"Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement" . Par Professeur Fatou SARR SOW

Ndarinfo.com vous propose la communication de Mme Fatou SARR SOW, sur le thème : "Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement", présentée lors d'un colloque sur la francophonie à l'Université Gaston Berger.

Mardi 9 Décembre 2014 - 06:12

I - Introduction

Monsieur le Recteur, je voudrais vous remercier pour m’avoir invitée à cette rencontre. C’est toujours avec plaisir que je me rends dans votre université, parce que les autorités de cette institution ont démontré leur engament sur les questions de genre. Le professeur Marie Teuw NIANE a posé des actes majeurs en tant que recteur de l’UGB et a poursuivi sa démarche avec bonheur au ministère de l’Enseignement supérieur. Je considère que c’est aujourd’hui l’un des hommes les plus au fait des questions de genre et qui en a compris l’enjeu. Le Président Macky SALL devrait lui donner le mandat de former ses autres pairs du Gouvernement, et vous, me donner l’occasion de magnifier son travail.

Je suis donc très heureuse que votre université prenne cette initiative, car il est important que ce genre d’évènement soit décentralisé, et je dois rappeler que l’Université Gaston Berger porte le nom du père de la prospective au Sénégal. Aujourd’hui, c’est de l’avenir que nous devons parler, et nous savons que nous n’avons de maîtrise ni sur notre passé ni sur notre présent, mais que nous pouvons déterminer notre futur, qui réside dans la jeunesse. Ces pèlerins du futur, pour reprendre l’expression consacrée de Alioune SALL, l’un des plus grands spécialistes de la prospective en Afrique.

Je suis surtout heureuse d’être dans un espace universitaire parce que la réflexion et la production de savoirs et d’idées pour accompagner les politiques publiques fait partie de la mission de l’Université, et c’est en cela que je me réjouis de ce que le Laboratoire Genre et Recherche scientifique de l’IFAN ait pu apporter sa modeste contribution à la formulation du titre de ce XVeme sommet de la francophonie.

En effet, lorsqu’El Hadj Hamidou KASSE s’est vu confier la responsabilité de conduire le processus, il a sollicité notre appui pour réfléchir sur la thématique femme et jeune. Et c’est en partageant les résultats de nos travaux que les deux concepts de vecteurs et d’acteurs ont été retenus .

Je suis donc heureuse de pouvoir échanger avec vous, sur ce qui a été le fondement de notre approche, car pour nous, la démarche doit être rigoureusement scientifique, et c’est à cela que s’attèle notre laboratoire.

Le terme vecteur utilisé d’une part, dans la perspective des mathématiciens, renvoie à la combinaison des notions de couple de points de la géométrie euclidienne, qui permettent de définir les distances, mais aussi la direction. Et d’autre part, en épousant le point de vue de la science physique, les vecteurs permettent de modéliser des grandeurs, comme une force, un déplacement, une vitesse, une accélération, un champ magnétique ou un champ électrique. C’est dans ce sens que les femmes et les jeunes constituent la force motrice qui permettra à l’espace francophone, notamment africain, de se projeter vers le futur désiré pour sortir de la pauvreté actuelle et du sous-développement. Ainsi pour nous, le concept de vecteur permet d’intégrer tout le potentiel de changement dont les femmes et les jeunes sont porteurs. Mais en tant que force motrice, ils constituent un atout et en même temps une menace, car aujourd’hui, partout en Afrique, les jeunes manifestent leur impatience et demain, il y a des chances pour que les femmes deviennent la principale force de contestation.

Quant au concept d’acteur, il a pour but de faire des femmes et des jeunes des sujets de leur histoire et non des objets sur lesquels il faut discourir ; c’est-à-dire des protagonistes. Dans cette perspective, en tant qu’acteurs de développement et vecteurs de paix, les femmes reprendront la centralité qu’elles ont perdue avec les colonisations, pour jouer à nouveau le rôle qui leur revient dans le projet du futur de l’Afrique. Mais pour y parvenir, il faut tout d’abord changer les rapports de genre.


II – La transformation des rapports de genre : du triangle patriarcal au cercle vertueux de la solidarité familiale et de la solidarité entre hommes et femmes

L’examen de deux catégories, jeunes et femmes, se justifie par leur position sociale, qui en fait à la lueur de l’analyse genre, des acteurs soumis à un modèle patriarcal représenté par un triangle, avec l’homme qui en tant que père et autorité entretient des rapports distants avec ses épouses et ses enfants. Ce type de rapport vertical constitue une contrainte à une utilisation harmonieuse du potentiel des uns et des autres pour une transformation positive. Par contre, le rapport des femmes et des jeunes, c’est à dire de la mère et de l’enfant est un rapport horizontal fait d’une part, d’affection et d’amour de la mère pour son enfant pour lui avoir donné la vie et symbolisé par le cordon ombilical ; et fait d’autre part, de respect de l’enfant vis-à-vis de sa mère par principe de « redevabilité ».

Il s’agit donc de transformer ce modèle triangulaire basé sur des rapports de domination, en modèle circulaire fondé sur la solidarité.


En abaissant le point du sommet du triangle à la base, le père va se trouver au milieu de la ligne qu’il suffit de modifier pour en faire un cercle vertueux de solidarité dans la famille, entre le père, l’enfant et la mère, afin d’évoluer vers une solidarité entre hommes et femmes.

Cette conceptualisation des relations pose la question de la nécessaire refondation de notre société et de la construction des rapports non plus basés sur la domination, mais sur l’amour et le respect, pour bâtir une société de paix, garante de la prospérité.
III - Paix et développement dans l’espace francophone et question de la femme

L’espace francophone avec ses 77 Etats et gouvernements membres et ses 220 millions de locuteurs et près de 900 millions d’habitants, va constituer une formidable opportunité de production et d’échanges de connaissances et de biens. Cet espace francophone en Afrique, offre par la langue de travail une plus grande possibilité à des Etats liés par l’histoire, d’utiliser cet instrument au service du progrès de leurs peuples respectifs. Dans un contexte caractérisé par la mondialisation, la globalisation des marchés et l’existence de grands pôles économiques, l’espace francophone représente une force politique et économique. Mais en ce qui concerne l’Afrique francophone, cette opportunité est plombée par de nombreux conflits.

Aujourd’hui, l’ampleur des conflits en Afrique est plus importante que dans toute autre région du monde. Ces 40 dernières années, une vingtaine de pays, soit 40% des Etats d’Afrique subsaharienne, ont connu au moins une période de guerre civile. En 2000, plus de la moitié des pays de l’Afrique et 20% de la population étaient touchés par un conflit et l’on enregistrait chaque année plus d’un million (1.000.000) de décès liés à la guerre.

En 2002, la plupart des conflits violents – soit sept sur treize – avaient pour théâtre le continent africain . Plus de 25% des réfugiés du monde se trouvent en Afrique subsaharienne.

En février 2010, sur les 17 opérations onusiennes dans le monde, près de 54 % des missions opéraient en territoire francophone et aujourd’hui, 80% des casques bleus se trouvent sur le continent africain.

En Afrique, l’absence de paix entrave le développent et l’absence de développement génère les conflits. Les femmes et les jeunes sont les plus concernés, les plus touchés et en même temps ceux qui détiennent la solution.
La question de la paix

Selon le rapport du Secrétaire Général sur les Femmes, la Paix et la Sécurité, « les femmes et les enfants sont ciblés, de manière disproportionnée, dans les conflits armés de l’époque moderne et représentent la majorité des victimes avec une augmentation des viols et des violences. Les femmes et les enfants constituent également la majeure partie des réfugiés et des personnes déplacées dans leur propre pays. »

En RDC, ces quinze dernières années, on estime qu’un demi-million de femmes ont été violées en République Démocratique du Congo (RDC). Les bandes armées, miliciens ou soldats réguliers, qui ravagent cette région de l’est du Congo et qui rivalisent de cruauté. Des bourreaux qui laissent, dans la chair et le ventre des femmes suppliciées, la signature de leur torture. À coup de machettes, de pieux ou d’armes à feu, le viol employé comme arme de guerre.

Ici, l’horreur se répète de génération en génération. Après les mères, les filles à naître ont à leur tour été violées, à l’âge de 3 ou 5 ans. Une barbarie sans nom. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les hommes en uniformes qui commettent des viols. L’esprit de guerre a contaminé aussi les civils.

Il est évident qu’il y a un lien entre l’absence de paix et le retard économique des pays francophones

Le développement

En ce qui concerne le développement humain, sept des dix pays les moins bien classés (sur 187) par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) de 2014 sont des États africains francophones, et ces derniers occupent aussi les trois dernières places du classement. Il s’agit : du Burundi, du Niger et de la RDC.

Les pays francophones pèsent 19% du Produit Intérieur Brut (PIB) moyen de l’Afrique subsaharienne, quand les anglophones en représentent 47 % (hors Afrique du Sud).

Les pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), à dominante francophone, croissent à la cadence de 3,4 % en moyenne par an depuis dix ans. Tandis que ceux de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), à dominante anglophone, affichent un taux de 5,4 %.

Selon le classement du rapport « Doing Business » de la Banque mondiale, qui mesure la qualité de l’environnement des affaires, les Africains anglophones sont plus favorisés que leurs frères francophones. En effet, il leur est plus facile de créer des entreprises, de dédouaner leurs importations et d’obtenir le paiement de leurs créances. Les communications téléphoniques coûtent au Bénin quatre cents fois plus cher qu’au Ghana. Pourtant, l’Afrique en général et l’Afrique francophone en particulier, disposent de ressources énormes : des terres, un potentiel hydraulique, des ressources minières, etc. Les perspectives de croissance y sont de 4,7 % en 2014 et de 5,0 % en 2015 (soit le double de celui des pays développés), mais malgré tous ses atouts, l’Afrique reste à la traine.

Le développement et l’éradication de la pauvreté passent par une création de richesse, qui elle-même passe par l’amélioration de la productivité de la majorité de la population active constituée de plus de 430 000 000 de femmes (52% de la population Africaine).

Des travaux sérieux montrent que l’égalité peut financer le développement. En effet, l’intégration du genre constitue donc une valeur ajoutée dans la réalisation des objectifs de croissance économique et de développement humain durable, puisque :

• Une année de scolarité supplémentaire accordée aux filles peut susciter une augmentation des salaires individuels jusqu’à 20%, tout en réduisant les taux de natalité de 10%, ce qui aurait un impact économique de taille ;

• L’augmentation du nombre de femmes justifiant d’une éducation secondaire de 1% va propulser la croissance économique annuelle de 0,37%, ce qui démontre que l’investissement sur les filles est rentable ;

• Une étude au Kenya a démontré que si l’on donnait aux exploitantes agricoles le même appui qu’aux hommes, le rendement de leurs terres pourrait augmenter de plus de 20% ;

• En Amérique latine, la fin de l’inégalité entre les sexes sur le marché du travail pourrait augmenter de 50% les salaires et traitements féminins, tout en augmentant la production nationale de 5%.

• La corruption coûte extrêmement cher à notre continent. En effet, 30 milliards de dollars d’aide internationale ont été détournés et 40% de l’épargne locale ont été placés à l’extérieur de l’Afrique, alors que pour l’Asie cette fuite des capitaux n’est que de 3% et de 17% s’agissant de l’Amérique latine. Si l’Afrique réduisait la fuite des capitaux dans la même proportion que l’Asie, son stock de capital augmenterait de 50%. En Inde, le rapport Genre de la BM a montré qu’il y avait une réduction de 33% de la corruption dans la gouvernance locale, quand les femmes étaient aux commandes.


IV- Enjeux et objectifs du XVème sommet pour les femmes

Le Sommet de la francophonie de Dakar se tient 20 ans après la 4ème conférence régionale préparatoire de la conférence de Beijing, tenue à Dakar en novembre 1994 et dans un contexte d’après OMD. S’il est vrai que des progrès réels ont été obtenus dans le domaine des droits, de la scolarisation, de la santé maternelle et de la participation politique, il n’en demeure pas moins que le statut de la femme au plan politique, économique et social n’a pas fondamentalement changé.

4.1- Le statut de la femme

Sans la transformation du statut de la femme au plan politique, économique et social il n’est pas possible d’envisager une transformation qualitative de la situation de la femme.

Sur le plan politique
Depuis la conférence de Beijing en 1995, seuls 12 pays africains ont atteint ou dépassé la barre des 30% recommandés, quant à la Gouvernance locale ils sont seulement 7 pays a ….
En ce qui concerne les magistratures suprêmes, seules trois femmes ont pu y accéder et parmi elles, une seule a été confirmée à son poste chef d’Etat et enfin pour les cabinets ministériels et appareils judicaires, ils ne sont que 5 pays a …
La question qui se pose alors est de savoir comment passer d’une poignée de femmes qui ont percé le plafond de verre à une masse critique dans des positions de pouvoir ? Cela d’autant plus qu’il apparait que la représentation des femmes dans les instances de décision demeure encore faible, même dans les pays où elles sont à la tête des Etats. Pour exemple, elles sont 11% à siéger au parlement libérien et 16.7% au Malawi. Même en Gambie qui connait l’expérience d’une Vice-présidente depuis 1997, seuls 9,4% des sièges sont attribués à des femmes. Quant à la Centrafrique, la Présidente avait annoncé l’avènement d’un gouvernement paritaire, mais le projet n’a jamais pu aboutir. Pour répondre à cette question, trois pistes sont à explorer : la stratégie, le financement de l’égalité et enfin, les imaginaires.

Sur le plan social
Certains droits des femmes continuent à être ignorés et nous sommes bien loin de résoudre les problèmes de polygamie, de mariage précoce, de violences faites aux femmes et d’excision.

Sur le plan économique
Les deux décennies de croissance soutenue de 5 à 7% par an en Afrique, n’ont pas été en mesure de traduire les gains économiques en plus values significatives en matière d’égalité des sexes. Les femmes ont tiré peu de dividendes de cette croissance exponentielle. Elles ne possèdent que 25% des terres, même si la production agricole et la sécurité alimentaire occupent près de 70 à 80 % des forces productives féminines. Elles ont le tiers de la part du revenu du travail.

Il est venu le moment d’identifier les leviers sur lesquels il faut agir pour une meilleure implication des femmes dans le devenir de l’Afrique. La question est de savoir comment réaliser des avancées concrètes en nous appuyant sur le socle des nos acquis, afin de transformer le futur ? Pour cela, un changement de paradigme est fondamental.

4.2- Un changement de paradigme pour adopter une approche plus stratégique

La participation politique des femmes a été posée uniquement en termes de revendication des droits, ce qui explique la lenteur des progrès. La question de la femme doit être appréhendée en lien avec les politiques de développement en cours. En effet, l’Afrique est arrivée à un tournant de son histoire. Ce continent va être la principale source de croissance du monde, il s’agit dès lors d’adopter une démarche plus stratégique qui exige d’inscrire la question des femmes dans celle des enjeux du continent et de la stratégie de transformation structurelle adoptée par les Etats.

Inscrire la question de la femme dans les questions globales du continent
Les questions d’égalité doivent être examinées à l’aune des enjeux du continent au plan économique, démographique, mais aussi du changement climatique et de la gouvernance.

Sur le plan économique.
L’Afrique possède le niveau de développement humain le plus faible du monde. Pendant les années 90, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté en Afrique subsaharienne est passé de 242 à 300 millions. Vingt (20) pays d'Afrique subsaharienne qui rassemblent plus de la moitié des habitants de cette région sont aujourd'hui plus pauvres qu'en 1990, et 23 d’entre eux sont plus pauvres qu'en 1975 . Si cette tendance continue, l'Afrique subsaharienne sera la seule région du monde à avoir un taux de pauvreté plus important en 2015 qu'en 2000 et ce seront les femmes qui en seront les plus grandes victimes. Les défis à relever sont énormes et aucun de nos pays ne peut y faire face seul. Ces défis ont pour noms : éducation, santé, agriculture, infrastructure, etc. Les ressources humaines qualifiées sont la base de tout décollage économique. Or, l’Afrique est caractérisée par le faible taux de scolarisation et le plus fort taux d’analphabétisme. Pour nourrir une population qui sera de 1,8 milliard en 2050, l’Afrique devra accroître sa production et sa productivité agricole. Il est temps pour nous d’utiliser toutes nos ressources, notamment les femmes, comme opportunité. En effet, seul continent gratifié par la nature des quatre saisons, l’Afrique est capable au plan agricole de se suffire à elle-même en toute saison. Avec ses immenses ressources hydrauliques, elle est capable de se passer de l’énergie fossile et de léguer aux générations futures un monde propre.

L’Afrique est riche de ses potentiels économiques, de ses ressources minières, forestières et agricoles. Elle est surtout riche de son unicité culturelle au sens de Cheikh Anta Diop. La seule chose qui lui manque et qui s’impose à nous désormais, ce sont des dirigeants sérieux, à la hauteur des ambitions qu’elle peut légitiment nourrir, notamment, devenir une future puissance mondiale.

Au plan démographique, l’Afrique est sur le point d’assurer sa transition démographique, mais elle ne pourra en capter les dividendes si la question de la femme n’est correctement prise en charge, car elles constituent un maillon essentiel par rapport au contrôle de la fécondité et à la création de richesses, puisque représentant plus de la moitié des ressources humaines.

En ce qui concerne le changement climatique, l’Afrique sera le continent le plus touché par les changements climatiques et les femmes seront les principales victimes de la raréfaction des ressources et de ses conséquences sur la sécurité alimentaire. Selon les prévisions de l’ONG anglaise Christian Aid, 1 milliard de personnes seront forcées de quitter leurs terres d’ici 2050, chassées par les effets du réchauffement de la terre, et viendront s’ajouter aux 155 millions de personnes déplacées aujourd’hui. D’après cette ONG, lorsque les effets des changements climatiques s’ajouteront aux désastres naturels et seront exacerbés par les causes économiques, il est possible de voir naitre une crise de l’émigration qui échapperait à tout contrôle. Selon la même source, si aucune action urgente n’est entreprise, celle-ci pourrait surpasser celle que le monde a connue durant la 2nd Guerre mondiale dans les régions ravagées par le conflit. Les femmes et leurs enfants en seront les principales victimes, c’est pourquoi, elles s’impliquer dès aujourd’hui dans la construction de la paix dans le futur

La question de la gouvernance est centrale : malgré les avancées dans la démocratisation, les conflits identitaires constituent une menace pour la stabilité des pays africains. C’est pourquoi les femmes doivent anticiper sur leur rôle de prévention des conflits ; elles qui par les alliances matrimoniale ont toujours joué un rôle de pacification entre les peuples.

S’inscrire dans la démarche de transformation structurelle adoptée par les Etats

Le nouvel agenda en place dans lequel s’inscrivent les Etats africains vise une transformation structurelle de nos économies. Les nouvelles politiques en Afrique soutenues par des institutions comme la Commission Economique Africaine (CEA), la Banque Africaine de Développement (BAD), la Banque Mondiale (BM), le Fonds Monétaire Internationale ( FMI), sont en effet fondées sur des approches stratégiques pour le long terme et si l’on n’y prend garde, les écarts entre les femmes et les hommes vont se creuser davantage, car la prise en compte du genre dans ces documents est marginale. Déjà, les premières générations de Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DRSP) ignoraient les questions de genre. Les deuxièmes générations, sous la pression des mouvements de femmes, l’ont inscrit par principe, mais même ceux qui sont allés plus loin en identifiant les actions à entreprendre pour réduire les inégalités n’ont pas été jusqu’au bout. Ils n’ont pas inscrit le financement de ces programmes dans leurs priorités. Or, le premier indicateur d’un engagement est le financement.

Aujourd’hui, à l’heure de l’émergence pour l’Afrique, la plupart des documents qui s’inscrivent dans le long terme continuent à adopter une approche sociale de la question des femmes en termes de protection sociale et d’accès au crédit. Or, l’important est de positionner la femme dans des secteurs tels que les mines, l’industrie, ou encore l’agriculture qui est le secteur-clé pour les années à venir, pouvant offrir des opportunités d’investissement sur différents segments. Le but est d’intégrer les femmes de façon avantageuse à toute la chaîne de valeur. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue la place des femmes dans le secteur privé, ce dernier étant celui qui offre le plus de possibilités d’emploi en Afrique. C’est pourquoi les politiques dans des domaines comme l’immobilier ne doivent pas être comprises uniquement en termes d’accès au logement et les femmes considérées uniquement comme de simples bénéficiaires de services, mais aussi comme un moyen de leur offrir des possibilités d’investissement dans un secteur porteur.

Les femmes doivent désormais faire partie de l’histoire de la croissance, car l’égalité des sexes n’est pas un choix, mais un droit. En changeant notre gouvernance démocratique et économique, la femme va désormais contribuer de manière significative à la création de richesses, facteur de stabilité. Mais encore faudrait-il changer les mentalités et la démarche.

4.3- La transformation des imaginaires

Dans la zone du Sahel on a laissé les intégristes occuper le terrain avec comme stratégie, le contrôle des consciences des femmes et des jeunes. Au rythme où vont les choses il y a des chances que les filles soient en grande partie récupérées par les mouvements fondamentalistes. C’est pourquoi la femme et la petite fille ne doivent plus être appréhendées en termes de protection et de droit, mais aussi en termes d’actrices de demain. Il faut donc avec les médias entamer un travail sur les consciences pour la transformation des imaginaires sur les représentations de la femme.

Une démarche plus technique et scientifique

La femme doit être au cœur des politiques publiques et des questions géostratégiques et pour cela, la recherche est essentielle, car il s’agit de montrer les évidences et le lien entre les inégalités de genre et le retard de croissance, mais aussi entre le développement du continent et sa capacité à générer des conflits. Il reste cependant un travail à faire pour démontrer par la production scientifique les relations de cause à effet et produire des indicateurs de mesure.

Replacer la femme au centre des enjeux du développement de l’Afrique, nécessite une démonstration reposant sur une production scientifique. Or jusqu’ici, c’est la dimension idéologique qui a prévalu. Mais nul ne peut transformer le monde sans connaissances. Il importe donc d’inverser la tendance concernant les questions d’égalité. Pour cela il est important de montrer les évidences et le lien entre les inégalités de genre et le retard de croissance et de développement du continent. Il importe enfin d’identifier les leviers de changement, et pour y parvenir, la recherche est essentielle.

Conclusion : une capacité prospective et d’anticipation

La promotion de la paix et de la non-violence doit être comprise comme un concept aux variantes multiples, et dans ce sens il faut le mettre en lien avec la sécurité humaine. Et pour cela nous avons de nombreuses sources d’inspirations. En effet, dans l’empire du Mali avec la Charte du Kouroukan Fouga , la sécurité humaine est garantie à tous, y compris à l’étranger et c’est cela qui a permis l’exploitation des ressources de l’empire. Tout individu pouvait se déplacer sur l’ensemble de l’empire en toute sécurité, car il était interdit d’attenter à la vie d’un étranger, celui-ci pouvant se sustenter dans n’importe quel champ. Cela a permis la mobilité de la main d’œuvre et la prospérité de l’empire qui a fait de Kankan Moussa l’homme, ou l’un des hommes les plus riches de l’histoire humaine.

Le XVème sommet de la francophonie devrait contribuer dans le cadre de Beijing +20 qui marque la fin d’un cycle, et de l’après OMD, à aider les pays francophones, notamment africains à se projeter vers l’avenir avec plus d’audace. Pour cela nous devons davantage avoir recours à la prospective et identifier les scénarios possibles et les modalités de prise en compte des intérêts des femmes dans les politiques publiques. Il est possible d’envisager qu’à l’avenir, à la place de stratégies nationales sur le genre, on évolue vers une intégration effective du genre dans les documents de politique macro-économique et de stratégie nationale, et vers la recherche scientifique, toutes deux essentielles pour supplanter l’idéologie dominante.

Comment pourrions-nous terminer notre analyse sans poser une question maitresse qui est celle de la relation de domination Nord-Sud, car l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la nature de cet espace qui n’a cessé depuis la colonisation d’être au seul service de la France. Mais désormais, les atouts sont du coté de l’Afrique. Celle-ci étant enfin, en mesure de profiter de ses immenses richesses avec la possibilité de diversifier ses partenariats avec des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Reste le problème du leadership ; celui de dirigeants capables d’être au seul service de leur peuple. Aujourd’hui, les chefs d’Etats doivent comprendre que lorsque le vent de l’histoire souffle, il balaie tout ce qui ne va pas dans sa direction. Aujourd’hui, le peuple africain est debout et l’Afrique qui se relève est à l’aube d’un destin empli d’espoir, dont l’histoire sera principalement écrite par les femmes et les jeunes.

Professeur Fatou SARR SOW
(Directrice du Laboratoire Genre et Recherche scientifique
de l’IFAN-Cheikh Anta Diop de Dakar)

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