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Eclairage de l’histoire de la construction de la Mosquée Mame Rawane de Léona. Par El H.Madior DIAW

A partir des témoignages recueillis de : Thierno Mountaga TALL- Dakar, Mame khalifa NIASS-Kaolack, Amadou Lamine Touré (Saint-Louis), El Hadj Ousmane Ngom (Mpal), Amadou NDAO (Saint-Louis-Bango), El Hadj Ngagne Diop (MPal), El Hadj Mansour Yade (MPal), Gorgui Yatma Lô notable (Saint-Louis), Tamsir Guèye Conseiller régional (Saint-Louis), Baye Moussa Bâ dit Franki, Conseiller régional (Saint-Louis), Amadou Sy (de Thierno Ousmane – Saint –Louis), Mamadou Mbaye dit Amadou (Mpal), etc.

Lundi 14 Novembre 2016 - 10:00

I. Un site insolite, mais plein de spiritualité

1°) La configuration du site

Qui, qui aurait osé, à l’époque, en 1927, s’aventurer à penser, jusqu’à s’obstiner à entreprendre, (et à tout prix), l’édification d’une grande mosquée au cœur d’un tel plan d’eau, nécessitant des travaux gigantesques de viabilisation, alors que Sor regorgeait de sites ne requérant aucun effort particulier en terme de travaux préparatoires, notamment à Bayalba, Diamgueune, Ndiolofène, etc ? L’idée ne pouvait relever que de l’imaginaire car l’option pour un site aussi insolite qu’hostile était incompréhensible : un lac encombrant au milieu de rizières, le tout entouré de terres marécageuses s’étendant jusqu’au fleuve.

2°) Le Choix de l’emplacement

Mame Rawhane et El Hadji Malick Sy, à l’occasion de certains de leurs voyages ensemble par le train, admiraient le plan d’eau de Léona au milieu des rizières dont celles de Salô Lô et de Mayacine Guèye. Et quelques fois, ils échangeaient discrètement sur l’intérêt de l’édification d’une mosquée (Diouma) sur l’étang, et ne cessaient de prier le Seigneur de les aider à y construire une maison de Dieu. Etaient-ils inspirés par Celui-ci pour y bâtir une œuvre d’Allah ou craignaient-ils que les colons ne l’investissent pour en faire une station de plaisance ? Oui. A ce niveau il y avait un doux micro- climat favorisé par différents plans hydrauliques formés par la connexion d’une série de cours d’eau issus du fleuve Sénégal dans sa partie embouchure entre le pont Faidherbe et l’océan Atlantique. Il s’est vite avéré que leurs craintes étaient bien fondées car un peu plus tard, (vers 1950), non loin de là, un autre site, certes moins convoité, a hébergé le Racing Club réservé exclusivement aux Toubabs de Saint-Louis du temps colonial et même des années après. Quoi qu’il en fût, depuis la formulation de leurs vœux, Mame Rawhane n’a cessé de rêver à la réalisation de ce qui fut cher aussi bien à lui qu’ à son ami : édifier une grande mosquée au cœur du lac.

II. Péripéties sur la demande d’attribution du terrain

1°) Les démarches pour l’obtention du terrain

Ainsi, sept ans après la disparition de Maodo, il continue à se préoccuper du prestigieux projet. Il finit par adresser à la Commune une demande d’attribution de l’espace du cours d’eau – 170.00m x 60.00m – sans, par stratégie, en préciser la destination. Mais cette demande, déposée depuis la fin de l’année 1929 et plusieurs fois réitérée, reste sans réponse. En effet, quelques conseillers municipaux, des notables, des dignitaires religieux et des conseillers dans l’entourage du Gouverneur du Sénégal s’opposent au projet et s’emploient à le torpiller.

D’autres détracteurs, par lettres anonymes, ou verbalement suivant leur proximité avec les autorités, s’activent à influencer négativement le Conseil Municipal et le pouvoir colonial. Parallèlement, dans le cercle administratif, certains agents n’ont pas manqué de jouer leurs partitions tendant à faire échouer le projet. Et tous s’accordent sur une cause : une personne ne saurait prétendre viabiliser ce site, l’œuvre ne pouvant relever que de la puissance de l’Etat. En effet, l’environnement était d’une rude hostilité. La réalisation du tronçon Gouye-Sédelé – Pont-Faidherbe était impensable, compte tenu de l’état marécageux du site. Il arrivait même, quelques fois, que la gare soit inondée par les crues. L’accés à Saint-Louis, notamment au Pont-Faidherbe, se faisait à partir de Gouye -Sédelé, par le Jardin d’Essai et le carrefour de la police de Sor (qui n’existait pas à l’époque).

Pour avoir une idée sur la profondeur du cours d’eau, écoutons Gorguy Amadou Ndaw de Bango. Nous l’avons rencontré au mois de juillet 2006 ; il avait 82 ans et travaillait encore dans son verger malgré cet âge : « Mon plaisir est immense d’avoir participé au remblaiement de Léona. J’avais 14 ans. J’avais commencé à y prendre part dès 1938. Je m’y rendais au moins une fois par semaine pendant des années. Une calebasse de sable sur la tête, j’avançais dans l’étang. Je m’arrêtais sur les bords du cours d’eau, l’eau m’arrivant aux genoux. Ce n’est que plus tard, presque trois ans après, que je m’efforçais à aller plus loin. Et quand je n’osais plus, c’est-à- dire quand l’eau m’arrivait au-dessus du sternum, je déversais le contenu du récipient et recommençais. Les volontaires venaient de partout. Oh ! L’ambiance était agréable ! Et l’enthousiasme se sentait dans toutes les équipes pendant toute la journée. Certains se relayaient  périodiquement ; d’autres, par contre, étaient presque sédentaires».

2°) Les différentes formes de découragement

C’est donc après une énième relance de la lettre de Mame Rawhane que l’Administration constitue une commission technique ayant pour objectif de convaincre le Saint, et ceux qui le soutiennent, que la zone est déclarée non aedificandi et qu’un autre site pourrait lui être proposé. Le jour de la rencontre sur le cours d’eau, un matin du mois de Novembre 1933, Mame Rawhane envoie une délégation composée de Muqaddams tels que El Hadj Ndiawar Dièye, El Hadj Salif Mbengue (Naïme à la Grande Mosquée de Lodo), de dignitaires de Saint-Louis dont Malick Gaye Mbenda, Salô Lô, Iba Gnagna Sow, Ndiawar Ngom, Gorgui Moussa Diop de Ndiawdoune et quelques fonctionnaires qui lui sont favorables comme Mar Diop. Vers 11h00, la réunion démarre. Les experts exposent des arguments techniques massues insistant sur l’étendue du plan d’eau, la profondeur qui dépasse 2.00 m par endroit et l’importance de l’épaisseur de la vase dans le fond du cours d’eau. Au moment où la délégation de Mame Rawhane commençait à être emportée par la véracité des propos des techniciens très en verve et qu’elle s’apprêtait même à bien apprécier la proposition d’un autre site à préciser, le saint arrive, accompagné de El Hadj Daour Diagne dans la voiture de Amadou Touré.

Le Président de la Commission lui reprend l’exposé dans les moindres détails insistant sur les difficultés et inconvénients du site. Alors, Mame Rawhane se fit apporter un piquet de plus de 2.00 m de longueur. Il enlève son ‘‘Samba symbé’’ de la tête et se l’attache autour de la ceinture. Par principe, il se déchausse et fait quelques pas dans le débordement du cours d’eau. L’eau au-dessus des chevilles, il tient droit le piquet, fait face à l’assistance et s’exclame : « Mann Rawhane, duma wax luma woorul ; duma digué luma manul ; té duma dugue thi luma xamul. »

Autrement dit : « Moi, Rawhane ! Je ne dis pas ce dont je ne suis pas sûr ! Je ne promets pas ce que je ne compte pas faire ! Et je ne m’engage pas dans l’aventure » Puis, remuant énergiquement le piquet, il ajoute : « Fixez la hauteur du remblaiement à cette aune ou même bien au-dessus, Dieu nous assisterait à le réaliser ! Je n’en dis pas plus ! Allah fera ce qu’il y a de mieux pour nous ! ».

III. Viabilisation du site

1°) Les travaux de remblaiement

Moins d’un an après, la demande reçoit un avis favorable sous le permis n° 1013 HL du 07 Août 1934. Mame Rawhane met rapidement en place une organisation dans laquelle une structure spécifique est chargée de superviser des cellules exécutives identifiées par leur milieu d’origine. Par exemple au niveau de St Louis: équipe du quartier de Diamma-Gueun et au niveau des agglomérations satellites : équipe du village de Toubé. Même les villages les plus éloignés se retrouvent et se reconnaissent dans l’organisation.

Dans la planification, des pauses annuelles de quatre mois sont prévues, certes pour tenir compte de l’inaccessibilité de la zone pendant l’hivernage mais surtout des travaux champêtres devant générer, entre autres ressources, des revenus pour assurer les besoins de fonctionnement du projet.  Et les travaux démarrent au début de 1935. Pour cet ambitieux chantier, les moyens sont exagérément dérisoires : des reliques d’ustensiles de cuisines (marmites, calebasses, mortiers, des récupérations de bidons (khandy) etc.), des chameaux, des bœufs, des chevaux et des ânes. Les moyens de transports les plus évolués sont constitués de chariots attelés.

Et ce mercredi 27 Novembre 2013, Imam Amadou Sy de Mbao se souvient encore : « Je suis né à Saint-Louis le 07 Septembre 1919. Mon père Thierno Ousmane Sy était très lié à ‘‘Sama Baye’’ Rawhane. Déjà à l’âge de 15 ans j’ai commencé à participer aux premières heures des travaux de Léona. Tous les talibés des Daaras de Saint- Louis et environs s’y rendaient les jeudis ; notamment ceux de SerigneMohssine, de Tafsir Amadou Gaye de Balakoss, de ThiernoIyane Sy, etc. Nous arrivions toujours avant les talibés de Santhiaba et de Guet-Ndar. Je peux dire que tous ceux qui prenaient part aux travaux avaient déjà mémorisé entièrement le Coran (Hafidhoul’-Qur’ân) ou l’avaient récité au moins 2 fois. Ce qui fait dire que le soubassement du site est bien le Coran. Je me souviens encore de l’ardeur de certains jeunes tels que : Baye Gaye (fils ainé de Tafsir Amadou), de Bassirou Samb, de Cheikh Mbaye, de Amadou Anta Fall, de Alioune Datt, de AssaneDatt et de bien d’autres encore. Et jusqu’à mon enrôlement dans l’armée le, 02 Septembre 1939, les travaux se poursuivaient. On se gavait bien et on rentrait le soir avec des biscuits, des pièces de cinquante-centimes et des prières ».

2°) Un allié de taille dans les travaux : l’âne de Gorgui Samba Kosso de Polo (Mpal)

Nous sommes un jour de grandes activités : un dimanche. Tous les lieutenants du chantier sont là très tôt avec leurs troupes. Le transport de sable à partir du gisement de Ndiolofène a déjà commencé et a rapidement atteint son intensité maximale. Pendant toute la journée, l’âne de Samba Kosso a attiré toutes les attentions et a même fait quelques fois l’objet de convoitise, voire de jalousie. Sa rapidité, ses ornements riches en couleurs sur la tête et autour du cou, doublés de pendentifs et de clochettes, ne le laissent pas inaperçus.

C’est la fin de l’après-midi. Comme d’habitude, Mame Rawhane a gratifié les fidèles de ses prières après un lot de remerciements puisés du fond du cœur. Il prend congé d’eux. Les bras croisés au dos, il fait le tour du chantier à pas de promenade, en s’attelant à ses ‘’awrâds’’ du moment – ses dévotions de fin d’après-midi. Une demi-heure environ plus tard, c’est l’âne de Samba Kosso qui arrive, infatigable. Son maître a tenu à être le dernier à déverser une charge. Dès qu’il est soulagé du fardeau, l’animal tombe de tout son poids et se met à gigoter énergiquement puis, plus aucun mouvement, les yeux gros ouverts.

Toutes les personnes qui étaient encore là, s’attroupent autour de lui. Des cris de détresse et des pleurs de ses nombreux admirateurs font revenir Mame Rawhane qui, contrairement à ses habitudes, a un peu pressé le pas. On lui laisse le passage et il arrive au niveau de l’âne, champion de la journée. Avec le majeur droit, il écrit quelques mots sur le sol, en ramasse le sable de support avec quoi il saupoudre le corps de l’âne. Le ‘‘champion’’ soulève la tête, dresse les oreilles, agite la queue et se soulève, non sans beaucoup de peine. Il écarte les pattes, prend soin de bien s’ébrouer et s’étire longuement. Il scrute le public et l’environnement, fait quelques pas et affiche sa disponibilité pour un autre rendez-vous. Un grand soulagement pour ceux qui étaient là. Des ‘‘Alhamdu-lil- Lahi’’ (Dieu merci) emplissent les lieux. Mame Goor reprend sa promenade sur le chantier sans mot dire.

3°) Et les obstacles se multiplient.

C’est au bout de neuf années d’activités – dont les trois dernières assez harassantes – que les travaux sont considérés amplement terminés. Ils le sont en tout cas aux yeux de ces braves volontaires, maintenant tous épuisés. En effet au-delà de la surface autorisée (170m X 60m) constituant le cœur du cours d’eau, pour des raisons de sécurité et d’accessibilité, les remblais ont intégré les contours annexes. Ainsi plus de 4 hectares ont été assainis. Mais voilà que se trament d’autres résistances plus compliquées à la suite de la lettre du 13 Avril 1944 de Baye Rawhane renouvelée le 05 Juillet 1944 demandant l’autorisation d’édifier une mosquée. Les lobbies, infatigables, se remobilisent et cette fois-ci avec d’autre arguments. Du camp des civils et des religieux, selon la charia, Saint-Louis ne peut abriter une deuxième grande mosquée. Des réunions contradictoires des ‘’Oulamas’’ se tiennent et sont souvent très houleuses. El Hadj SalifMbengue – 1 er Naïm à la moquée du Nord – y représente le chef religieux, assisté de El Hadj Ndiawar Dièye. Les opinions hostiles à une grande mosquée finissent par jeter l’éponge. Mais du côté de l’Administration, les techniciens sont invités ‘’aux jeux’’. Ils interviennent rapidement pour trouver insuffisante la hauteurdes remblais qu’il faut impérativement – selon eux – porter au niveau de celui de la voie ferrée. Maintenant que l’argument religieux est rejeté voilà que se corse celui technique sous une autre forme, thèse de hauteur : lettre du 13 Juillet 1944 de l’Administration du Bas-Sénégal.

Amadou Lamine Touré raconte : « ‘‘Sama’’ Baye Rawhane regroupe tous ses alliés dans un grand rassemblement sur le site pour éprouver leur détermination. Aujourd’hui le ton a été rarement aussi ferme : ‘’Voilà plus de 9 ans que vous vous êtes – hommes et femmes, jeunes et adultes – investis sans relâche pour réaliser, par la grâce d’Allah, cette belle et gigantesque œuvre où nous nous trouvons ce matin avec beaucoup de fierté. Seul Dieu Le Miséricordieux détient votre récompense. Qu’Allah soit Loué, nous avons réussi à rejeter la thèse de non- conformité du projet au droit musulman. Et maintenant, l’Administration nous oppose l’insuffisance des remblais. Il ne nous reste qu’à vous remercier le plus sincèrement possible et à vous inviter, avec beaucoup d’amertume, à abandonner le projet’’ ».

Un vacarme de protestations et de manifestations de frustrations envahit le site pendant un bon moment. Baye Rawhane garde le silence mais non sans scruter les réactions. Alors Amadou Touré surgit : « Dieu merci que les réserves des techniciens ne portent que sur une question de hauteur et non sur la nature des matériaux. Même s’il nous était imposé de rehausser le niveau avec de l’or, nous serions tous disposés à le réaliser ». Un brouhaha indescriptible d’approbation éclate, entraînant tout le public à se lever en gage d’attestation des propos de Amadou Touré.

IV. Thierno Mountaga Tall sur le reste

En janvier 1980, nous avions eu l’honneur de rendre visite au Khalif de la famille Omarienne, sur instruction du Ministre de l’Equipement, pour la réhabilitation du tronçon de rue menant à sa résidence. C’est à cette occasion que Thierno nous a raconté son étonnement sur le degré de reniement de la vie présente de Mame Rawhane. C’est un matin de 1938 qu’il était parti à Saint-Louis faire sa ‘’ziyara’’ à MameRawhane.

Celui-ci était sur son célèbre chantier de remblaiement du cours d’eau de Lèona. Il l’avait trouvé sous un abri de fortune-‘’mbar‘’ d’environ 6m². (C’est nous qui apprécions les dimensions suivant les gestes qu’il a faits). L’abri était clôturé sur un seul côté. Dans une admirable position, face à l’Est, Mame Rawhane était assis sur une natte en paille tressée, gorgée d’eau, du fait de l’extrême humidité du sol (résultant des fortes remontées capillaires, caractéristiques de la zone). Il tenait entre ses mains un tome du Saint Coran, pour en prendre son habituelle deuxième dose matinale.

Les salutations ont été voulues mutuellement très brèves, limitées seulement à :«Assalamou-alaykoum » !et à : «Wa-alaykumas’- salam, war’-rahmatul’- Lahi, wabarakatu-hu » ! Et il poursuit tranquillement sa lecture. Dans l’attente que Mame Rawhane termine sa séance, pour l’installation de l’illustre hôte, l’on n’avait trouvé pour mobilier que des reliques de mortier servant ici, comme d’autres ustensiles, au transport du sable. Thierno avait pris place, derrière Mame Rawhane, sur ce qui restait de l’ombre de l’abri et se mettait à observer pieusement le saint.

Dans sa belle posture spirituelle, Mame Rawhane était tout à fait immobile. Il ne faisait mouvement que des doigts pour les besoins de tourner une page ou pour le suivi de sa lecture (ligne après ligne) par le majeur droit appuyé par l’index. Il était insensible, voire inattentif à ces vers qui bougeaient et se rassasiaient de la chair d’entre ses orteils. Ce spectacle, ajouté aux précaires conditions de vie que Mame Rawhane s’est imposées, a profondément impressionné le petit fils d’El Hadj Omar. Alors, très ému, et même comme en transe, Thierno ne pouvait résister à interpeller son Seigneur : «Mon DIEU ! Accepte, le Jour de la Rétribution, que cet abri témoigne que je suis bien venu faire mes ‘’ziharas‘’ à Baye Rawhane et que je l’ai trouvé à cet endroit-ci et dans cette triste et dégradante situation »

V. Construction de la Mosquée 

1°) Les premières difficultés dans l’édification de la mosquée

Et les travaux de remblais reprennent avec plus de dévouement et d’ardeur qu’avant et se terminent à la fin de l’année 1944. Et sur la cérémonie de la pose de la première pierre, Mame Khalfa NIASS rappelle : « Mon père comptait parmi les invités d’honneur à la pose de la première pierre de la mosquée de Sor de Saint-Louis après les grands travaux de remblaiement du site. Je l’y avais accompagné, âgé d’un peu moins de 30 ans. C’est lui que Mame Rawhane avait désigne pour marquer les limites de la mosquée. Et derrière mon père, je traçais du pied les contours du projet de l’édifice. »

Mais il n’y a pas lieu de se réjouir outre mesure : la construction de la mosquée, qui est l’objectif réel, ne peut être démarrée. Voici un autre écueil dressé par l’Administration :

« En raison de la présente situation économique résultant de la guerre, les délivrances de bons d’achat de matériaux sont suspendues ».

Pour Mame Rawhane, ce motif n’est pas suffisant pour croiser les bras et attendre la fin incertaine de la Guerre. Très déterminé, il implore le secours de son Seigneur et réussit à contourner le circuit d’approvisionnement de l’Administration. Ainsi, peu après, voici que démarrent les travaux de la mosquée avec la fin de l’année 1944, c’est-à- dire en pleine Guerre. Et tout le monde s’interroge sur les capacités de ce promoteur particulier. Mais l’approvisionnement peine à se normaliser. Et en ce début de 1945, la France est occupée d’une manière humiliante par les Allemands. Mame Rawhane est alors sollicité pour des prières sur cette situation tragique. La suite est connue.

2°) Quelques conséquences de la prière des deux rakas

Une série de manifestations de prières exaucées a suivi les deux Rakas du Jeudi 1 er Mars 1945 à la place de la mosquée Toucouleurs parmi lesquelles on peut noter :

 L’ardeur et la ténacité des alliés deviennent subitement insupportables : en voir le développement au paragraphe 6 du chapitre 2

 7 Mars 1945 : Une grande surprise s’abat sur l’ennemi :

 07 Mai  : Les Allemands signent à Reims la capitulation sans condition ;

 19 Août : Le Japon capitule sans condition.

3°) La volte-face de l’Administration coloniale.

L’Administration revient sur sa lettre du 13 juillet 1944 et accorde des facilités exceptionnelles sur les formalités d’obtention de bons d’achat de matériaux et autres. Et le gros œuvre est terminé dans le dernier bimestre de 1946, après deux ans d’intenses activités. Pour les besoins de l’ossature de la toiture en tuiles, l’autorisation a été donnée pour une coupe dans la forêt de Tamba et pour débiter les éléments à la scierie de cette ville. Gorgui Ablaye Yade, muni de cette autorisation, se rend à Tamba. Il y est accueilli par Amar Fall Seck. Celui-ci le rassure de ses relations avec un des

responsable des Eaux et Forêts qui se trouve d’ailleurs être Amadou Diagne, fils de Oumar Diagne de Léona (à côté de Mpal ; à ne pas confondre avec le quartier Léona de Saint-Louis). Les coupeurs qui demandaient 150f par arbre abattu finissent par y renoncer pour le faire gracieusement. Le Responsable de la scierie offre son matériel (engins de transports des troncs d’arbres à l’usine et machines de coupe) pourvu seulement que le carburant soit fourni. L’opération de coupe terminée, Ablaye Yade exprime à Mame Rawhane son grand souhait qu’il vienne à Tamba rencontrer tous ceux là qui ont participé à ces différentes actions pour les remercier vivement. Et Assane Diop Pathé met son véhicule à la disposition de Mame Goor qui fait le déplacement. Alors un wagon de bois de toutes sections (madriers, planches, bastings, chevrons, lattes, etc.) arrive à Saint-Louis. Les besoins de la mosquée satisfaits en toiture et portes, les responsables des différents corps de métier du chantier envisagent de vendre cet excédent pour financer d’autres opérations (peintures, clôture, extension des remblais etc.) MameRawhane rejette l’idée et leur demande de s’en servir dans le cadre de leurs besoins réels et de s’abstenir d’en vendre le plus petit morceau. Une belle opportunité pour beaucoup d’entre eux d’accéder à un toit en baraque : un luxe à l’époque.

4°) Le lotissement de Léona

Quand les derniers travaux de confortement des remblais sont terminés sur l’ensemble des 4 hectares. Mame Rawhane réunit ses principaux collaborateurs pour les remercier à nouveau mais surtout pour leur faire cette formelle recommandation.

« Cette œuvre colossale est le résultat de durs et longs sacrifices de tout un monde. En dehors du périmètre de la mosquée, tout le reste est à mettre à la disposition de tous ceux qui peuvent en avoir besoin. Faites-en bon usage et de la plus belle manière. Mais, surtout, veillez à ce qu’aucun membre de ma famille n’y soit attributaire d’une seule parcelle ».

Malgré ces instructions on ne peut plus claires, à l’occasion des séances administratives d’attribution des parcelles, El Hadj Daour ne pouvait comprendre, que toute la famille de Mame Rawhane en soit privée, sachant toutes les peines et souffrances qu’elle a endurées pendant tout le temps des travaux. Alors, à l’insu de son maître, Daour a tenu à inscrire trois sur la quinzaine d’enfants de Mame Rawhane. Et pourtant, lui, Daour n’a pas voulu en être attributaire.
 El Hadj Madior DIAW



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1.Posté par Medoune Mbengue le 15/11/2016 10:12 | Alerter
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Veuille ALLAH Le Sublime récompenser les auteurs de cette précieuse restauration d'un pan important de notre histoire. En ma qualité de descendant d'un des acteurs de cette noble entreprise (El hadj Salif Mbengue) je voudrais apporter 2 précisions que je tiens de sources autorisées:
1) Si tout le bois destiné à la toiture provenait bien de Tamba, les portes et fenêtres de l'édifice ont été fournies par Oumar Mbengue, fils d'El hadj Salif.
2) C'est à Amadou Mbengue Salif que Mame Rawane avait confié la distribution des parcelles autour de la Mosquée, avec cette recommandation: "Qu'aucun Ngom ne soit attributaire de parcelle". Quand il a appris qu'Amadou Mbengue avait distribué toutes les parcelles, sans en prendre pour lui-même, Mame Rawane a retiré une parcelle affectée un de ses fils (qui en avait reçu 2) pour l'attribuer à Amadou Mbengue Salif. C'est cette parcelle qui abrite l'actuelle Mosquée El hadj Salif Mbnegue de Léona.

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