LE PRESIDENT WADE SUR AFRICA24 : « Si le peuple me remercie, je partirais heureux »

Mardi 17 Janvier 2012 - 17:32

LE PRESIDENT WADE SUR AFRICA24 : « Si le peuple me remercie, je partirais heureux »
Invité de l'émission «Face à nous» de la télé Africa24, le président de la République du Sénégal Abdoulaye Wade aborde plusieurs questions dans cet entretien. Il revient sur son bilan, ses réalisations, son ambition pour le Sénégal s'il est réélu. Voici la première partie de cet entretien.





Que comptez-vous apporter de différent au Sénégal dans le cadre d'un nouveau mandat ?



Lorsque je faisais mon discours à la nation, j'avais dit que je n'allais pas faire de bilan. Il faut que je termine tous les projets que j'ai déjà engagés et dont certains sont en voie d’achèvement. Je vais créer un Etat moderne et continuer à promouvoir un Sénégalais moderne. En 2000, le taux d'alphabétisation était de 50 % ou un peu plus et aujourd'hui nous sommes à 97 % de taux de scolarisation. Si j'y ajoute les élèves de l'école coranique qui sont nombreux mais qui n'étaient pas comptés dans le nombre des alphabétisés, c'est un taux extraordinaire que nous atteignons.



On leur enseigne non seulement le Coran et l'arabe, mais aussi l'anglais, le français et on apprend aux enfants un métier. Ce qui a toujours manqué et c'est ce que l'on appelle les Daaras modernes.



Aujourd'hui, après avoir choisi de dépenser 40% du budget du Sénégal dans l'éducation et la formation, ce qui est une véritable aventure, je suis satisfait de constater qu'en 12 ans le Sénégal a produit beaucoup de gens titulaires de Masters, des doctorants, et d'autres qui sortent comme professeurs des plus grandes écoles. C'est une vision d'économiste et c'est un investissement.



Il n'y a pas plus opposé à Lénine que moi qui suis un libéral, mais il avait raison de dire que l'homme est le capital le plus précieux du monde. On ne peut pas résoudre les problèmes de santé sans innovation et ce n'est pas une question d'argent. Nous avons lancé une grande initiative fondée sur la sociologie du peuple sénégalais. Dans chaque quartier nous recrutons une femme qui polarise les autres femmes. C'est ce que l'on appelle Badiénou Gokh. Elles sont dotées de téléphones portables pour appeler un médecin en cas de problème.



Certains estiment que c'est une défaillance du système de santé.



La santé, ça absorbe beaucoup d'argent et on n’a jamais compris qu’attendre le malade pour le soigner, ce qui s'appelle la politique de la cure, c'est statistiquement absurde disent certains spécialistes. Autant vous en guérissez, autant ils entrent à cause de la population qui augmente, à cause de la mobilité et à cause de leur mode de vie. Il faut porter l'accent plutôt sur la prévention.



Vous avez parlé de l'éducation, de la santé, mais, pour tout Africain, on est étonné, surpris par la qualité des infrastructures. N'avez-vous pas le sentiment dans cette recherche d'équilibre d'avoir trop mis l'accent sur les infrastructures au détriment du Sénégalais moyen qui souffre ?



Absolument pas. S'il faut construire une maison, il faut une fondation pour que la maison puisse avoir trente voire quarante ans. Moi, je suis pour les routes qui durent très longtemps comme en Europe où on ne voit pas les gens réparer les routes tous les jours. C'est ce que j'ai dit aux bailleurs de fonds et j'ai reçu le directeur de l'Agence française de développement. Je lui ai dit que nous remercions la France de contribuer à notre développement. Et je lui ai demandé de nous construire de très bonnes routes comme en Europe et s'il ne le peut pas, qu'il passe chez le voisin. Autrement, nous passons notre temps à réparer des routes qui ne sont jamais au point. En cinq ans, on dépensait ici le coût de la route alors que la route de très bonne qualité coute 1,7 fois le prix de la route qu'on appelle l'enrobé dense. Autant faire de très bonnes routes et c'est ce que j'ai fait à Dakar. Le Nepad a posé comme base du développement les infrastructures et sans ces dernières, le producteur même ne peut pas aller au marché pour vendre ses produits.



En tant que professeur d'économie, je sais que le développement ne peut pas se faire de manière équilibrée. Cela n'existe pas. Au contraire, il faut faire un développement déséquilibré, c'est à dire on insiste sur un secteur, on le renforce et dès qu'il est solide on passe à un autre.



Le Sénégal n'est pas doté de ressources importantes en terme de matière première, d'hydrocarbures. Comment avez-vous fait pour attirer tous ces capitaux dans votre pays et quelle sera la contrepartie pour les Sénégalais ?



Moi,, je suis un innovateur et je pousse les Sénégalais à innover, c'est-à-dire à créer. Même si nous sommes d'excellents copistes, nous ne rattraperons jamais l'écart qui nous sépare de l'Europe. Nous ne pouvons faire des bonds que si nous innovons comme le Badiénou Gokh dont je viens de parler. J'ai réussi avec Abdou Diouf à installer au Sénégal une véritable démocratie. Avec une alternance démocratique qui a été citée et saluée par tout le monde, un pays où il n'y a pas de prisonnier politique ni de journaliste en prison. Malgré des écarts regrettables, on a réussi à créer une atmosphère de paix et de travail qui fait confiance aux investisseurs.



Au mois de juin dernier, nous avions à faire un emprunt de 500 millions de dollars pour terminer un programme d'infrastructure et l'offre sur le marché était de 250 milliards de dollars et les gens sont venus nous courir après pour dire il faut qu'ils prêtent au Sénégal. C'est l'atmosphère de confiance et de sérieux qui attire les capitaux. Ces derniers temps nous avons entendu des critiques de l'opposition, mais c'est normal que l'opposition ne soit jamais satisfaite sauf qu’Ousmane Tanor Dieng, qui est un Républicain, a dit qu'on ne peut pas dire que Wade n'a rien fait. D’autres le disent pourtant.



Beaucoup de gens au Sénégal, même vos opposants, sont parfois élogieux en ce qui concerne votre bilan. Mais ils disent qu'ils ne veulent pas de votre troisième mandat.



Ils ont le droit de ne pas vouloir, mais mes partisans et moi avons le droit de vouloir, l'arbitre c'est le peuple. Si le peuple me remercie aujourd'hui, je vous assure que je partirais heureux. Je le regretterai parce que j'ai beaucoup de choses à apporter mais vous savez, je ne m'en ferai pas plus.



L'essence du Sopi, c'était une vague de jeunes qui l'avait porté, mais aujourd'hui on a constaté un véritable clivage entre des jeunes qui vous soutiennent et qui sont très nombreux et, de l'autre côté, des jeunes qui demandent votre départ. Quand on est un homme politique et que l'on écoute ce type de message, quelles leçons on en tire même si vous vous présentez?



Je vais vous le dire. Que les jeunes se souviennent que c'est grâce à moi qu'ils ont commencé à voter à l'âge de 18 ans alors qu'ils le faisaient à 21 ans. Le phénomène qu'on constate aujourd'hui, c'est que les jeunes qui m'avaient soutenu à l'époque et qui avaient fait cette manifestation de 70 jours pour me faire libérer lorsque les Socialistes m'avaient mis en prison, ces jeunes-là sont maintenant autour de moi comme ministres où ils ont d'autres responsabilités. Ils sont dans l'appareil du pouvoir.



Maintenant est venue une nouvelle vague d'étudiants qui ont terminé les études il n’y a pas trop longtemps et comme vous le savez, au Sénégal tout étudiant qui entre à l'université a automatiquement une bourse. Donc ces étudiants se rendent compte que c'est différent du passé, avec les gens dont les parents étaient aisés qui obtenaient les bourses ou encore les enfants de ministres. Mais la grande différence, c'est que maintenant il y a les fils des paysans qui obtiennent les bourses. Mes plus fervents soutiens sont les jeunes qui ont entre 15 et 18 ans, qui ont l'âge de voter et cela m'a beaucoup surpris. Je leur demande pourquoi ils me soutiennent et ils disent qu'ils ont connu très peu le régime socialiste et ils disent qu'ils ont constaté que je suis en train de construire un Sénégal beau et bien.



En amont selon vous, vous n'êtes vous pas déconnecté de la réalité sénégalaise?



Je suis très loin d'être déconnecté. Trop loin de ça.



A suivre

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