HOMMAGE A MAME YOUNOUSS DIENG. Par Atoumane Ndiaye Doumbia, Conservateur d’Archives et Auteur

Vendredi 4 Décembre 2015 - 22:12

Quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plait
Cette boutade  n’est pas de moi mais de Birago Diop  l’un des pères spirituels des écrivains du Sénégal.
Ce soir , loin de l’imaginaire et de l’irréel, Je vais vous entretenir  en toute vérité  de la vie fascinante  de ma sœur et amie Madame Mbacké : Mame Younouss Dieng
Il n’ya de beau que le vrai  dit un vers respecté et j’en déduis   que rien n’est beau sans vérité.
Cette   grande dame imbue de fortes valeurs citoyennes est le modèle de femme positive, courageuse et   respectable .Elle incarne   des qualités exceptionnelles  héritage de sa mère Adja  Sagar Mbaye  première femme élue en 1978 Première Adjointe au Maire de Tivaouane. Pétrie de pudeur et de dignité   elle  fut  à ses côtés  le rempart  de sa survie morale, malgré ses doutes et ses interrogations d’adolescente. L’attention portée par cette dernière sur elle sera  couronnée par son admission  au certificat d’étude  primaire en 1955  alors  qu’elle était élève en classe de CM1.
Mame Younouss  tire son inspiration de son Cayor profond mais surtout de Tivaouane sa ville natale, ancien terroir des Tiédos, devenu le sanctuaire de la Tidjania grâce au travail fécondant  du vénéré Cheikh  Seydi Elhadj Malick Sy depuis son installation en 1902.
 Dans ses romans : Aawo  bi ou l’ombre en feu  ses héroïnes restent des femmes fortes, mais chevillées à leur culture qu’elles  transmettent à la postérité.
  Mame Younouss  répercute ainsi  sans haine, mais en échos retentissants, toutes les voix étranglées  de ses sœurs opprimées souvent maintenues dans des moules d'évolution dépassées ; ses sœurs aux têtes bourdonnantes de maternités prolongées.
 Un plaidoyer poignant qui laisse apparaitre la faiblesse  physiologique de la femme à côté d’un courage inébranlable devant l’épreuve.
Des épreuves qu’elle connaît  en tant que mère.
Une femme devient mère dans l'éclatement de sa chair. C'est là tout le réalisme de notre expression : "Doom neexul dafa meeti" (un enfant tient la douleur).
 "dafa meeti", la vigilance aiguë et le potentiel de dévouement qui vont faire d'un amas de chair articulée sans défense et sans pensée, un homme ou une femme aimé , respecté et porteur d’espoirs.
« Dafa meeti »  la Patience  requise pour enfouir dans ce terrain malléable, propice à toutes les semences, les seules graines valables de la morale universelle.
Son engagement et son dévouement dans  les combats pour l’émancipation de la femme  sénégalaise  se sont toujours révélés dans plusieurs mouvements associatifs qu’elle eut à diriger.
Ce n’est pas gratuit ni hasardeux qu’elle ait choisie  la carrière  enseignante depuis 1960 : c’elle « de former des cœurs et des esprits», ni également d’être membre fondateur du Syndicat National de l’enseignement Laïc du Sénégal  SYNELS en 1961.  En fouillant les arcanes de l’histoire, l’Archiviste que je suis trouve qu’elle tient cet héritage de son grand père Mody Mbaye.
Qui est Mody Mbaye
Né le 13 aout 1871 à Saint- louis, il avait été en 1893, le premier Sénégalais à qui ait été délivré le Brevet élémentaire , ce modeste instituteur allait faire trembler quelques années plus tard non seulement Henri COR   Le  Gouverneur du Sénégal mais également le gouverneur général William Ponty  et même le Ministre des colonies.  Mody Mbaye fut le premier contestataire sénégalais, le premier cadre  à refuser l’arbitraire et les incohérences de l’administration coloniale à une époque où l’on pouvait payer toute velléité de rébellion de sa liberté, voire de sa vie. Il fut un détonateur et plus que tout autre, il a aidé à créer dans les pays de protectorat  un climat de trouble annonciateur de l’éveil politique.
Blaise Diagne qui entreprend en 1914 la conquête du  siège du Sénégal  au parlement français trouve en Mody Mbaye un appui efficace qui l’introduit au prés de Galandou  Diouf  et du Mouvement des jeunes Sénégalais  fondé en 1912 : par de Thiécouta Diop, Lamine Gueye, papa Mar Diop, Ibrahima Boye et consort. Au soir du deuxième tour le 10 mai 1914, Blaise Diagne était élu premier Député noir né au Sénégal.
Musulmane pratiquante, Sa ferveur en l’islam  lui vient de son  père Cheikh Balla Nar Dieng  un grand adepte du vénéré  Cheikh Saad Bou Aby. Il  était également son ambassadeur attitré  auprès de  la famille de Seydi Elhadj Malick Sy .Cette confiance  lui valut la fonction de Trésorier général dans le premier  Dahira formé  dans la sainte ville sous l’égide de Serigne Babacar Sy.
 Dés 1961 alors qu’aucune langue n’est encore codifiée, elle prit l’initiative et le courage  de traduire en wolof  l’hymne national du Sénégal,  une action citoyenne pour un éveil collectif de la conscience  des Sénégalais face à leur destin, alors  qu’ailleurs en Afrique on rythmait l’indépendance avec la Rumba.
 le développement  des langues nationales sera l’occasion de publier en 1985 « Jenner », un recueil de poèmes  puis « Aawo bi » en 1992  le premier roman sénégalais en wolof.
En 2004, elle est Co-traductrice en wolof du roman  de Mariama Bâ « Une si longue lettre ».
 Son penchant pour la littérature en langue nationale  n’est qu’une volonté de partager avec ses concitoyens analphabètes ses connaissances acquises   par ce support  dont parlait  George Duhamel faisant du livre «  un  commerce entre l’auteur, le lecteur et les autres lecteurs ».
 Mame Younouss  est très profondément  attachée à Keur Sala Derguene ,ce terroir  du cayor d’où est originaire son père qui forme avec  Gatti  Ngaraff, xawlu  et Souger  la contrée de  Keur Moussé Mboré où est issu Moussé Boury Ndéguène Codou   djewrigne Mboul . Celui  qui par son sens de l’honneur  et de fidélité à l’endroit du Damel Samba Laobé fall ,  parti à  la bataille de Guilé sur son cheval « SIRATTE » et en revint mortellement blessé .
Sa carrière d’enseignante a été élogieuse, trente-cinq années d’activité dans la fonction publique  où elle  eut les meilleures joies de sa vie «  former des cœurs et des esprits »
Tout le sens de sa mission éducative reposait essentiellement sur les valeurs de cette lettre de Jules Ferry  du 17 novembre 1886 adressée aux Instituteurs « Vous êtes l’auxiliaire et à certains égards le suppléant du père de famille. Devant ces tourments de notre société ou chaque jour apporte son cortège de questionnement  sur le sens de notre destin, vous restez notre espoir  que les règles universelles de la morale seront les seules graines que vous sèmeriez sur les consciences de ces êtres  innocents qui sont vos enfants. »
Epouse tendre, bonne mère de famille fervente talibé  attachée à la voie de khadimou Rassoul,  Mame Younouss  reste solidement ancrée dans sa culture  où les seules vertus qui  élèvent l’homme sont la dignité, l’honneur le respect de la parole donnée, l’esprit du partage  et de solidarité  dans la discrétion.
Dans l’ombre en feu, son dernier roman plébiscité premier prix littéraire Sedar Birago des lycées du Sénégal en 2008,  Lilyan  kesteloot, ce grand critique nous dit « Ecrit dans un style conventionnel, mais très réaliste, très précis, très fouillé, le roman ne fait grâce ni d’une plainte ni d’une larme, on en sort tout de même assez bouleversé pour pleurer.» 
Déjà honorée en 1992 du grade de chevalier dans l’ordre national du lion
Et des palmes académiques ;
En 2003, Chevalier des Arts et des Lettres, l’hommage qui vous  ait rendu ce soir est bien méritée, la Nation vous distingue de nouveau et exalte devant vos pairs, vos parents et compagnons vos qualités de femme exceptionnelle  qui a tout donné a son pays et qui constitue admirablement un model pour les générations.
Nous sommes en fête pour dire avec votre sœur Mariama Ba « mon cœur est en fête  à chaque fois qu’une femme émerge de l’ombre »
Ma sœur continue de vivre car ta vie a un sens
                                                 Foire internationale de Dakar
                                                 Le Dimanche 15 Novembre 2015
 
 
 
 
 

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