Immersion dans le lac de Guiers: A la découverte d'un trésor aquatique.

Méconnu des Sénégalais, le Lac de Guiers est pourtant vital pour le pays. Principale source d'approvisionnement en eau potable de Dakar, il demeure un carrefour économique tant du point de vue de l'exploitation agricole, de l'élevage que d'autres activités, pour les 125 villages répertoriés qui vivent autour. Mais entre la préservation du lac au plan environnemental et les urgences auxquelles font face les populations, l'équilibre n'est pas facile à trouver. L'importance du Lac de Guiers vient ainsi poser la nécessité de protéger ce joyau naturel autour duquel gravitent plusieurs écosystèmes.

Jeudi 26 Septembre 2013 - 09:11

Immersion dans le lac de Guiers: A la découverte d'un trésor aquatique.
Historiquement, Le lac de Guiers fait partie des royaumes du Tekrour, du Walo et du Djolof. Sur la rive occidentale se trouvait la troisième et dernière capitale du royaume du Walo, une localité qui existe toujours sous le nom de Nder. Comme en témoignent notamment les cartes du Sénégal établies par le père Labat, le lac a porté autrefois le nom de Panier Foule (ou Pania Fuli), en référence au peuple peul.



Stué au nord du pays, le lac de Guiers est alimenté par le fleuve Sénégal auquel il est relié par la rivière canalisée de la Taouey, mais aussi par les eaux de pluie qui ruissellent de la vallée du Ferlo. Seul réservoir d'eau douce de la région, il approvisionne en particulier la capitale, fournissant quelque 90% de l'eau consommée dans l'agglomération dakaroise. Pompée et traitée sur place dans les usines de la Sénégalaise des eaux (SDE) à Gnith et Keur Momar Sarr, elle est acheminée par une conduite forcée souterraine de 300 km de long.

Alors qu'elles sont entourées par une zone semi-désertique qui vit traditionnellement de l'élevage, les rives du lac sont donc assez fertiles, et des champs de canne à sucre, gérés par la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), ont pu s'étendre au nord. L'agriculture paysanne produit aussi du riz et des patates douces. La pêche constitue également une activité significative, fournissant environ 2 000 tonnes de poisson par an. Comme un pendentif accroché au collier d’eau que constitue le fleuve Sénégal, le lac est un frein naturel à l’avancée du désert saharien.

Si le siège de l’Office du Lac de Guiers (OLAG) se trouve sur la Nationale 2, à la sortie de Saint-Louis, le lac se trouve à plusieurs encablures de là.

10 heures, en cette matinée de samedi sur la route de de Ross Béthio. L’horizon se dégage des deux côtés de la Nationale 2. D'une part, le Gorom Lampsar alimente des champs de riz à perte de vue, alors que de l'autre, la réserve de Ndiaël vient flirter avec le reste de lit du Gorom Lampsar coupé par la chaussée. De temps en temps, un troupeau de bovins avec son pâtre peul donne du relief au paysage uniforme. L’heure avançant, la chaleur s’accroît et la réverbération pose au loin des flaques sur le serpent d’asphalte, mirages aussitôt effacés.

Les premiers champs de Senhuile Senéthanol jalonnent le bord de la route, ce projet qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, suscitant l’ire de populations locales jalouses de leurs terres que cette entreprise veut mettre en valeur. A Colonnat, à quelque 45 km de Richard-Toll, le véhicule bifurque à droite pour foncer vers la rive occidentale du lac de Guiers. A un détour, un large canal barre la route qui l’enjambe grâce à un pont. C’est le Yetti Yone, qui alimente principalement les périmètres de Senhuile avant de rejoindre sur 27 km la réserve du Ndiaël, exutoire naturel du lac de Guiers. Cette rivière du Yetti Yone avait un débit très irrégulier, causant inondations et destructions de champs, avant que ses berges ne soient consolidées et son débit régulé, grâce à des travaux que le projet Senhuile a mis en œuvre, en collaboration avec OLAG.

Aussitôt traversé le petit village de Yetti Yone, un panneau annonce le projet Senhuile Senéthanol dont au loin se profile le camp de base, fait de quelques baraquements posés sur un paysage lunaire, dégagé à perte de vue. En réalité, cette base de Senhuile est faite de deux conteneurs de 40 pieds placés en équerre. Quelques ouvriers vaquent à leurs occupations. Deux ou trois pasteurs peuls sont assis sur un banc, reconnaissables à leurs larges turbans enroulés autour de la tête à la mode touareg, mais aussi à leur inséparable bâton de pâtre. La raison de leur présence sur les lieux, certainement ces grands seaux entassés non loin et portant la marque d’un aliment pour bétail, que Senhuile Senéthanol distribue aux éleveurs de la zone.

Sortant d’un des shelters, Ibrahima Sow est à l’accueil. Il est le Directeur du contrôle et de l’organisation de Senhuile, responsable du camp de base. Il invite les visiteurs dans le bureau climatisé où momentanément la chaleur ambiante disparaît. ''C’est un partenariat gagnant-gagnant qu’entretiennent Senhuile et l’Office du lac de Guiers. Nous utilisons l’eau du lac pour irriguer nos périmètres. En contrepartie, nous avons fait des travaux d’aménagement sur le Yetti Yone. Ce sont des travaux d’endiguement effectués pour circonscrire le lit de la rivière. Mais le plus important, aujourd’hui, c’est la construction en cours d’une vanne en amont qui pourrait être livrée au plus tard dans une semaine. En plus de réguler le cours d’eau et de permettre une bonne irrigation de nos champs, cet ouvrage contribue à la mise en eau de la réserve faunique du Ndiaël'', a expliqué le responsable de Senhuile Senéthanol. Mais il faut dire que les problèmes se cohabitation sont réels entre les populations et Senhuile, même si les germes d'une concertation sont semées.

En quittant le camp de base de Senhuile, le cap est mis sur le village de Nder, ancienne capitale du royaume du Walo, célèbre pour ses femmes qui s’étaient immolées par le feu pour ne pas subir l’esclavage des maures du Trarza adeptes des razzias. Ce sont désormais des champs de patates et de manioc qui bordent la route. Depuis le camp de base de Senhuile, nous roulons sur une route goudronnée à l’origine et qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, avec des nids de poule aussi grands que des impacts de bombe. La voiture slalome pour les éviter et les tripes dans les ventres vides s’emmêlent douloureusement sous l’effet des cahots. A 11h20, enfin Nder, village fantomatique déserté par ces habitants pris dans les travaux champêtres. Une case de santé, une école, quelques masures et rapidement l’orée de ce village célèbre, connu de nom par presque tous les Sénégalais.

L'agrobusiness en force

Dix minutes plus tard, c’est le village de Gnith, la station de pompage et l’usine de traitement des eaux du lac qu’y a installées la Sénégalaise des eaux (SDE). Autre partenaire de l’OLAG, la SDE alimente la capitale, Dakar, à partir de ses installations de Gnith, renforcées par celles plus récentes de Keur Momar Sarr, situées plus bas sur le lac. C’est un ponton de quelque 200m qui porte la grosse conduite plongée dans les eaux glauques du lac. Et depuis cette berge ouest du plan d’eau, une imposante île profile au large ses arbres et ses minarets de mosquées. C’est Diokhor.

Les responsables de l’usine de Gnith absents de la zone en ce samedi, l’étape suivante est une descente vers Keur Momar Sarr dernière étape de la randonnée. Les affres de la route cahoteuse reprennent de plus belle. De temps en temps, un chenal serpente vers le lac pour desservir les nombreux périmètres de patates du coin. Un peu plus loin, ce sont les installations de West Africa Farms, une entreprise sud-africaine spécialisée dans la production du radis pour l’exportation. Dans cette partie du Walo, l’agro business cohabite sans grands heurts avec les exploitations familiales, sous la bienveillante tutelle de l’OLAG.

C’est à un petit bourg sur la route que rendez-vous avait été pris avec Adama Sarr, président de l’Union des producteurs de patates. Malheureusement, le responsable agricole est absent, parti à Saint-Louis pour évacuer un blessé. C’est plus tard qu’il s’expliquera au téléphone. Et à en croire Adama Sarr, leurs rapports avec l’OLAG ne souffrent d’aucune difficulté. «A part le problème d’alimentation en eau que nous avons vécu avec les travaux sur la vanne de Richard-Toll», assure-t-il.

''Cette année, nous attendons une perte de production de l’ordre de 35%, due au manque d’eau. Les producteurs m’ont beaucoup critiqué, estimant que je n’ai pas bien défendu leurs intérêts. En tout cas, les baisses de rendement sont très notables cette année'', ajoute Adama Sarr. Ce dernier estime que leur union regroupe des producteurs qui occupent entre 1600 e 2000 ha. Et les rendements attendus sur leurs périmètres tournent autour de 70T/ha pour la variété 25/44 et 50T/ha pour le Fanaye. ''Nous n’avons pas de problème de commercialisation de notre production. Les commerçants viennent l’acheter bord champ. C’est seulement un problème de transport qui se pose, notamment des champs jusqu’au bord de la route. Le coût du transport à ce niveau atteint souvent celui de l’évacuation vers les centres urbains. D’où un besoin réel de pistes de production'', plaide Adama Sarr, président de l’Union des producteurs de patates.


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