sur "L’avenir du théâtre à Saint-Louis" ( par Pape Samba Sow).
M Moustaph Ndiaye, Directeur du Centre Culturel Régional Abdel Kader Fall de St-Louis,
Mme Eleonora Rossi, Directrice de l’Institut Français de St-Louis,
M. Ahmadou Cissé, Directeur de l’Office Communal du Tourisme et de la Culture,
Chers amis et partenaires de la Presse,
Mes pairs artistes et camarades de planches, tous corps et toutes disciplines confondus,
Cher public,

En cette mémorable Journée du 27 Mars 2013, célébrant l’Art majeur du Théâtre dans le monde entier, il nous apparaît pertinent plus que simplement intéressant de dresser une analyse prospective et perspective de la dynamique du genre dans notre chère ville. Nous sommes bien enjoués d’y contribuer, d’abord par le cadre solennel, officiellement en tant que Chargé de Mission Culture de la Mairie, mais surtout en tant que pratiquant du domaine, c'est-à-dire comédien, écrivain, professeur de Lettres, humoriste, conteur, danseur, musicien et metteur en scène de théâtre.

Que les 2 structures majeures, Centres Culturels Français et Sénégalais aient compris l’absolue nécessité de marcher ensemble, et qu’ils aient choisi d’accompagner ensemble les acteurs pour la célébration de cette journée internationale, voilà qui nous rassure tous.

Mesdames et messieurs, le sujet qui nous rassemble aujourd’hui – Avenir du Théâtre à St-Louis - est des plus complexes et des plus vastes, si l’on considère la triple thématique que convoquent les 3 termes qui le composent, le triptyque Avenir, Théâtre, Ville de St-louis.

D’abord parler de l’Avenir d’un domaine suppose au préalable une étude prospective approfondie qui conduit naturellement à se poser mille et une questions, à identifier et lister les atouts et les contraintes avant de proposer des perspectives, ce qui n’est jamais chose aisée encore moins exhaustive. Nous nous efforcerons humblement de nous y employer de notre mieux.

Une seconde réflexion vise le Théâtre. Mais quel grand bateau que le théâtre ! Alors quel théâtre ? Car c’est là un terme qui renvoie à une foultitude de sens :

Le théâtre peut se comprendre comme le lieu d’opérations militaires, telles qu’en connut notre vieille cité, ou le domaine constitué par les spectacles joués sur scène par des acteurs, ou alors un répertoire d’œuvres littéraires (théâtre antique), ou encore une entreprise se consacrant aux spectacles (théâtre subventionné) ou même dans un sens péjoratif, de l’artifice (tout ceci est du théâtre).

Pour notre sujet, toutes les définitions du théâtre sont convoquées. C’est donc à la fois le cadre architectural spécifique, d’infrastructures et de superstructures, à l’image du Grand Théâtre ou de Sorano, de l’Opéra comique ou de la Comédie Française., et la reproduction littéraire exécutée par des acteurs et s’adressant à un auditoire.

Enfin le troisième élément de notre affaire est la fixation sur la ville de St-Louis. Là seulement il nous sera permis de nous défouler à cœur-joie car à mon sens plus que partout ailleurs tous azimuts, NDAR GUEDJ et THEÂTRE font bon ménage, culturellement, historiquement, géographiquement. Tout l’environnement humain et immatériel de St-Louis s’y prête : Oui St-Louis est un grand théâtre, je l’affirme.

N’allez surtout pas croire que je cherche à vous embarquer dans de la poésie gratuite. Non, et je le redis, St-Louis est un grand théâtre par son tapis d’eau, par ses lumières uniques, par son décor spécial, par la grâce naturelle des ses âmes, et même par sa configuration physique : Où que l’on soit dans cette ville, on y dépasse à l’envi le proscénium. D’ailleurs nous nous plaisons à le dire, St-Louis est le plus grand royaume après celui du ciel.

Alors devant ce flou artistique et avec votre permission, nous allons nous jeter à l’eau et essayer de vous entretenir de Théâtre dans le sens attendu de l’expressivité dramatique. Et comme annoncé tantôt, l’analyse prospective que nous comptons faire ne sera pas exhaustive, loin s’en faut. Par bonheur le parterre fleuri d’éminents professeurs d’Arts et de Lettres, d’acteurs, de responsables d’associations artistiques et d’autorités de l’Etat ici présents, viendra sans nul doute nous compléter dans les débats qui s’annoncent instructifs.

Mesdames et messieurs, nous évoquions plus haut le caractère historique du théâtre à St-Louis. Toute la littérature sénégalaise et africaine ayant d’abord été orale, et gardant encore les savoureux relents de cette oralité, le théâtre apporté, j’allais dire importé par le colonialiste, s’est d’abord implanté à St-Louis, première ville d’Afrique noire où sont nés des genres littéraires dynamiques et formels comme le roman ou la dramaturgie, une si belle parenthèse qui nous honore. On ne le sait que trop, ce théâtre importé obéit pendant des siècles à des règles classiques en vigueur sur toutes les scènes de l’Occident dont celle des 3 unités : Unité de temps, unité de lieu, unité d’action.

Ce prétendu Maître Occident nous niait alors toute valeur forte. Ainsi à ses yeux nous n’avions pas d’Art, nous n’avions pas de Culture, nous n’avions pas d’Histoire, nous n’avions pas de théâtre, nous n’avions RIEN. Avons-nous besoin de rappeler que de grands seigneurs africains tels que les Cheikh Anta Diop ou Bakary Traoré leur auront apporté de pertinents contrepoints, preuves scientifiques et littéraires à l’appui, des démonstrations irréfutables de la vitalité de notre art, de notre culture, de notre histoire, de notre théâtre. C’est d’ailleurs un vieux débat, clos depuis longtemps.

PROBLEMES ET CONTRAINTES

Nous avons bien assimilé les points revendicatifs énoncés par les artistes comédiens lors de la conférence de presse, lesquels points synthétisent assez globalement les grands maux de notre théâtre, points précis que nous ne ferons que compléter.

Nous avons également retenu le cri du cœur de l’italien prix Nobel Dario FO, auteur du texte de la déclaration officielle de cette année. Citant le cardinal Charles Borromée et même au passage le Pape Innocent XII, il y évoque avec ironie cette chasse aux sorcières naturellement engagée contre les comédiens, en tout temps de crise. Or sur ce point, je vous pose la question, à vous tous ici présents, qui vivez depuis assez longtemps déjà : Avez-vous déjà vécu un temps qui n’ait été baptisée temps de crise ? C’est donc toujours la crise, cela a toujours été la crise, cela a donc toujours été la chasse aux sorcières contre NOUS autres comédiens.

- Le premier problème, et je sais qu’on perdrait tous au jeu de devinettes parce que la réponse naturelle sur toutes vos lèvres, c’est justement le problème d’espace topologique, d’infrastructures outillés pour la création et pour les productions-représentations. Ici on se rabat toujours sur la générosité de l’Institut Français qui a aussi ses dates et ses événements réguliers et qui ne comble donc pas l’enclavement du Centre Culturel Régional, notre tutelle. Les maisons de Quartiers, les cours d’écoles et les moindres cafétérias sont donc courus.
« Ku amul ndey nàmpp maam »
- Les moyens sont encore très faibles. Les collectivités locales n’interviennent que sporadiquement, mais c’est parce que nous tombons dans leur piège, le piège de ne les solliciter que pour des manifestations événementielles, et guère pour un projet de construction de la culture, jamais pour une vraie politique de culture.
- L’accès aux réseaux, ou plutôt l’accès à l’information menant aux réseaux est encore faible. Toute la culture globalement n’est pas encore sérieusement disciplinée dans le pays et dans la ville, parce qu’il s’agit là d’une compétence transférée, c'est-à-dire qu’elle requiert la participation responsable des populations, encadrées par leurs collectivités. Sur le papier, c’est tout simple, mais dans la pratique et dans les faits, le blocage est très facile.

- Même s’il y a beaucoup d’auteurs st-louisiens, nos écrivains publient plutôt d’autres genres (conte, roman, et poésie). Or nos jeunes acteurs qui les fréquentent dans tous les cénacles, se feraient toujours un bonheur de mettre en espace leurs ouvrages.

- D’ailleurs la documentation pose problème. Même si elles font toujours rire et parfois réfléchir, les pièces produites à St-Louis n’ont guère la finesse requise au théâtre, car on ne va pas vers les livres. La médiathèque de l’Institut Français et la Bibliothèque de l’UGB offrent les seules dignes alternatives, ce qui reste un ratio très faible par rapport au nombre d’acteurs, de troupes et de compagnies, surtout que les tenants du théâtre à St-Louis, il faut le dire, ont généralement un faible niveau d’étude.

- La mobilité des artistes est de plus en plus réduite. En 2010, la suppression du service de Visas du Consulat de St-Louis est venue compliquer les choses. Or les comédiens de la Ville gagneraient beaucoup à se frotter aux autres, à participer aux grandes rencontres culturelles, aux grands festivals tels que le RIO LOCO de Toulouse ou celui d’Avignon.


ATOUTS


Nous avons cependant plusieurs raisons d’espérer une revitalisation du Théâtre et de tous les arts exercés à St-Louis :

- St-Louis est au Sénégal une ville agréable, touristique, un patrimoine reconnu, qui plaît, charme et attire une très forte coopération internationale. La ville est déjà tout un théâtre, surtout pour son riche patrimoine immatériel.

- Le théâtre télévisé est de plus en plus exploré par les acteurs st-Louisiens. La question se pose de savoir si cela est vraiment bénéfique en termes de qualité de production, mais sur un plan purement économique il est évident que ces activités sont à prendre en considération.

- En ce qui concerne le théâtre dit populaire véhiculé principalement par les ASC dans les compétitions « Nawétaan », St-Louis est plusieurs fois championne nationale avec différentes troupes de quartiers. Je vous renvoie à ce propos à ma propre étude intitulée « Théâtre Nawétaan, Théâtre des valeurs », in De l’Instinct Théâtral, le Théâtre se ressource en Afrique, une anthologie de l’Académie ZOA, Harmattan 2002.

- La mutualisation des énergies artistiques y est constatée, et c’est une excellente chose que de travailler avec ces fédérations constituées. En effet les comédiens se sont regroupés dans l’ARCOTS, les danseurs dans le CODAS, les écrivains au CEPS, les techniciens dans l’AMS, les faux-lions dans le Gewbi-Ndar … En partenariat avec l’IF, l’ARCOTS a déjà proposé et réussi deux bonnes éditions du FRITE. De telles entreprises rassemblant les énergies autour d’une organisation d’envergure sont à encourager au lieu d’entretenir cette ‘festivalisation’ de la ville, c’est à dire quand chaque acteur culturel veut se muer en opérateur culturel et brandir « son » propre projet de festival.

- La présence de l’IF est un avantage précieux, avec ses offres de résidences de création, d’espaces de répétitions et de représentations, …

- Les cérémonies des grands rendez-vous de l’événementiel sont souvent confiés aux gens du théâtre, comme le FESMAN, le FESNAC, le carnaval du « Taajaboon », la mise en scène des cérémonies des « 350 ans de St-Louis » ou des « 140 ans de la Commune », ou encore dans quelques jours la Foire Agricole.
- L’engagement citoyen des acteurs du théâtre est à saluer, car ils s’emparent très vite des grands thèmes républicains. Par exemple, sur commande de l’ADC, la Compagnie Phoenix est actuellement en pleine tournée de sensibilisation sur la sauvegarde du Patrimoine, en jouant directement dans les quartiers.

- Un solide espoir est permis avec les nouvelles orientations de l’Etat et de la Commune en matière de culture (création du poste de Chargé de Mission Culture, création de l’Office Communal du Tourisme et de la Culture, Campagne de collecte pour la Diversité Culturelle, …enjeux nouveaux : St-Louis candidate pour être Capitale Africaine de la Culture, Capitale Mondiale du Métissage, …)


PERSPECTIVES et CONSEILS


Pour tout ce qui touche à la culture, l’orientation nouvelle voulue par le maire et confiée à l’ADC, son bras technique, c’est une culture harmonisée au développement local, une culture concertée et réfléchie avant d’être construite pas à pas.
- L’idée de la création du CONSERVATOIRE MUNICIPAL qui abriterait un Institut du Théâtre a été énoncée en Février dernier dans le Cadre de Concertation Culture que tous les acteurs devraient rejoindre et animer.
- Pour les infrastructures (Rogniat, Maison de Lille), il y’ a des acquis certains, avec la coopération espagnole. Peut-être même arriverons-nous à créer à St-Louis notre Maison Des Savoirs de la francophonie; Nous y réfléchissons au niveau de l’ADC …

- En matière de culture, la Coopération la plus avancée pour Saint-Louis est certes avec la ville de Lille, naturellement notre jumeau classique, mais il y’ a aussi Toulouse, et toutes ces villes jumelées à la nôtre. Pour peu que nous disciplinions le Cadre de Concertation Culture déjà bien structuré, des partenaires précieux sont prêts à appuyer tous nos élans. Je rappelle ici que nous attendons incessamment les plans d’actions des 3 commissions (présidées par le CCR, le DUO-SOLO et l’ARCOTS)

- Les acteurs ont intérêt à se rapprocher des idées novatrices du nouveau directeur du CCR/AKF, mon ami et collègue Moustaph Ndiaye dit HOCH, cet animateur culturel expérimenté et d’un commerce facile, qui n’a plus à prouver son professionnalisme.
- Les acteurs du théâtre st-louisien s’inscriront en règle en payant leurs droits d’adhésion au Syndicat d’Initiative et du Tourisme.

- Ils s’approprieront également l’Agenda Culturel précis et validé par tous.
- Ils figureront dans les Fichiers des Acteurs, des Opérateurs culturels et des Associations pour que cette nouvelle dynamique soit régulée de façon conventionnelle.
- Mais pour peu que l’offre de formation se précise, qu’ils acceptent de se former car les données sont fluctuantes, le théâtre étant un art dynamique, une recréation de la vie qui toujours évolue.

Mesdames et messieurs, si un auditoire nous y autorisait, notre amour pour St-Louis et notre passion pour les arts scéniques, plus singulièrement pour ceux dits vivants, nous pousseraient à en débattre pendant des heures. Mais vous comprenez aisément que le souci de dialogue nous astreint à nous en tenir là pour déplacer l’axe de parole vers vous autres qui gentiment nous écoutez de votre bonne bienséance, alors que vous avez pour la plupart autant, sinon plus que nous à dire sur le sujet. Nous essayerons de répondre à vos interrogations avec la rigueur requise, et accueillerons vos compléments, suggestions et propositions dans un débat résolument constructif.
Nous vous remercions de votre attention.

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1.Posté par amar le 30/03/2013 00:25 | Alerter
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Bien joué Pape Samba, dans tous les sens !

2.Posté par zoumba le 02/04/2013 11:12 | Alerter
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