Hommage à Guy Thilmans, décédé le 13 décembre 2001: 10 ans DÉJÀ !!!!!

Lundi 19 Décembre 2011 - 15:42

Hommage à Guy Thilmans, décédé le 13 décembre 2001: 10 ans DÉJÀ !!!!!
Guy THILMANS est né le 30 août 1922 à Louvain en Belgique, où son père exerçait la profession de médecin. À la fin de ses études secondaires, éclate la seconde Guerre Mondiale. Trop jeune pour être incorporé dans l’armée belge (il a alors 17 ans), il franchit clandestinement la frontière française et s’engager comme volontaire étranger dans l’armée française. Fait prisonnier, il est incarcéré pendant six mois à Bordeaux, avant d’être libéré en tant que citoyen belge. En 1944, après le débarquement des forces alliées, il rejoint les troupes anglaises et les accompagne dans leur progression qui conduit à la Libération.

Après la guerre, Guy Thilmans exerce différentes professions paramédicales tout en poursuivant des études universitaires. D'abord à Louvain, sa ville natale, où se trouve la plus ancienne université de Belgique puis à l'université d'État de Liège. C'est de nouveau à Louvain qu'il prépare un doctorat et soutient en1962 une thèse de doctorat d’anthropologie sur les Pygmées Bambuti du Congo. Il a parcouru l’Europe pour étudier tout le matériel craniologique et ostéologique disponible et a mis en œuvre les tests statistiques les plus performants, utilisant pour ce faire un ordinateur de première génération. Il peut ainsi démontrer que ces Pygmées, comme d’ailleurs tous ceux d’Afrique tropicale, ne constituent pas une « race » particulière, mais sont des Bantous dont une mutation a réduit la taille sans modifier les proportions corporelles. Cette thèse, révolutionnaire à l’époque, va être confortée dans les décennies suivantes par la biologie moléculaire. Elle atteste que l’anthropologie traditionnelle, anatomique et biométrique, n’est pas une science dépassée mais peut pleinement contribuer à la connaissance de l’Homme.

Souhaitant poursuivre des recherches d’anthropologie africaine, et sachant que certaines populations de Sénégambie inhument leurs griots dans le tronc creux de gros baobabs, Guy Thilmans débarque à Dakar en juillet 1965, avec un programme de recherches bien défini. Il ne quittera plus le Sénégal et fera toute sa carrière à l’Institut Fondamental d'Afrique Noire (IFAN) comme coopérant belge (1966-1987) offrant un exemple unique de longévité dans son administration, où prévalent les projets de courte durée. Atteint par la limite d’âge, il est embauché sur contrat local, renouvelé tant que ce sera possible (jusqu'en 1992) par l’Université de Dakar, qui ne veut pas se séparer d’un chercheur aussi actif. Il faut dire que Guy Thilmans ne va pas être seulement un anthropologue mais également un historien, un archéologue spécialisé en protohistoire et enfin un muséographe.
Ses premiers travaux au Sénégal portent sur la craniologie et, après avoir réactivé le département d’Anthropologie physique de l’IFAN, en sommeil depuis plus de dix ans, il rassemble une très importante collection de restes osseux humains, la troisième pour l’Afrique Noire d’après le nombre d’individus. Des publications, dont celle d’un résumé de sa thèse, paraissent régulièrement dans le Bulletin de l’IFAN.
Guy Thilmans s’intéresse aussi à l’histoire. Maîtrisant la pratique d’une demi-douzaine de langues, dont le latin et – ce qui est précieux pour l’Ouest africain – le néerlandais, il accède à des documents inédits qui vont renouveler l’histoire de la Sénégambie aux XVIe - XVIIe siècles.

C’est en 1971 que Guy Thilmans, avec la collaboration de Cyr Descamps, va réaliser ses premières fouilles protohistoriques. D’abord consacrées aux amas coquilliers du bas Saloum, elles vont rapidement s’étendre aux autres aires de la protohistoire sénégambienne : celle des tumulus puis celle des mégalithes, de 1973 à 1979. Ces fouilles donnent une vision totalement nouvelle de ces monuments funéraires et font l’objet d’une publication dans les Mémoires de l’IFAN. Les fouilles concerneront aussi la vallée du Sénégal où, sur le site de Sintiou Bara (près de Matam), Guy Thilmans dirige six campagnes annuelles qui donneront lieu, en 1982, à la publication d’un second Mémoire.

Guy Thilmans a également effectué de nombreux recensements de sites protohistoriques, et on lui doit la publication, en 1977, du « Trésor de Podor » découvert fortuitement en 1958 et resté inédit pendant près de vingt ans.

L’œuvre muséographique de Guy Thilmans, dernier volet de son inlassable activité, est probablement celle qui lui a tenu le plus à cœur. En 1967, dans le vaste Musée Dynamique qui vient d’abriter l’exposition-phare du premier Festival Mondial des Arts Nègres, il réalise une présentation de l’archéologie et de l’histoire sénégalaise intitulée Témoins du temps passé. À cette occasion, il fait transporter à Dakar un mégalithe en forme de pierre-lyre et un bas-fourneau du Sénégal Oriental, aujourd’hui exposé au musée du CRDS.
À la fin de la même année, en décembre 1967, Guy Thilmans, infatigable, monte une nouvelle exposition au Musée Dynamique, de préhistoire ouest-africaine cette fois, pour accompagner le VIe Congrès Panafricain de Préhistoire, qui tient ses assises à Dakar. Cette rencontre, où se retrouvent les plus grands noms de la recherche africaine marque un tournant de la préhistoire africaine, car Camille Arambourg et Yves Coppens y présentent la première découverte de paléontologie humaine faite en Ethiopie dans la vallée de l'Omo.
L’œuvre de sa vie, muséographiquement parlant, va être l’aménagement d’un nouveau Musée Historique dans le fort d’Estrées de Gorée. Pendant douze années (1977-1989) il restaurera patiemment le bâtiment pour le remettre dans son état d’origine, puis il aménagera chaque salle : une suite de treize casemates affectées à un thème particulier (la traite des Noirs, les confréries islamiques, les royaumes traditionnels de Sénégambie, l’histoire coloniale..) en partant de l'Age de la Pierre pour aboutir à l'époque actuelle.

C’est ensuite à Saint-Louis que le chercheur belge, à la retraite depuis 1992 mais soutenu financièrement par la Communauté Française de Belgique, va montrer son savoir-faire en renouvelant de fond en comble, avec le concours de Fatima Fall, sa conservatrice, le Musée du Centre de Recherches et de Documentation du Sénégal (ex-Centre IFAN). Cette nouvelle présentation est inaugurée en 1994. Un an plus tard, on l'appelle à Thiès où l’attend une nouvelle rénovation, celle du Musée Régional installé dans l’ancien Fort. L'opération est menée à bien en deux mois et ce Musée, attenant au Centre Culturel, devient un pôle d'attraction pour les élèves des écoles et lycées de toute la région.
Guy Thilmans habite maintenant Saint-Louis, ville pour laquelle il s'est pris d'une véritable passion. Il s'intéresse plus spécialement à l'histoire de ses bâtiments et de ses machines, précurseur au Sénégal d'une archéologie industrielle qui est devenue objet d'étude en Europe. Saint-Louis est, depuis peu, jumelée avec Lille et Liège. Dans l'espoir d'intéresser les deux capitales régionales européennes au sort de leur sœur africaine, il a créé une revue, modestement intitulée Saint-Louis Lille Liège. Six numéros vont paraître entre 1992 et mai 2001, et deux autres, consacrés à l'Hôtel du Conseil général et au Pont Faidherbe, étaient prêts pour l'impression avant son décès.

Ces publications, doublées d’une action concrète de sauvegarde et de valorisation du patrimoine sur le terrain, a valu à l’équipe du Centre de Recherches et de Documentation du Sénégal (CRDS) en 1996, d’initier un projet intitulé «Saint-Louis Machines » qui regroupait cinq sites du patrimoine de la ville et de ses environs :
* la Grue à vapeur de 20 tonnes, Grue du Soudan, au Nord de l’Ile ;
* le Pont Faidherbe ;
* la Gare de Saint-Louis ;
* les premières usines de traitement d’eau potable de Makhana en Afrique de l’Ouest ;
* l’hôtel de l’Assemblée Territoriale (ex-Conseil Général).
Tous ces travaux de réhabilitation, d’inventaire des matériaux utilisés pour la voirie, de recherches dans les archives, ont largement contribués à une prise de conscience de la valeur et de la fragilité de ces structures. En décembre 1998, lors des Assises organisées par le Conseil Municipal de Saint-Louis, la Grue du Soudan qui avait reçu un écho favorable auprès de la Coopération française a été réaménagée avec l’appui du GIE des Anciens des Travaux Publics (TP) à St-Louis en 1999. Couronnement de ses efforts, l’île de Saint-Louis a été inscrite par l’UNESCO, en décembre 2000, sur la liste du Patrimoine Mondial.

Guy Thilmans est décédé brutalement, le 13 décembre 2001 et a été enterré le 22 décembre à Saint-Louis. Mais son œuvre va être poursuivie et la plupart des actions qu’il avait initiées vont être réalisées.
L’Assemblée Territoriale est réhabilitée et inaugurée en décembre 2009. Le Pont Faidherbe, reconstruit à l’identique, est inauguré le 19 novembre 2011. Une dizaine de publications laissées en instance ont été éditées avec l’appui de ses proches collaborateurs, en particulier de Cyr et Françoise Descamps. Les financements venant soit de son frère Yves Thilmans, de partenaires comme la Délégation Wallonie-Bruxelles, l’Ambassade des Pays-Bas pour ne citer que ceux-là.

Au moment du dixième anniversaire de son décès (2001-2011) un atelier de sensibilisation des Maires et des responsables de Collectivités Locales nationales et sous régionales se déroule à St-Louis. A la cérémonie d’ouverture en présence de toutes les autorités, une minute de silence a été dédiée à sa mémoire.
Les Sénégalais en général, et les Saint-Louisiens en particulier pour qui ce savant exceptionnel s’est beaucoup investi, devraient penser à l’honorer, comme ils ont eu à le faire pour d’autres citoyens étrangers. Le Docteur Guy THILMANS a consacré près de la moitié de sa vie, sans prendre jamais le moindre repos (le terme de vacances ne faisait pas partie de son vocabulaire) à la connaissance, la promotion et la protection du patrimoine du Sénégal, son pays d'adoption. Que la terre de Saint-Louis lui soit légère !

Equipe du CRDS de Saint-Louis


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