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L'histoire de Yoro Diao, natif de Saint-Louis et doyen des tirailleurs sénégalais ( vidéo )

C’est dans la ville de Seine-Saint-Denis que vivent Yoro Diao, 88 ans, et trente-deux autres tirailleurs sénégalais qui ont récemment quitté un précédent foyer pour en trouver un nouveau, plus décent. Deux citations à la Croix de guerre, une médaille de l’ordre national du mérite et une légion étrangère sénégalaise épinglées au coeur, l’ancien combattant attend aujourd’hui d’obtenir la nationalité française. Yoro Diao, pour qui « se plaindre » ne sert à rien, nous donne une leçon de dignité.

Mercredi 8 Février 2017 - 05:31

Mouloud : Comment allez-vous jeune homme ?
Yoro : Ça va très bien. Je me porte bien.
 
Je vous appelle jeune homme alors que vous êtes le doyen…
Oui, j’ai 88 ans.
 
Des tirailleurs sénégalais, ici à Bondy ! On est en train de tourner dans la mairie et j’aimerais que vous me racontiez votre histoire. On ne vous entend jamais parler et à mes yeux vous faites parti de la solution aujourd’hui en France, où il y a des problèmes d’identité et de jeunes issus de l’immigration qui ont du mal à se sentir français. Votre reconnaissance fait partie de cette histoire-là. Est-ce que vous pouvez me raconter votre enfance, déjà ?
Je suis né en 1928 près de Saint-Louis. Mes parents étaient français. Moi, étant jeune, avec mes parents qui étaient déjà avec les Français, je ne pouvais qu’être français. Je suis né Français, et mon adolescence est tombée juste pendant la guerre 39-45. Nos études ont été arrêtées parce que nos enseignants s’étaient mobilisés. À la fin de la guerre, nous étions déjà de grands adolescents, il fallait qu’on entre dans l’armée alors je me suis engagé en 1951.
 
Vous aviez été volontaire pour aller faire la guerre ?
Volontaire pour faire l’armée française. Lorsque j’ai fini mon instruction de base, comme petit soldat, je suis parti en Indochine en 1952.
 
Donc vous avez fait deux guerres ?

J’ai fait l’Indochine d’abord. J’étais au 24ème Régiment de Marche des Tirailleurs Sénégalais, c’était à la frontière du Tonkin et la frontière de Chine, où j’ai perdu beaucoup de camarades, des camarades européens. Dans notre régiment, il n’y avait pas que des Africains, c’était un régiment mixte. Moi je suis un soldat, j’ai eu la baraka, à chaque fois que les camarades tombaient, j’allais les chercher, ce qui m’a valu deux Croix de guerre. Je suis resté jusqu’en 1955 en Indochine, jusqu’à la fin de la guerre parce que mes patrons ne voulaient pas me lâcher, et en 1958, je suis allé en Algérie. J’ai participé à la guerre d’Algérie, au 22ème Régiment d’Infanterie.
 
Donc vous êtes à peine sorti d’une guerre que l’on vous envoi dans une autre guerre ? De l’Indochine à l’Algérie ? Comment ça se passe l’Algérie ?J’étais à la frontière algéro-marocaine pour empêcher la traversée de la frontière par des éléments qui quittaient le Maroc. Pour renforcer les éléments d’Algérie, il fallait donc surveiller la frontière jusqu’à la fin des opérations.
 
Est-ce que vous pouvez me parler de vos décorations ?

J’ai eu d’abord deux Croix de Guerre quand j’étais jeune caporal, ça m’a permis d’avoir la médaille militaire. En 2010, j’ai été décoré par Sarkozy et actuellement je me suis proposé pour la Légion d’Honneur.
 
C’est en avril que vous allez recevoir la Légion d’Honneur ?

C’est le bureau de la Défense Nationale qui s’occupe de notre dossier, car ici on n’est pas isolés, on est bien tenus par les Français, on s’occupe de nous. Il y a la Fédération des Anciens Combattants qui suit nos dossiers, le ministre des Anciens Combattants. Il faut le courage d’arriver ici. Nous ne sommes pas isolés, nous ne demandons pas l’aumône, vraiment. La France a été reconnaissante à notre égard.
 
Qu’est-ce que vous avez à dire aux enfants et aux petits enfants issus de l’immigration qui ont du mal à se sentir français aujourd’hui ?

J’aimerais bien les rencontrer parce que j’ai beaucoup de choses à dire, j’étais jeune comme eux.
Ce que vous voulez dire aux plus jeunes c’est que c’est une chance et que vous vous êtes battus pour ça ?

Oui, on s’est battu pour ça, on s’est battu pour être Français. Un jour que j’étais dans un bus, debout avec ma canne, il y avait des gosses qui étaient assis là et qui me regardaient. Je leur ai dit : “Debout !« , et ils se sont levés. Je leur ai dit : “tous les Chibanis que vous voyez ici, ils ont fait quelque chose pour la France. En 39-45, la France a été bombardée par les Allemands. Il y a eu beaucoup de dégâts, des vieux ont quitté l’Afrique du nord et l’Afrique noire, des anciens combattants aussi, pour venir travailler ici, pour redresser tous les bâtiments.

Des anciens combattants aussi »
. J’ai sorti ma carte… « Ils se sont battus pour la France. Il faut respecter tous les vieux, tous les vieux qui sont là, ils sont là pour quelque chose, ils sont là pour se soigner, ils sont là pour vivre décemment ». Ils m’ont bien regardé, ils se sont levés, et je me suis assis.
 
Il y a quelqu’un qui est avec vous au foyer à Bondy et qui avait quelque chose à dire à Ségolène Royal. Il s’appelle Gorgi, et tout de suite, on regarde sa Carte Blanche.
 
Comment ça se passe avec votre famille au Sénégal ?
Je leur téléphone tout le temps, souvent on me téléphone aussi : “on est en bonne santé, grand papi est-ce que ça va ? Et le froid ? » Je dis : « mais ça va ! Nous sommes dans des chambres chauffées« .

 
Quand vous dites que vous êtes content parce que là vous êtes dans une chambre où il fait chaud, ça veut dire qu’avant vous étiez où ?

On était logés au foyer qui a été construit il y a presque une cinquantaine d’années. Ce n’était pas très bien sécurisé.
 
Cinquante ans c’est long quand même ?
Parce que les bâtiments sont construits pour les immigrés algériens qui venaient là car il y avait des usines à côté. C’est une vieille bâtisse. On ne savait pas où nous mettre, alors on nous a mis là-bas.
 
Vous ne vous dites pas qu’après avoir combattu deux guerres de suite pour la France, vous méritez mieux que d’avoir une pièce non chauffée pendant cinquante ans ?

Il vaut mieux rectifier les erreurs de départ que de les laisser perdurer, alors on nous a logés là-bas provisoirement. Lorsqu’il y a eu la motion de décembre, on nous a déménagés.
 
Pourquoi votre génération refuse de se plaindre ? Parce que depuis tout à l’heure vous nous racontez quand même des guerres, des conditions de vie extrêmement dures en France. Vous êtes encore aujourd’hui dans une pièce où il y a juste le chauffage et une chaise à côté, et vous refusez de vous plaindre.

On ne se plaint pas. Se plaindre pourquoi ? On est bien soignés actuellement. On a nos cartes vitales, la Mutuelle, on se soigne bien. Et quand vous êtes bien logés et bien soignés, à votre âge, vous vous plaindriez de quoi ?
J’ai honte maintenant quand je parle avec vous parce que je passe mon temps à me plaindre, tout le temps… “J’ai un rhume, j’ai ceci…” Quand je suis venu ici je me plaignais, “je tousse, je ne suis pas bien…”

Oui, mais il faut se projeter vers l’avant, se plaindre ne sert à rien. Il faut toujours faire la différence entre vous et vos camarades du même âge. Quand vous faites votre autocritique, si vous regardez bien, vous trouverez toujours… Dites merci à la nature, merci à Dieu, c’est tout. Sinon, je crois qu’il n’y a pas beaucoup de soldats qui se plaignent. Peut-être n’ont-ils pas la naturalisation, mais ça va aller, nous l’avons demandé, on va nous l’accorder.
 
Qu’est-ce que je peux vous souhaiter ?
Bonne chance et bonne santé, avoir plus de 100 ans, c’est tout.
 
Eh bien, bonne chance et bonne santé, et ayez plus de 100 ans.
Merci.

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