Des femmes d’Afrique adressent des messages d'espoir

Samedi 7 Mars 2015 - 08:14

De New York à Ruyigi au Burundi, en passant par Paris, Yaoundé, Dakar et Nsukka au Nigeria, ces battantes issues du continent et de sa diaspora envoient des messages aux femmes d’Afrique et du monde à l’occasion du 8 mars, Journée internationale de la femme. Les unes travaillent à l’ONU, d’autres sont des universitaires, des artistes ou des cinéastes reconnues, ou ont monté leur propre entreprise ou leur organisation non gouvernementale.

Leila Zerrougui, 58 ans, Algérienne. Ancienne magistrate, ex-directrice adjointe de 2008 à 2012 de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), actuelle sous-secrétaire générale des Nations unies, représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés.
« Seul le travail paie. Il faut persister dans le travail, qui donne toujours des résultats. Je le dis souvent à mes étudiants et étudiantes : si vous voulez y arriver, c’est d’abord une question de volonté, et ensuite une question d’intégrité. La malhonnêteté ne paie pas. Il faut construire sur des valeurs éthiques et s’informer sans cesse sur les autres. Le monde est peuplé de gens qui nous ressemblent. Ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise... Pour ma part, j’ai eu la chance de servir les Nations unies et de travailler dans le cadre de la Monusco avec les Congolais - des gens que j’ai aimés. Nous oeuvrons, à l’ONU, à un plan d’action pour mettre fin au recrutement d’enfants soldats et tourner la page en République démocratique du Congo. Idem en Somalie, au Soudan, au Soudan du Sud, en Centrafrique, en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Yémen… Personne ne m’a donné toutes ces possibilités gratuitement ! »

Marguerite Barankitse, 58 ans, fondatrice de la Maison Shalom, une ONG burundaise de protection de l’enfance créée en 1993, au début de la guerre civile au Burundi (1993-2005). Elle emploie 300 permanents et gère un hôpital à Ruyigi, dans l’est du pays.
« En tant que chrétienne, je pense que la femme a une sublime vocation. Dans l’histoire humaine, les femmes sont intervenues pour sauver leurs patries et faire régner la paix. Souvenez-vous des mères de la place de Mai, en Argentine, qui ont voulu sauver leurs enfants disparus sous la dictature militaire de la fin des années 1970, et que tout le monde a écoutées ! J’ai vécu la guerre dans mon pays pendant douze ans. Les femmes ont essayé de protéger les enfants, qu’ils soient Hutus ou Tutsis. J’ai connu des femmes hutues qui prenaient leurs enfants par la main et mettaient dans leur dos l’enfant de leur voisine tutsie, pour aller se réfugier jusqu’en Tanzanie. A Bujumbura, des femmes ont décidé de briser le cycle de violence et de faire régner la compassion. On veut récupérer la femme pour qu’elle soit un instrument de publicité… Non ! La femme protège la vie, c’est elle qui la rend plus belle ! Que la femme rayonne toujours ! »

Diagne Chanel, artiste plasticienne franco-sénégalaise installée à Paris. Elle a fait de nombreuses expositions à travers le monde et travaille à un projet de musée à Sédhiou, en Casamance (Sénégal).
« La femme doit cesser de considérer l’autre femme comme une ennemie, comme c’est parfois le cas dans certains lieux ou au sein de certaines familles. La femme doit cesser de reproduire des violences extrêmes contre elle-même, avec des mères, des tantes ou des grands-mères qui laissent par exemple faire des mariages forcés, l’excision, la mise à l’écart de la fille-mère ou de la femme violée… Toutes les femmes devraient être résolument du côté des femmes et des enfants pour que leur cause avance vraiment, de manière inexorable et définitive. Mon message, en forme de souhait : que cessent ces allées et venues perpétuelles entre sauvegarde des droits humains et les archaïsmes persistants ! »

Angèle Diabang, 35 ans, cinéaste sénégalaise, fondatrice de sa société de production Karoninka, basée à Dakar. Auteure de plusieurs documentaires dont Congo, un médecin pour sauver les femmes, sur le travail du docteur Denis Mukwege dans l’est de la RDC. Elle nous répond depuis le Fespaco, le Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou.
« Dans les sujets que je traite et qui concernent souvent la femme, je recherche l’humanité, la force qui fait qu’on arrive à résister à sa douleur quand on se fait tatouer les gencives comme au Sénégal, que j’évoquais dans le film Mon beau sourire en 2005. La force de caractère qu’il faut pour vivre comme on l’entend son propre islam au Sénégal, dansSénégalaises et islam en 2007… Je ne suis pas dans la revendication. Je ne me considère pas comme une militante, même si mon travail relève d’une démarche féministe. Je ne cherche pas à faire du tapage mais plutôt à poser des questions et faire réfléchir. J’aimerais, qu’après avoir vu un de mes films, un mari se demande :« Est-ce que je respecte ma femme ? Est-ce que c’est normal de lui dire, alors qu’elle est déjà occupée à balayer avec un enfant au dos, d’aller me chercher un verre d’eau ? »

Francisca Nneka Okeke, 59 ans, professeur de physique à l’université de Nsukka, au Nigeria. Prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science 2013.
« J’ai fait mes études post-doctorales à Tokyo, au Japon, sur les variations de l’ionosphère en cas de séisme sous-marin, de manière à pouvoir alerter plus tôt sur la masse d’eau soulevée. L’ionosphère est une zone de l’atmosphère située entre 60 et 600 kilomètres d’altitude, sensible aux modifications énergétiques sur la Terre. J’ai des enfants et j'ai rencontré dans ma vie bien des défis d’ordre domestique, que j’ai surmontés avec de la persévérance, de la détermination et du dévouement. Malgré mes voyages, je n’ai jamais été tentée de poursuivre mes recherches à l’étranger, parce que j’ai ma vision et ma mission pour mon peuple. J’ai décidé de rester dans mon pays, le Nigeria, pour encourager et former de jeunes scientifiques, en particulier les jeunes filles. Mon message est simple : N’écoutez pas ceux qui vous disent qu’être scientifique, ce n’est pas possible quand on est une femme ! »

Adama Paris, 36 ans, créatrice de mode sénégalaise basée à Dakar, fondatrice de la Black Fashion Week annuelle de Dakar, Bahia, Montréal, Prague et Paris et de la chaîne Africa Fashion TV.
« La pensée positive, c’est la clé du succès ! J’évite de m’entourer de gens négatifs. " No is not an answer ", je le dis et je le pense. Il y a toujours un moyen de contourner les problèmes. On vous dira, par exemple, que c’est difficile de vivre au Sénégal, parce que la famille vient constamment vous demander de l’argent. Je vis à Dakar depuis 2008 et je m’y sens très bien. Je donne à qui je veux, personne ne vient quémander chez moi… Je suis vraiment contente d’avoir lancé ma griffe, la Black Fashion Week et la première chaîne de télévision 100% mode africaine. Je suis Adama Paris et non « fille de » ou « femme de ». Ce que je fais en Afrique est tellement plus important que tout ce que je pourrais faire ailleurs ! L'Afrique est ma plus grande source d'inspiration... »

Angèle Etoundi Essamba, photographe camerounaise basée à Amsterdam, co-fondatrice de la revue d’art féminin Intense Art Magazine (IAM), consacrée à l’Afrique et sa diaspora.
« Au-delà du 8 mars, l’année 2015 est dédiée à la femme. Célébrons toutes les femmes du monde, comme celles qui font grandir, vibrer et briller l’Afrique. Et donnons-leur les outils pour qu’elles puissent toujours mieux construire ! »

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