La « crise du marché du sucre » au Sénégal

La Compagnie Sucrière du Sénégal (CSS), créée en 1972, a été dotée de 17 000 hectares (ha) à aménager pour produire du sucre de canne afin de couvrir les besoins du pays.

Vendredi 10 Janvier 2014 - 20:44

La « crise du marché du sucre » au Sénégal
A cet effet, le « Casier Rizicole » de Richard Toll de 6000 ha, qui était destiné à produire du riz pour réduire notre dépendance à l’importation de ce produit, lui a été cédé afin de lui permettre de minimiser ses coûts d’aménagement, d’installation et de production.

Il lui a été aussi garanti le monopôle de l’importation du sucre avec, comme clause, qu’elle la remplace, progressivement, par sa production locale.

Il se trouve que jusqu’à nos jours, soit plus de 30 ans après, la CSS n’a aménagé que 10.000 ha. Elle bloque sa production locale de sucre de canne à environ 80.00 tonnes(t) et importe le reliquat de la demande en sucre du marché sénégalais, estimée à 150.000 t par an.
C’est ainsi qu’elle a produit de Janvier à Mai, (sa période de production), selon « Repères Statistiques » de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), 80.200t en 2010, 75.000t en 2011, 74.400t en 2012, et 73.200t en 2013 !
Ce qui lui a permis de régulièrement importer du « sucre roux » à raffiner en « sucre blanc » sous forme de « morceaux » et de « poudre » pour satisfaire la demande nationale.

La CSS s’était tellement complu dans cette situation de rente, qu’elle fut soupçonnée même de « frauder » , en important du « sucre blanc » pour le vendre directement dans le marché sénégalais, comme l’avait révélé le scandale du « sucre roux d’aspect blanchâtre » qui avait valu au Groupe SUD un retentissant procès que la Compagnie sucrière lui avait intenté…

C’est contre cette situation de rente- qui fait de l’Industriel un importateur de « produits finis » - que les Commerçants Sénégalais, regroupés au sein de l’UNACOIS, se sont soulevés depuis le « Programme d’Urgence » de 1992.
Pourtant, ce n’est que récemment, avec le Gouvernement du Président Macky Sall, sous la conduite de l’ancien Premier Ministre Abdoul Mbaye, que la décision a été prise, en pleine « crise du sucre » entre la CSS et l’UNACOIS en Juin 2012, d’exclure celle-ci de l’importation du sucre blanc pour qu’elle se consacre exclusivement à sa fonction de production pour satisfaire le marché sénégalais.

Ainsi, et dans ce cadre, le Journal SUD Quotidien du 25 Juin 2012 relate l’accord, intervenu entre le Gouvernement, la CSS et les Commerçants, accord permettant l’importation de 55000t de sucre pour combler le gap entre l’offre de la CSS et la demande nationale, répartie entre la CSS pour 30.000t et les Commerçants pour 25000t.
Il était clairement indiqué que pour 2013, la CSS ne devait plus importer du sucre, en contre partie de quoi aucune importation ne serait autorisée avant épuisement de la production de cette même CSS.
Tous se souviennent de ce que cet accord a produit en matière de « cabales » dans la Presse contre l’Ancien Premier Ministre Abdoul Mbaye, dont le départ, quelques mois plus tard de la Primature, a été souvent lié à cet épisode.

En clair, nombre de Sénégalais ont pensé qu’il avait payé par son départ, pour avoir eu l’audace de mettre fin à la situation de rente dont jouissait la CSS jusque là…
Il n’est pas inutile de rappeler que pour faire face aux contraintes de cet accord qui l’oblige à respecter ses engagements historiques de produire du sucre pour satisfaire la demande du marché sénégalais, la CSS avait exhibé un Projet dénommé « KT 150 » pour produire 150000 t par an, avec un investissement de 90 milliards !
Dans la foulée, elle avait demandé l’octroi de 4000 nouveaux ha dans la Communauté rurale de MBane, dont la superficie totale est de 190.000 ha, dont 100.000ha aménageables. Une surface aménageable qui a été déjà l’objet d’attribution de 232.000 ha à des personnes physiques et morales !
L’on se souvient que selon le « Mémorandum » du Président de la Communauté rurale de MBane de l’époque, sur ces 232.000 ha, 200.000 furent attribués entre 2008 et 2009, en plein essor de la GOANA et du PLAN REVA!
Voilà donc la CSS qui réclame 4000ha dans cette localité, tout en étant, jusqu’ici, incapable d’aménager les 7000 ha qui lui restent encore de sa dotation initiale de 17.000 ha.
Ainsi, avec cette demande de 4000 ha à MBane, le prétexte d’un « obstacle foncier » pour la réalisation du Projet « KT 150 » est vite trouvé, afin de permettre à la CSS de continuer à bloquer sa production à 73.200t de 2013, et d’exiger l’arrêt des importations « en évoquant l’accumulation d’un stock de sa production de sucre invendu de 20.000t »!

Ce qui est le plus étonnant dans cette exigence, c’est le fait qu’en 2011, malgré la baisse, par rapport à 2010, de sa production qui est passée de 80.200t à 75.700t et une hausse spectaculaire des importations qui sont passées, selon le « Le Bulletin du Commerce Extérieur » de l’ANSD, de 105.372t à 124.056t, la CSS n’avait pas crié au « risque de faillite » dû à l’importation, du seul fait qu’elle ne subissait pas, dans l’importation, une concurrence significative des Commerçants !

Cette situation s’était traduite par une hausse des prix du « sucre en moreaux » de 725 Frs en 2010 CFA à 773 Frs CFA le kilogramme en 2011, et du « sucre en poudre » de 603 Frs CFA à 714 Frs CFA !

Cependant et contradictoirement elle n’a pas hésité à agiter le spectre de la « faillite » et de « menace sur l’emploi » dès 2012, malgré une baisse de sa production à 74.400t, avec une baisse concomitante des importations à 96.817t, du seul fait de l’entrée massive des Commerçants dans l’importation du sucre que le Gouvernement de Abdoul Mbaye avait autorisée, pour agir sur les prix à la consommation et les faire baisser !

De sorte que les prix du sucre à la consommation dans l’Agglomération de Dakar sont passés, pour le « sucre en morceaux » (qui est resté le monopôle de la CSS) de 773 Frs CFA le Kilogramme en 2011 à 820 Frs CFA en 2012, tandis que pour le « sucre en poudre », où se livre une forte concurrence entre la CSS et les Commerçants, les prix ont baissé de 714 Frs CFA à 672 Frs CFA, car bénéficiant de la baisse des cours mondiaux du sucre qui sont passés de 28 Cents la Livre en 2011, à 22,6 Cents en 2012!

L’intervention des Commerçants dans l’importation du sucre en 2013 a continué à pousser à la baisse le prix du « sucre en poudre » sur le marché local, qui est passé de 672 Frs CFA, à 636 Frs CFA, répercutant ainsi la baisse des cours du sucre qui sont passés de 22,6 Cents en 2012 à 17,5 Cents en 2013, alors que le « sucre en morceaux » restait quasiment au niveau de 2012 en passant de 820 à 821 Frs CFA !

Ainsi, que les importations augmentent comme en 2011, ou baissent, comme en 2012, ou qu’elles remontent comme en 2013, cela n’empêche pas la CSS de baisser sa production, pour profiter de la baisse tendancielle des cours du sucre, pour pouvoir importer le maximum possible.

C’est cette stratégie qui lui a permis de hausser les prix intérieurs du sucre entre 2010 et 2011, et qui est, depuis 2012, contrée par l’entrée significative des commerçants dans l’importation du sucre, qui a entraîné à la baisse les prix intérieurs du segment de marché du « sucre en poudre ».

C’est donc cette « intrusion » qui casse la situation de rente dont elle a toujours joui qui a poussé la CSS à menacer de « faillite » et de « perte massive » d’emplois.
Il est donc temps de mettre fin à cette stratégie de la CSS qui use de « menaces sur l’emploi » comme moyen de chantage, afin de préserver cette « situation de rente ».
A cet effet, le Gouvernement du Sénégal dispose de moyens juridiques appropriés pour enrayer ce « chantage récurent » d’un autre âge.

Il lui suffit de « porter plainte devant les juridictions nationales, contre la CSS, pour « manœuvres de faillite frauduleuse » et pour « exercice d’un chantage à l’emploi » sur l’Etat, à des fins de préservation d’une situation de rente, que rien, économiquement et socialement, ne justifie plus.
Cette plainte devrait être accompagnée d’une demande de « mise sous administration provisoire » de la CSS, et de « mise sous séquestre » des « biens du PCA et du DG » de l’entreprise, en attendant que la Justice vide le Contentieux qui l’oppose à l’Etat.

Ces deux mesures d’accompagnement de la plainte de l’Etat vont préserver aussi bien ses intérêts que les emplois que cette entreprise utilise comme « monnaie de singe à échanger contre le maintien de sa situation de rente » !
Le Chef de l’Etat qui disait, fort opportunément, en s’adressant à l’Armée nationale et au peuple, lorsqu’ il rendait hommage à nos deux soldats tués à Kidal, au Mali, que le « Sénégal sera toujours debout », ne devrait donc pas perdre de vue, qu’il devrait aussi le rester au plan économique et financier, en combattant sans états d’âme, le « chantage » que des « intérêts privés » exercent sur l’Etat, à des fins de préservation de privilèges indus.

Par rapport à ce défi lancé par la CSS et qu’il faut relever, les Centrales syndicales présentes dans cette entreprise, les Républicains et Démocrates de ce pays, qu’ils soient au pouvoir, dans l’opposition ou de la Société civile, sont interpelés au premier chef. Ils doivent soutenir pareille action judiciaire de l’Etat, afin de restaurer toute son autorité, face aux pouvoirs d’argent et de leurs affidés dans la Presse, qui piétinent quotidiennement, par le chantage, l’honorabilité du Sénégal.
Telle est ma conviction

Ibrahima Sène PIT/SENEGAL
Fait à Dakar le 8 Janvier 2014

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