Jean Félix-Paganon (Ambassadeur de la France) - » On ne peut pas m'accuser d'ingérence»

L'Ambassadeur de la France, Jean Félix-Paganon, de par ses sorties médiatiques sur la vie politico-judiciaire du Sénégal, aura été l'un des ambassadeurs qui a le plus marqué les Sénégalais. En fin de fonction dans une poignée de jours, le diplomate français n'a rien regretté de ses déclarations sur Karim Wade, qualifiées à l'époque d'ingérence par certains citoyens sénégalais. En tournée dans la région de Tambacounda, il s'est confié à çur ouvert aux journalistes sur son bilan et sur des questions d'actualité.

Vendredi 13 Mai 2016 - 15:55

Jean Félix-Paganon (Ambassadeur de la France) - » On ne peut pas m'accuser d'ingérence»
Vous allez quitter votre fonction d'Ambassadeur de France au Sénégal au mois de juin prochain. Que retenez-vous de votre séjour dans ce pays ?

Avec beaucoup de plaisir (sourire). C'est très agréable de travailler au Sénégal. Les excellentes relations entre le Sénégal et la France font que l'Ambassadeur de la France est dans un environnement très amical. Le défi du Sénégal est immense. L'un des défis principaux est la croissance démographique. Les chiffres sont assez impressionnants. Le taux de natalité est de 5%. Cela veut dire que le pays a un taux de croissance démographique de 3%, la population double tous les 20 ans, 100 mille naissances par an à Dakar, 400 mille naissances dans tout le pays, 300 mille enfants à scolariser chaque annéé Ce sont des chiffres impressionnants. Je ne connais pas une seule ville en Europe qui est capable d'absorber 100 mille naissances par an. C'est un gigantesque défi pour le Sénégal. On est tous conscient que culturellement, l'idée d'avoir des enfants ou de les réduire s'oppose à des traditions ou des pratiques coutumières.

Une partie de la classe politique vous reproche souvent une ingérence dans le débat politico-judiciaire interne au Sénégal. Avez-vous eu des remords sur certains propos tenus dans ce sens ?

Aucun ! J'ai toujours été extrêmement attentif à ne pas m?ingérer dans la vie politique sénégalaise. Je constate. Et je n'ai pas dit que çest mal. Je ne porte pas de jugement de valeur. Vous faites allusion à mes propos où j'ai dit que Karim Wade allait certainement être condamné. Je ne retire pas un mot de ce que j'ai dit. J'ai répété ce que Karim Wade disait lui-même. Je ne crois pas qu'il y avait un seul Sénégalais qui pensait à son acquittement. Si j'avais utilisé le mot coupable, on pouvait parler d'ingérence intolérable. Mais telle n'est pas le cas. On m?a posé une question factuelle. Je n'ai pas donné de jugement de valeur. Je n'ai fait aucune ingérence.

Vous pouviez garder le silence !

Pourquoi ne pas désigner un chat par son nom (voix ferme). Je mets au défi qui que ce soit d'une seule déclaration de ma part, qui puisse être interprété comme un jugement de valeur. L'ingérence, çest de dire telle chose est bien ou mal. ça, je ne le dirai pas. Je n'ai pas à apporter de jugement de valeur sur ce que fait la justice sénégalaise. Elle s'est prononcée. Je le constate. Certains pourraient interpréter ma déclaration sur Karim Wade comme un soutien, en qualifiant le procès de politique. D'autres diront que çest une condamnation de M. Wade avant même que le jugement ait été prononcé. Ce n'est ni l'un ni l'autre.

Et par rapport à la décision du Conseil constitutionnel sur l'organisation du dernier référendum ?

Quand on m?a demandé ce que je pense de la décision de cette juridiction de ne pas autoriser la réduction du mandat en cours, je me suis encore borné à dire quelque chose d'une évidence. C'était le fonctionnement normal des institutions. On interroge la plus haute autorité judiciaire qui donne un avis. Et le pouvoir exécutif se range à cet avis. Je ne dis pas qu'elle a raison ou tort. J'ai dit que cela entre dans le cadre du simple fonctionnement des institutions quand l'exécutif sollicite le judiciaire pour un avis et que l'exécutif se range sur cet avis. On ne peut pas dire que çest quelque chose qui se fait contre le fonctionnement normal des institutions.

Quelle appréciation faites-vous de la signature de l'accord de défense entre le Sénégal et les Etats-Unis ?

Aucune. La coopération franco-américaine, franco-américano-sénégalaise est d'une très grande transparence, une grande amitié. C'est un accord qui porte sur le statut des forces qui met en forme des choses qui étaient déjà mises en ?uvre. Mais on s'est aperçu au moment d'Ebola que les moyens militaires américains qui étaient sur place pour assurer l'aide international sur la zone étaient insuffisants pour faire parvenir l'effort américain. De là , il est apparu clair aux yeux des autorités sénégalaises et américaines qu'un certain nombre de dispositions juridiques quant aux conditions d'opération des forces armées américaines au Sénégal devraient être précisées. Ce qui a été fait. Nous nous félicitons de cette coopération militaire. Les rapports entre ces deux pays ne nous gênent pas du tout. Nous sommes amis du Sénégal et des Etats-Unis. Nous ne sommes pas dans une compétition mais dans une coopération.

La France n'est-elle pas en train de perdre du terrain au Sénégal ?

Il y a un mouvement mondial. Tous les pays multiplient leurs partenaires. Ce n'est pas seulement la France et le Sénégal qui le font. On part d'une situation, où en gros 80% des échanges économiques du Sénégal étaient avec la France. C'est une situation qui est à l'évidence intenable. Elle ne correspond pas à l'évolution du monde. Elle est fondamentalement mal saine pour le Sénégal et la coopération franco-sénégalaise. Notre pays ne recule pas. Il est le premier partenaire et investisseur au Sénégal. La capitalisation des entreprises sénégalaise est la première. Nous sommes le premier employeur étranger du Sénégal. Nous sommes le premier bailleur bilatéral du Sénégal. Sur la qualité des relations bilatérales, nous sommes premiers. Même si d'autres pays nous talonnent. La relation franco-sénégalaise évolue comme le reste du monde évolue. Mais nous restons le premier partenaire sur le plan économique. Et le Sénégal est le premier excédent commercial de la France en Afrique de l'Ouest.

Le Sénégal a récemment accueilli le dernier sommet des ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) sur les Accords de partenariat économique (APE). Ces accords profitent-ils aux entreprises africaines, particulièrement sénégalaises ?

(Silence). Nous sommes fondamentalement convaincus que les accords APE sont bons pour le Sénégal et l'ensemble de la région. Il y a notamment un volet développement important. La non-signature des APE pourrait se traduire par des conséquences très difficiles. En effet, deux pays (Côte d'Ivoire et Kenya) se sont mis techniquement dans une situation de prêt par anticipation. Ces deux pays ont signé et ont considérablement bénéficié de la mise en ?uvre de ces accords bilatéraux, après leurs signatures avec l'Union européenne. Et la non-signature des APE va poser des problèmes considérables à ces pays. Et l'UE va être obligée de définir un plan B. Je constate que l'évaluation du gouvernement sénégalais laisse penser que ces Accords sont favorables à l'économie sénégalaise. L'Etat sénégalais s'est fortement engagé pour obtenir la signature des APE. Mais il peut y avoir un désaccord entre le gouvernement et le patronat, çest des choses qui arrivent en France. Le problème fondamental de la signature des APE réside dans le fait que certains pays ne soient pas prêts à signer, notamment le Nigeria.

Que pensez-vous de la politique agricole du Sénégal ?

Le choix qui a été fait par le gouvernement sénégalais me semble très pertinent. Eriger l'agriculture en priorité absolue comme source d'emplois et de croissance de ce pays est sans doute un choix opportun. En tant qu'observateur extérieur et acteur de la coopération, nous sommes déterminés à encourager le Sénégal qui a sans doute un potentiel agricole immense, mais totalement sous-exploité. L'Agence française de développement (AFD) a deux grands programmes. L'un au Nord en appui à la SAED avec un financement très important de 20 millions d'euros. Cela concerne la mise en culture de plusieurs milliers d'hectares, près de Saint-Louis. Puis, un autre programme dans le tiers Sud qui est aussi un programme très important de 40 millions d'euros. Il ne s'agit pas simplement de programme visant à accroître les surfaces cultivées, d'installer des systèmes d'irrigation, mais çest aussi de traiter tout l'amont, notamment la formation professionnelle au métier du machinisme agricole, la création des pistes et l'aide à des projets d'installation de rizeries. Ensuite, il y a aussi les opérateurs privés.

Enquête

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