K.O au deuxième tour ...( deuxième partie) | par Goorgoorlu Njaay|

Mercredi 21 Mars 2012 - 11:42

K.O au deuxième tour  ...( deuxième partie) | par Goorgoorlu Njaay|
Me transformer en politicien ? En artiste ? En charlatan ? Franchement, je n’ai aucun goût pour la mascarade et malheureusement il semble qu’il faille être maître de l’esbroufe pour réussir dans ce genre d’activités. Tenez par exemple, les politiciens, que les jeunes rappeurs n’hésitent pas à affubler du sobriquet de « politichiens », eh bien ils n’ont pas leur pareil pour tourner et retourner leur veste dans tous les sens, disant une chose un jour et son contraire le lendemain et humant à pleines narines de quel côté souffle le vent favorable de la politique. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on les appelle transhumants : comme le moutons ou les vaches, ils vont brouter là où l’herbe est le plus verte et comme les caméléons ils ont la capacité de changer de couleur quand ils le veulent : aujourd’hui verts, demain bleus, après-demain orange, c’est au pif comme on dit ! Pendant ce temps, bien sûr, ils auront eu le temps de s’en mettre plein les poches pour pouvoir se la couler douce le restant de leur vie.

Eh oui, il avait bien raison celui qui disait que lorsque vous écoutez un discours politique il faut, comme à la chasse, tenir compte du vent ! Pour ces gens là, je vous le jure, rien d’autre ne compte que la vie de cocagne, la panse rebondie (y a qu’à voir comme certains d’entre eux sont gros et gras comme des béliers de tabaski), les costumes derniers cri, les voitures de luxe et les voyages à Paname. La plupart d’entre eux sont d’invétérés sybarites qui ont fait leur la devise du poète français Léo Ferré : « Ni diable, ni bon dieu ! ». L’a delà et le jugement dernier ne sont pour eux que contes de fée et menue monnaie. Ils s’en moquent comme de leur dernière cravate. Ils sont convaincus qu’on ne vit qu’une fois et qu’il faut donc en profiter au maximum, ce qui ne les empêche pas d’arborer des mines de pharisiens et de citer des versets du Coran, de la Bible ou de la Thora à longueur de journée.


Je préfère m’abstenir de parler des marabouts car j’avoue que j’ai une peur bleue de leurs terribles fatwas (demandez à Salman Rushdie) ou pire, de la furie vengeresse de leurs fanatiques talibans qui leur obéissent au doigt et à l’œil et les vénèrent comme des dieux. Je ne suis pas téméraire au point de mettre ma vie en péril pour des prunes !...Et les artistes alors ? Parlons en donc de ceux là ! La plupart ne sont que des fabricants de croûtes qui se réfugient derrière la pompeuse étiquette « art moderne » et essaient de faire prendre leurs vessies pour des lanternes aux snobs qui fréquentent les cimaises des galeries qui pullulent dans la capitale. Nombre d’entre ces barbouilleurs se prennent pour Picasso en personne et se donnent des airs comme c’est pas possible !...Quant aux écrivains on trouve chez eux davantage de cabotins et de laudateurs que de vrais littérateurs. Cette bande de scribouillards prétentieux me fait d’ailleurs penser à ce qu’écrivait il y a déjà plus d’un siècle le génial Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont : « Il ya des écrivains ravalés, dangereux loustics, farceurs au quarteron, sombres mystificateurs, véritables aliénés qui mériteraient de peupler Bicêtre. Leurs têtes crétinisantes, d’où une tuile a été enlevée, créent des fantômes gigantesques qui descendent au lieu de monter ». Je trouve que cette citation du poète de Montevideo va comme un gant à beaucoup d’entre eux et je n’en dirai pas plus.

Pour en revenir à moi-même, je dois dire que depuis plus d’une semaine, je ne dors plus du sommeil du juste, et pour cause : je n’ai pas encore payé mes factures d’eau et d’électricité dont les délais ont expiré depuis belle lurette. Tous les matins je me réveille avec la gueule de bois, bien que je sois aussi sobre qu’un templier, et j’ai la hantise de voir apparaître ces coupeurs de jus et de flotte qui font leur sale boulot avec une sorte de délectation sadique. Faut les voir quand ils arrivent, sanglés dans leurs sinistres combinaisons bleues, sourire aux lèvres, clefs à mollette en main, marchant d’un pas martial devant le père de famille éploré qui sait qu’il n’a aucune pitié à attendre de ces monstre. Même pas en période de campagne électorale. Autour du pauvre homme sa marmaille se presse, effarée, se demandant ce que peuvent bien leur vouloir ces Frankenstein du robinet, ces Dracula du compteur électrique !

Pendant ce temps, blottie dans un coin, la mère sanglote doucement, sachant ce qui les attend, elle et sa progéniture. Mais bon, on n’en est pas encore là et il me reste quand même un maigre espoir de trouver une solution à mon problème. Je m’y accroche comme un naufragé à sa bouée de sauvetage : ma sœur Betty, épouse de l’ambassadeur de Sunugaal en Papouasie, autrement favorisée que moi par les dieux de la fortune, a promis de m’envoyer un mandat par la Western Union. Remarquez, ce n’est pas honte, car si les gens parviennent encore à survivre dans ce pays c’est d’une part parce qu’on leur en vient en aide de partout, d’autre part parce qu’ils croient dur comme fer aux miracles. De la même façon qu’un être humain normal a besoin de rêver pour vivre, eux aussi ont besoin de s’accrocher à ces utopies pour continuer à supporter leurs vies de chien. Et ne tentez surtout pas de leur faire comprendre que ce sont que fariboles et vaines illusions : ça pourrait vous coûter cher ! N’eussent été ces garde-fous irrationnels, il y a à mon avis longtemps que tout aurait pété, explosé, et que les responsables de cet incroyable gâchis seraient cloué au pilori comme cela s’est vu sous d’autres cieux pas si éloignés de chez nous. Ce brave peuple, si pacifique qu’il en devient bovin, va-t-il continuer à s’enivrer béatement de l’opium de promesses qu’on lui sert à longueur d’alternances politiques ?

Les illusoires paradis terrestres que l’on fait miroiter à ses yeux pour l’anesthésier, occulter sa misère et son ignorance chroniques, suffiront t-ils à le tenir en laisse ad vitam aeternam ? A mon avis, rien n’est moins sûr et il faut se méfier de l’eau qui dort, comme viennent de le prouver les récents événements. Mais chut !...Ne parlons pas trop fort. Par les temps qui courent il vaut mieux tenir sa langue et éviter d’afficher trop ouvertement ses griefs ou son amertume. Ici, la liberté d’expression a ses limites et pour un rien on peut se retrouver dans les locaux du tristement célèbre BRIC ou pire encore, recevoir quelques coups de gourdin bien appliqués sur la caboche ! « Attention…prudence, toute vérité n’est pas bonne à dire et il vaut mieux ne pas jouer avec le feu ! » entend-on souvent répéter comme une litanie conjuratoire. Jusqu’à quand ça va durer ce cirque de promesses mirobolantes, et cette valse des milliards au dessus de nos pauvres têtes blanchies sous le harnais des soucis quotidiens ?... Mais peut-être aussi que, comme le pensent certains âmes candides, Sunugaal est un pays béni des dieux, qui ne connaîtra jamais la guerre ni le chaos et demeurera en paix pour les siècles des siècles, qui sait ?...

Dommage que je n’aie plus mes jambes de vingt ans ni que je ne sois doté de biceps d’acier : j’aurais alors bien pu monnayer mes muscles sous d’autres cieux ou à la rigueur devenir champion de pugilat national…Mine de rien, ça rapporte gros ces machins là ! Il suffit d’un seul match de foot ou d’un combat de « lutte avec frappe » (dans le Grèce antique ça s’appelait pugilat ou pancrace) pour que ces cocos là vous ramassent plus de fric que votre vie entière de rond-de-cuir ou de gratte-papier n’aurait pu vous faire gagner ! Il y a là quelque chose qui m’échappe mais bon, le monde est un tissu d’incongruités.

Dommage que je n’aie pas non plus une voix de rossignol pour envoûter ces légions de jeunes chômeurs à qui l’on avait pourtant promis du boulot il y a peu. Désœuvrés, désespérés, ils cherchent à noyer leur blues par tous les moyens et la musique les aide à rêver. Chanteur, je serais devenu l’idole vénérée de leurs « fan’s club », un véritable roi, et je vendrais comme des petits pains mes cassettes et CD (malgré ces sales pirates criminels) dont on fredonnerait les airs à longueur de temps pour se donner du cœur à l’ouvrage. Excellent moyen de faire fortune dans un pays où le football, la lutte et le mbalax sont la sainte trinité des foules abruties par la pauvreté, les clefs qui ouvrent les portes de la richesse et de la gloire. Malheureusement, ces clefs je ne les possède pas. Alors que faire ? Mais vraiment que faire ?...

Je ne puis tout de même pas sauter dans l’une de ces frêles embarcations comme le font ces candidats au suicide qui fuient leur pays et préfèrent braver l’océan pour aborder les riants rivages de l’Europe bénie…Ces malheureux croient dur comme fer que le lait et le miel y coulent à flots et qu’il suffit, là bas, de se baisser pour ramasser l’argent. Non quand même, tout sauf ça ! Il vaudrait mieux rester au pays vendre des oranges et des bananes, comme le disait un vieux notable aigri et plein aux as de mon quartier, plutôt que de tenter une telle folie ! Après tout, rien ne vaut une vie et tant qu’il nous en reste un souffle l’espoir est toujours permis !...Faut donc trouver autre chose….voyons voir… Eh, mais…Comment ai-je donc pu ne pas y penser plus tôt ?!.... Eurêka !... C’est bon les gars ! Ma fortune est faite ! Génial ! Vous savez quoi : Je vais inventer une machine à produire des cartes d’électeur !... Voilà une trouvaille qui va faire un tabac à tous les coups ! Banco ! C’est vrai que j’ai toujours eu le génie de l’invention et quand j’étais gamin j’ai même une fois réussi à fabriquer de faux billets de mille francs (une fortune à l’époque !) avec de l’encre de Chine et des crayons de couleur. C’est vous dire ! Evidemment la supercherie avait fini par être découverte par Makhtar Ould Zein, le boutiquier maure du coin à qui j’avais refilé mon joli billet, une vraie œuvre d’art. Il n’y avait d’abord vu que du feu et m’avait vendu avec le sourire une tablette de chocolat aux noisettes et une bouteille de jus d’ananas dont je m’étais délecté sans le moindre remords. Malheureusement pour moi, le beydaan s’était vite rendu compte de sa méprise et, après m’avoir tendu un piège, il m’avait livré sans pitié à mon père, homme parfaitement intègre qui, ne voulant en aucun cas être l’auteur des jours d’un voyou, d’un faussaire, m’avait administré la correction de ma vie. Plus de trente ans après, j’en garde encore les séquelles dans ma chair.

Ma vocation de faux-monnayeur avait été stoppée net par ce mémorable incident et plus jamais je n’avais tenté l’expérience, préférant exercer mes talents dans d’autres domaines, infiniment moins dangereux pour ma santé. Mais aujourd’hui là, devant l’urgence, taraudé de toutes parts, pressé par le besoin, asphyxié par mes créances, je me sens capable de remettre ça et tant pis si, depuis l’au-delà, papa se fâche avec moi !

Je sais que mon talent est resté intact et que j’ai suffisamment d’expérience et de maturité pour réussir mon coup sans aucun dommage. De plus, si l’affaire marche comme je l’espère, j’aurais sûrement la protection d’un « haut-d’en haut » comme disent nos cousins Ivoiriens. Ce puissant d’entre les puissants, trop heureux de pouvoir bénéficier d’une si providentielle aubaine qui lui permettra de remporter haut la main le deuxième tour des élections me fera, à coup sûr, surveiller comme du petit lait par une escouade de gorilles rompus aux arts martiaux et tir au pistolet. Je serai gardé nuit et jour et peut-être même logé dans une villa cossue d’un quartier chic genre almadies. C’est Marième et les enfants qui vont être aux anges !

Je vois d’ici la tête des défenseurs de l’ « éthique » et de la « morale républicaine » qui vont pousser des cris d’orfraie et me vouer aux gémonies lorsqu’ils seront mis au courant de mon projet ! Eh bien tant pis ! Je les aime bien mais vraiment, je n’ai pas le choix !

Eh mais chut ! Kuy yoot du sëqët dé ! Ne parlons pas trop fort car les voleurs d’idées, ça pullule dans notre gaal ivre et on ne sait jamais !...L’un de ces kleptomanes intellectuels, toujours à l’affût de coups juteux, pourrait en avoir vent et me devancer ! Et dans ce cas, adieu fausses cartes d’électeurs, argent, villa aux almadies, dolce vita et tutti quanti ! Ma trouvaille servira à quelqu’un d’autre qui se la coulera douce pendant que moi, Goorgoorlu Njaay, fils de Ngoor et de Sadaga, je continuerai à voguer dans ma galère amère sur un océan de problèmes insolubles. Alors chers amis, je préfère vous quitter, non pas en catimini comme c’est la vogue en ce moment, mais sur la pointe des pieds, pour vous donner rendez-vous aux urnes le 25 mars prochain, dix jours avant un deuxième combat de titans, d’un autre genre, ou l’un des deux adversaires c’est sûr, ira au tapis par K.O…


Goorgoorlu Njaay Agent du ministère des Arts et Loisirs Boulevard du Quatre avril Ndakaaru Sunugaal e-mail : googoorlunjaay@gmail.com

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1.Posté par Robert Dupas le 22/03/2012 03:18 | Alerter
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Félicitations pour ce brillant article lucide amer léger et tellement vrai.
Installé à Saint-Louis depuis un certain nombre d'année (je suis né en France) je mène (en autre) ici une petite carrière d'auteur compositeur interprète (je suis très connu dans ma rue et un peu dans ma ville).
Il y a 5 ou 6 ans j'ai composé un M'balax Toubab un peu dans le même esprit que votre article que je vous transmets avec plaisir.
Recevez mes encouragements et mes félicitations pour votre journal que je parcours tous les jours avec beaucoup de plaisir.

DOUDOU

Que feras-tu plus tard mon petit Mamadou ?
Chanteur, danseur, plombier, pêcheur, contrebandier,
Ingénieur, footballeur, ministre ou Marabout
Du haut de tes six ans en as-tu une idée ?

Mais oui, répond l’enfant, comme beaucoup de gens
J’irai un certain temps au pays des tout-blancs
Y percer leur secret. Enfin savoir comment
Ils font, facilement, pour avoir tant d’argent.

Je crois (a dit Gorgui, le Sage du Palais)
Qu’il existe, la-bas, un grand champ de manguiers
De papayes de bissaps enfin je ne sais pas
( Il faut discrètement surveiller les Toubabs )
Ils vont, l’un après l’autre, dans le plus grand secret
Dés que le jour noirci récolter les billets.

En possession des graines, je vais enfin pouvoir
Devenir l’Empereur de tout le Peuple Noir
Ma puissance infinie atteindra le zénith
Et mon pouvoir, total, n’aura pas de limite.

Ainsi parlait le soir notre petit Doudou
Avant de s’endormir dans les bras de Nounou.

R.D

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