Jeunesse à Saint-Louis : Abdou Diouf se souvient

L’ancien président Abdou Diouf évoque ici une partie de sa jeunesse à Saint-Louis où il a rencontre pour la première fois Senghor. Il parlé aussi dé la ville sur d’autres de ses aspects.

Mardi 18 Octobre 2011 - 10:18

Jeunesse à Saint-Louis : Abdou Diouf se souvient
Toutane Basse, premier lien avec Senghor

‘Cette question me ramène loin en arrière dans mes années d'enfance et de jeunesse à Saint-Louis du Sénégal. Senghor a considéré que Saint-Louis est la ville de l'élégance et du bon goût. Mme l'ambassadeur (Maïmouna Sourang Ndir présente au colloque, Ndlr) peut le confirmer. J'espère que Ousmane Paye (son conseiller et ancien ministre des Sports) ne sera pas jaloux, lui qui est Dakarois et nous (lui et l'ambassadeur, Ndlr) Saint-Louisiens. Mais nous considérons que Saint-Louis est le seuil de la terre et la lumière du monde. Tout cela dit sans chauvinisme aucun. C'est l'histoire ! (rires dans la salle).

Saint-Louis a été la capitale de l'Aof, la capitale du Sénégal et de la Mauritanie avant de perdre son rang, mais pour de bonnes raisons politiques impérieuses au profit de Dakar. (…). Qui connaît bien Saint-Louis sait qu'il y a trois plans d'eau. Il y a le fleuve qui vient à son embouchure avec son petit et son grand bras et la mer. Donc on a un panorama exceptionnel.

Toutane Basse était la cousine germaine de mon père. Je porte le nom du père de Toutane Basse qui était l'oncle maternel de mon père et qui s'appelait Abdou Samba Toro Basse. Ceux qui me connaissent, quand ils me voient, surtout mes parents toucouleurs, ils m'appellent toujours Abdou Samba Toro du nom de l'oncle maternel de mon père dont je suis le filleul. Toutane Basse était la présidente du comité des femmes senghoristes de Saint-Louis. Avant, c'était senghoriste et non le Bds parce qu'il n'existait pas encore. C'était un militantisme extraordinaire. Ces femmes avaient une admiration, une affection pour Senghor que je ne peux même pas définir. Moi, j'étais considéré comme le secrétaire de leur comité. C'est comme cela qu'elle m'appelait. J'étais chargé de rédiger les lettres adressées au député Senghor ; j'étais chargé de lire et de traduire - parce qu'elles étaient analphabètes - les réponses de Senghor. J'étais chargé de faire la revue de presse de ‘Condition humaine’. Je leur lisais tous les articles. Je leur lisais ‘L'Aof’ qui était aussi le journal de Lamine Guèye parce qu'elles voulaient savoir ce que disait l'opposition. Bien sûr, c'était un coup à dormir à minuit, minuit passé. Elles étaient toujours en discussion politique après le repas du soir. De 21 h jusqu'à minuit passé, elles étaient en réunion. Je ne pouvais pas dormir parce que la chambre était prise. J'étais obligé d'attendre leur départ. La chambre était en plus enfumée parce que toutes ces femmes - je ne sais pas si on se souvient de cette tradition - fumaient la pipe, une pipe en terre. Ça, c'est l'aspect anecdotique.


Rencontre avec Senghor


Mon vœu le plus important, c'était de rencontrer Senghor. Cela n'a pas pu se faire tout de suite. Mais déjà je connaissais Senghor. Je l'applaudissais dans les rues de Saint-Louis. Quand son cortège passait, je courais derrière. Quand il faisait des meetings, j'étais là à écouter son français extraordinaire qu'il prononçait. C'était ça que nous aimions. Et nous disions des choses, mais c'était des paroles d'enfants : premier agrégé noir, professeur à l'Ecole nationale de la France d'outre-mer d'où sortaient les administrateurs, les gouverneurs, les gouverneurs généraux. Donc c'était lui qui formait ceux qui venaient gouverner nos territoires. Nous disions que cet homme était extraordinaire. Quand on demandait : ‘Cela veut dire quoi agrégé, surtout de grammaire ?’, nos aînés nous disaient : ‘Le dictionnaire que vous voyez, vous le déchirez entièrement et Senghor peut le réécrire entièrement’ (rires du public).

On disait que c'était un démiurge, c'est quelqu'un de fantastique. Il habitait chez Médor sur la rue de France. On allait lui rendre visite. Mais je ne l'ai réellement salué qu'à l'âge de 22 ans, je crois. C'était en 1957. C'était déjà la loi-cadre. André Peytavin était ministre des Finances. Quand Senghor est allé déjeuner chez André Peytavin à la Pointe Nord, Toutane Basse lui a dit : ‘Il faut que tu reçoives mon neveu’. Il a dit : ‘Qu'il vienne chez Peytavin.’ Après le déjeuner, je vais le voir. Il a fait mieux. Après le déjeuner, il me dit : ‘Jeune homme, vous entrez avec moi dans la voiture.’ Vous vous rendez compte ! A l'âge de 22 ans, être avec le grand Senghor dans sa voiture. De la Pointe de Nord, il m'a amené jusque chez moi au 43, angle Lebon où était ma tante et où j'habitais évidemment. Et dans la voiture, il m'a dit : ‘Qu'est-ce que vous voulez faire ?’. Je lui ai dit que je voudrai entrer à l'Ecole nationale de la France d'outre-mer. Il m'a dit : ‘C'est très bien, c'est très, très bien.’ Je ne l'ai plus revu à cette période. Et quand je suis rentré au Sénégal après mes études à l'Ecole de la France d'outre-mer, beaucoup de choses se sont passées sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir.


Mais je reviens sur Toutane Basse qui est une vraie passionaria. Il y en avait deux : Vous aviez à Saint-Louis Toutane Basse et à Dakar Ndoumbé Ndiaye. Et d'ailleurs elles s'entendaient tellement bien que la fille de Ndoumbé Ndiaye s'est mariée avec le cousin de Toutane Basse, le grand-frère de mon père. Elles se faisaient des visites. Quand Ndoumbé venait nous rendre visite à Saint-Louis, c'était la fête, ripaille et bombance comme on dit. Voilà ce que je puis dire. Je pourrais parler de Toutane Basse pendant des jours et des jours. Mon grand malheur, c'est quand j'étais à l'Ecole de la France d'outre-mer, ma tante Toutane Basse a quitté ce monde. Et personne n'a osé de me le dire. Un jour, un de mes amis, Mansour Dia, qui venait de Dakar, m'a dit : ‘Mes condoléances !’. Je lui ai dit : ‘Mes condoléances, pour quoi ?’. Il m'a dit : ‘Ta tante Toutane Basse est morte’. J'ai dit : ‘Comment on a pu me faire ça ?’ Plus tard, on m'explique que c'était pour ne pas me faire de la peine quand j'étais à l'Ecole de la France d'Outre-mer. La photo dont vous parlez (il s'adresse à Hamidou Sall, Ndlr), quand j'ai fini de prêter serment, Senghor et son épouse m'attendaient et je suis entré avec mon épouse Elisabeth, mon père et ma mère. Ils ont salué Senghor qui a dit : ‘Mon grand regret, c'est que Toutane Basse n'assiste pas à cette cérémonie.’ (…).


On demandait : ‘Cela veut dire quoi agrégé, surtout de grammaire ?’, nos aînés nous disaient : ‘Le dictionnaire que vous voyez, vous le déchirez entièrement et Senghor peut le réécrire entièrement’

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