DECOUVERTE: Au fond des eaux du lac rose

Entre Niaga, Déne sud et nord, Mbéye et Wéyé Mbam, jonche un cours d’eau qui laisse ses petites vagues caresser doucement le tapis salé de sa berge. Ce lac, dit rose en raison de sa couleur qui fait penser aux fleurs d’automne, est le lieu où des centaines de pères de familles gagnent leur vie dans l’exploitation du sel. Découverte…

• Par Abdoulaye NDIAYE

Mercredi 22 Octobre 2014 - 19:24

A une trentaine de kilomètres au nord-est de la capitale sénégalaise, se trouve une source qui étale son lit sur l’aile droite de la commune de Niaga. Lac Rose, ou lac Retba, étend ses eaux peu profondes sur une superficie de 15 km2. Ce site constitue le gagne pain de centaines d’exploitants artisanaux du sel venus de tous les horizons. Dit lac rose en raison de sa teinte (rose ou mauve), due à une forte concentration de minéraux, cette lagune est, nous apprend-on, dix fois plus salée que l’Océan. Dans ce lac, la teneur de sel représente 80 à 300 grammes par litre alors que dans l'océan, celle-ci est seulement de 32 grammes par litre. Mais, cette forte dose de sel n’entrave en rien le travail de ceux qui en font leur entreprise de survie au quotidien.

Depuis les années soixante dix, l’exploitation du sel du lac continue de nourrir de milliers de familles sénégalaise et même, quelquefois, étrangères parce que cette activité est librement exercée par d’autres personnes venues d’un peu partout dans la sous-région.

Le dur labeur des exploitants

Extraire le sel des eaux n’est point une tâche aisée si l’on se fie aux pratiquants qui soulèvent nombre d’anicroches auxquelles ils sont toujours confrontés. En cette période d’hivernage, les exploitants sont même obligés d’avoir recours à des fers qui leur servent de béquilles, tellement le niveau de l’eau monte ! Ils ont besoin de ces rallonges pour ne pas se noyer. « Actuellement, ceux-là que vous voyez dans l’eau ont des rallonges de cinquante centimètres. L’année dernière, vu que le niveau de l’eau avait monté, nous avions utilisé des rallonges de presque un mètre cinquante (1,5m) », nous explique Assane.
Pour déplanter le sel qui s’agrège sous l’eau, les travailleurs artisanaux auront besoin d’une pirogue, deux piquets, un panier et une pelle. Une fois sur les lieux, les exploitants s’enduisent le corps avec du beurre de karité pour éviter que l’eau salée abîme leur peau et leur donne des plaies. C’est, selon eux, très dangereux de s’introduire dans l’eau sans le beurre de karité.
Du fond de l’eau, le sel est tiré avec la pelle pour être mis dans un panier qui assure le tamisage. C’est seulement après cette phase qu’ils procèdent au chargement de la pirogue. Une fois sur la berge, ils forment des tas pour sécher le sel tout à fait noir au début parce que renfermant encore de l’eau. A les en croire, il aura juste fallu l’exposer pendant cinq jours au soleil pour qu’il retrouve sa couleur normale, c'est-à-dire le blanc. Et, pour se conformer aux règles de commercialisation du sel définies par l’Etat, les exploitants artisanaux y appliquent de l’iode. Pour cela, la Commission de gestion de l’exploitation du sel, créée depuis 1990, veille à l’application stricte des règles. Pour faire face à cette exigence de qualité qu’est l’iodation, ils bénéficient de l’appui de l’Unicef et du PAM. Ces organismes internationaux les dotent d’unités leur permettant d’ioder le sel.

Le lac perd ses épines

Lorsqu’on s’approche du lac, la sensation la plus poignante est celle de voir que le lac a perdu sa couleur rose qui faisait son charme. Cette situation s’explique, selon Fatou Ndiaye, une dame âgée d’une quarantaine d’années, par le fait que l’année dernière, un canal d’évacuation des eaux usées déversait ses déchets directement sur le lac. A cela s’ajoutent, selon elle, les fortes pluies notées l’année dernière qui ont fini par augmenter le niveau de l’eau et délayer, par la même occasion, sa couleur. Ce qui diminue de facto la production du sel. A l’en croire, plus le lac est rose, plus il y a du sel en quantité et en qualité. Un avis que son collègue Assane, trouvé entre les tas de sel qui trônent sur la berge du lac, conforte bien. La cinquantaine bien sonnée, Assane travaille dans cette lagune comme exploitant depuis près de quatorze ans. « Je peux vous dire ça fait presque près de quinze ans que travaille comme exploitant artisanal dans ce lac qui m’a presque tout donné dans ma vie. J’avoue cependant que ce n’est pas un travail facile et aussi ça ne marche pas tout temps. Vous pouvez constater que le lac a perdu sa couleur rose. Actuellement, il est toujours envahi par les eaux venues d’un canal d’évacuation qui, à l’hivernage de l’année dernière, s’y étaient déversées. C’est cette eau qui a augmenté le niveau de l’eau et diminué sa salinité. Le lac a besoin d’un niveau normal de l’eau qui lui procure sa couleur rose qui donne du sel en abondance », renchérit-il, en écho aux propos de Fatou.

L’économie et le tourisme en danger à lac rose

Pour tirer un meilleur profit de leur travail d’exploitation du sel du Lac rose, les travailleurs ont mis en place depuis 1990 une commission de gestion chargée de veiller non seulement aux normes établies par l’Etat du Sénégal pour l’exploitation de cette denrée précieuse mais aussi la suivie et l’amélioration des conditions de travail des exploitants. Selon Magatte Ndiour, président de la Commission de gestion du lac, auparavant, les gens travaillaient jour et nuit sans pour autant pouvoir tirer un réel profit de leurs efforts. C’est la raison pour laquelle, nous dit-il, ils ont mis en place la commission composée de dix-huit membres choisis entre les cinq villages qui partagent le lac. A l’en croire, tous les trois mois, la commission se retrouve pour donner à chacun de ces cinq villages que sont Niaga, Déne sud, Déne Nord, Mbéwé et Wéyé Mbam sa part issue des prélèvements faites sur les commandes.
Par ailleurs, le lac est aussi connu pour son attractivité. Chaque année, il accueille des centaines de touristes qui viennent d’un peu partout dans le monde pour la découvrir. Mais, en cette période, les antiquaires, qui y attendent vainement les touristes qui se font désirer, sont inquiets. Accroché quelques mètres plus loin, sur les bords du lac avec ses objets d’art et ses jolis tableaux, Moussa Wade, âgé de 42 ans, regrette la rareté des touristes qui a des répercussions immédiates sur son travail. Selon lui, cela s’explique d’abord par le fait que la saison des touristes est fermée. Il précise que ces derniers viennent pour la plupart de janvier au mois de mai. Il se rappelle le cas de quelques touristes qui, l’année dernière, sont rentrés fâchés parce que trouvant un lac qui n’a rien d’extraordinaire. Selon lui, la situation devient de plus en plus alarmante et que l’Etat gagnerait à prendre les devants pour sauver ce lac menacé de disparition depuis quelques temps.

La Tribune du lundi 29 Septembre 2014

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