DR ALY TANDIAN, sociologue, enseignant-chercheur à l'UGB: «Les politiques ne cessent de berner tristement les migrants».

Le 18 décembre marque la célébration de la Journée internationale des migrants, proclamée par l'Organisation des Nations unies depuis le 4 décembre 2000 ? pour commémorer l’anniversaire de l'adoption de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. C’est le prétexte de cette interview que le Dr Aly Tandian, Sociologue, Enseignant-Chercheur à l’Université Gaston Berger, bien voulu nous accorder. Pour le directeur du Groupe d’études et de recherches sur les migrations & Faits de sociétés (GERM), la vulnérabilité des populations migrantes croît avec l’inorganisation des circuits migratoires, met en garde les autorités politiques qui ont tendance à adopter une posture politicienne de la diaspora dont le profil des membres a constamment changé avec accroissement du nombre de diplômés et des titulaires de qualification professionnelles.
Membre du Conseil Consultatif de l’Observatoire ACP sur les Migrations (Bruxelles).

Mercredi 18 Décembre 2013 - 22:31

Ce 18 décembre on fête la journée internationale du migrant, quelle lecture faites-vous des migrations internationales aujourd’hui ?

Il est devenu opportun de dépasser les stéréotypes pour une meilleure connaissance des migrations et des migrants. Ces migrations peuvent être volontaires (dues à des facteurs d’attirance dans les pays de destination) ou involontaires/forcés (dues à des facteurs d’incitation dans les pays d’origine). De manière générale, ces mouvements peuvent être légaux ou illégaux et englober toutes les catégories sociales, dont les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur de leurs propres pays, les nomades à la recherche de pâturages, les jeunes hommes et femmes quittant leurs foyers ruraux pour des opportunités d’emploi en ville, les demandeurs d’emplois, mais de plus en plus les personnes qualifiées, les femmes et les enfants mineurs.

Les flux migratoires se développent, cependant, dans un contexte africain encore marqué par une insuffisance des capacités institutionnelles de certains pays africains à répondre efficacement, individuellement et collectivement, aux problèmes ainsi générés. Sur les 150 millions de migrants dans le monde, plus de 50 millions seraient africains. Compte tenu du fait que le nombre des migrants ne cesse d’augmenter et que cette tendance risque de persister dans un avenir prévisible, la gestion de la migration est nécessairement devenue pour les Etats un des grands défis du nouveau millénaire.

Faut-il le signaler, au cours de ces dernières années, le problème de la migration n’a cessé de s’aggraver au point de constituer une des questions prioritaires sur le plan continental et international et de retenir l’attention des gouvernements, quel que soit leur engagement ou leur intérêt pour la gestion des processus migratoires. Une approche globale et équilibrée de la migration s’impose compte tenu des réalités et des tendances en matière de migration, et des liens entre la migration et d’autres questions économiques, sociales, politiques et humanitaires clés. Un autre aspect contemporain de la migration en Afrique est le nombre croissant des femmes qui ont commencé à migrer à la recherche de meilleures opportunités d’emploi ou de meilleures conditions économiques.

Quelles sont les raisons qui expliquent encore de nos jours les déplacements massifs des personnes ?


Les causes profondes de la migration sont multiples et complexes. Les différentes forces qui expliquent la migration sont les facteurs d’attirance et les facteurs d’incitation. En Afrique, les mauvaises conditions socioéconomiques, tels que les bas salaires, les taux élevés de chômage, le sous-emploi dans les zones rurales, la pauvreté et le manque de moyens et de possibilités exacerbent l’émigration. Ces facteurs sont généralement dus à l’inadéquation entre l’accroissement rapide de la population et les ressources disponibles, au faible niveau des technologies requises pour exploiter les ressources naturelles disponibles et à la faible capacité à créer des emplois dans les pays d’origine.

En outre, divers facteurs politiques et sociaux incitent à la migration, notamment la mauvaise gouvernance, le népotisme et la corruption, les violations des droits de l’homme, l’instabilité, les facteurs environnementaux, politiques, les conflits et les troubles civils, les opportunités de meilleures conditions de vie, réelles ou présumées, les niveaux élevés de revenus, une plus grande sécurité, une meilleure qualité d’éducation et de soins de santé dans les pays de destination influent sur la décision d’émigrer. Les coûts d’émigration moins élevés, une meilleure communication et des informations plus amples ainsi que la nécessité de rejoindre des parents et la famille et des amis sont certains des facteurs qui exacerbent les facteurs d’attirance et les facteurs d’incitation. Alors que la migration bien gérée peut avoir un impact positif substantiel sur le développement des pays d’origine et avoir des avantages significatifs pour les pays de destination, la migration mal gérée ou non gérée peut avoir de graves conséquences négatives pour le bien-être des pays et des migrants et pourrait avoir un effet déstabilisant sur la sécurité nationale et régionale.

Il faut signaler l’intérêt que présente le transnationalisme pour les pays d’origine et de destination, ainsi que les politiques et les pratiques exemplaires favorisant la mobilisation des diasporas. Les contributions des diasporas aux pays d’accueil et d’origine sont étroitement liées au fait qu’elles sont «à la fois ici et là-bas». Les liens avec les pays d’origine sont ancrés dans le sentiment d’appartenance et l’identité. Ce sentiment d’appartenance se développe aussi dans le pays de destination, par une intégration réussie et par les enfants nés de parents migrants dans le pays d’accueil.

A vous entendre, il semble important de dégager une ligne de gestion des migrations ?

Il faut signaler que la vulnérabilité des populations migrantes croît avec l’inorganisation des circuits migratoires, la généralisation des politiques nationales restrictives et la massification des flux. La fermeture des frontières fait prospérer les filières d’immigration clandestine. Moins les migrations légales sont possibles, plus les migrants s’installent dans des situations précaires. A l’image des travailleurs domestiques dans de nombreux pays d’Asie et du Golfe, des millions de migrants se trouvent aujourd’hui sans aucune possibilité d’appel, totalement dépendants d’employeurs sans scrupule. Cette situation risque de prendre des proportions importantes avec le développement de la migration circulaire qui est définit comme le mouvement fluide de personnes entre pays, y compris le mouvement temporaire ou de long terme pouvant être profitable à tous ceux qu’il implique, s’il est volontaire et lié aux besoins de travail des pays d’origine et de destination. Trois objectifs doivent être privilégiés dans le cadre de la migration circulaire : le renforcement de l’information, la négociation de partenariats, l’optimisation des transferts. Pour cela, il convient d’y associer systématiquement les pays d’origine, les pays d’accueil, la société civile (des entrepreneurs aux migrants en passant par les ONG). Les projets migratoires sont souvent voués à l’échec faute d’une information actualisée et de connaissances élémentaires des candidats à la migration sur le pays qu’ils rejoignent. La protection des migrants et la rationalisation des politiques migratoires ne sont guère susceptibles de se concrétiser si une nouvelle forme de gouvernance à acteurs et niveaux multiples n’est pas progressivement mise en place.
Nos politiques doivent comprendre que le dispositif de gouvernance multi-acteurs et multi-niveaux est un processus qui permet aux gouvernements des pays développés et à ceux des pays en voie de développement d’aborder les méthodes pratiques pour le renforcement des liens entre migration et développement.

Quelles sont les tendances migratoires actuelles pour le Sénégal?

Le Sénégal connaît un important développement des mouvements migratoires et ces mouvements se font, pour l’essentiel, à l’intérieur du continent africain. Ils se développent également en direction de l’Europe, de l’Amérique du Nord et de certains pays du Moyen-Orient et plus récemment, vers l’Amérique latine, à savoir vers l’Argentine et le Brésil.

Parler des migrations, c’est aussi faire allusion aux transferts de fonds. Quel est votre avis sur cette question eu égard à la conjoncture économique mondiale?

Les transferts de fonds, longtemps considérés comme peu productifs, sont aujourd’hui au centre des préoccupations des pays d’accueil et de départ pour en faire autant d’instruments de développement. Selon la Banque Mondiale, les transferts de fonds ont atteint 351 milliards de dollars en 2011 contre 325 en 2010. Depuis les années 1990, les politiques de développement s’appuyant sur les transferts de fonds se sont attachées à soutenir les initiatives des migrants dans leurs pays. Dans le même temps, la fuite des cerveaux considérée comme une perte pour tous les pays du Sud, commence à être vue comme une source de dynamique économique au Sud du fait des réseaux qui se construisent. Les transferts de fonds représentent l’un des effets de la migration pour le développement, effets qui se font ressentir le plus aux niveaux des individus et des foyers, certes, mais également à l’échelle communautaire ou nationale. Mais ces envois de fonds sont des transferts de fonds privés et ne devraient pas être confondus avec l’aide publique au développement. Il est largement reconnu aujourd’hui que les envois de fonds jouent un rôle financier considérable dans les pays en voie de développement puisqu’ils font partie des recettes provenant des services et contribuent à la balance des paiements des pays. Les flux monétaires officiels des pays développés vers les pays en développement avoisinent les 100 milliards de dollars par an et les chiffres réels (y compris les flux qui ne passent pas par les systèmes financiers officiels) pourraient représenter le double de ce montant. Les transferts de fonds des immigrés constituent une enveloppe plus importante que l’aide étrangère. Cependant, le coût élevé des transferts de fonds constitue une difficulté majeure.

Avec la crise économique qui frappe les pays d’accueil, quels sont les enseignements qu’on peut tirer de l’impact de ces transferts de fonds à destination du Sénégal?

Pour le cas du Sénégal, il y a environ 650 milliards de FCfa, en dehors des circuits formels de transfert d'argent. Cet argent est en majorité investi dans l'immobilier et l’entretien des familles. Il faut se demander qu’est-ce que les politiques ont mobilisé en termes d’orientations pour qu’ils soient profitables au développement? Sont-elles incapables de le faire ou ne disposent-elles pas de compétences pour encadrer les migrants à générer des orientations positives en termes de créations d’entreprises pour le grand bonheur des migrants et de leurs familles restées au Sénégal? Une remarque pour se dire que la gestion des migrations ne consiste pas en une orientation politicienne mais, surtout, politique avec la complicité des chercheurs et d’une politique saine et sans ambiguïtés.
Le Sénégal n’est pas encore à l’ordre du jour, car, la diaposra est encore et surtout l’affaire des politiques qui ne cessent de berner tristement les migrants. Le réveil sera triste pour les opportunistes, car, le profil des migrants a considérablement changé. Ce ne sont plus que des non instruits ou dépourvus de qualification professionnelle qui voyagent. A ce jour, il faut noter qu’il existe des migrants hautement qualifiés.

Sud Quotidien


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