La lutte sénégalaise: A quand la fin de la barbarie ?

Jeudi 12 Avril 2012 - 20:16

La lutte sénégalaise: A quand la fin de la barbarie ?
Les confrontations sanglantes entre le camp de Yékini et le camp de Balla gaye relayés presque par toutes les chaînes de TV a paradoxalement ébahi spectateurs et téléspectateurs. Or, la lutte « moderne » appelée lutte avec frappe n’a cessé depuis quelques décennies de nous révéler ces spectacles hideux que l’on qualifie très souvent de violences par euphémisme. Alors que l’on pourrait y voir une véritable barbarie qui n’est pas loin des combats à mort des gladiateurs de l’Antiquité gréco-romaine. Tout y est. Et, rare sont les dimanches où les combats ne se terminent pas par « un bain de sang » : dents arrachées, lèvres déchiquetées, arcades éclatés, le sang jaillit devant tous les spectateurs et téléspectateurs.

Les surnoms des combattants sont évocateurs : « le boucher du dimanche, Tonnerre, Feugueleu, Pakala, (c’est un couteau) Bombardier… » Alors, on est en plein dans la guerre ! Devant l’arène, on a l’impression que tout est bon pour anéantir son adversaire, pour le faire saigner, pour l’envoyer chez « Ardo », le médecin consultant. Et cette expression tend à être, ironiquement, mais tristement « la règle daure »(frappe) pour ne pas dire règle d’or. D’ailleurs, les adeptes de lutte pure c’est-à-dire sans frappe en pâtissent terriblement et se rabattent dans les « mbappat » (lutte traditionnelle sans frappe), malheureusement peu populaire mais véritables lieux de démonstration de technicité, de souplesse, bref de l’art de mettre à terre son adversaire sans la moindre goutte de sang.

Mais là, à part quelques scènes de « mband » ou de ce que nomme « tousse » (danse folklorique) et non de bakks (véritables danses du lutteur), c’est des injures, des menaces, des coups de poing capables de gâter l’œil d’un tigre ou de causer des traumatismes crâniens pour la vie, ou de faire jaillir le sang, parfois beaucoup de sang ; une hémorragie, nessecitant arrêt par décision médicale. Du sang dont certains reporters surexcités et spectateurs en liesse semblent se délecter tel Dracula qui se saisit de sa proie. Et à la fin du spectacle, certains supporteurs de camps adverses, armés qui de couteaux, qui de sabres, n’hésitent pas à poursuivre le combat dans les rues… (Batailles rangées obligent) jusqu’à mort parfois s’en suit…sans suite !

Et, le dimanche suivant, les publicités et certaines émissions aidant, le cycle de violence reprend son train d’engrenage. Avec les mêmes débats, les mêmes ébats, les mêmes fausses indignations devant la barbarie entretenue par un système qui la met en marche pour endormir, dans le sang, tout un peuple…

En effet, nous sommes dans un pays où la culture du muscle est beaucoup plus récompensée que la culture de l’intellect. Wade avait reçu les Mbeurs au palais, en leur couvrant d’argents du pauvre contribuable et de louanges...
Auparavant, il avait offert à quelques uns villa et carrosse. Certaines « autorités» de l’Etat comme, l’ex-PM, S. ND. N’Diaye se glorifiaient d’avoir des amis « mbeurs » avec tout ce que cela promet de faveurs et de passe-droits à leur endroit. Sans compter, les enjeux financiers importants qui tournent au tour de cette grande nébuleuse qu’est devenue l’industrie de la lutte.

Or, ce qui pose problème, c’est l’instrumentalisation dont les lutteurs sont victimes : les hommes politiques, souvent du pouvoir, les utilisent comme leurs bras armés. Par exemple, jamais le terme de nervis n’a été aussi employé que dans la période pré électorale et dans la campagne présidentielle où ils se sont tristement illustrés. La mort d’un des leurs qui s’en est suivie, jusqu’à présent sans suite, montre les dangers d’une telle utilisation.

Ce qui pose problème, c’est que le statut de lutteur est érigé en top modèle pour une jeunesse que le système éducatif exclut. Une jeunesse à qui on fait croire que c’est la lutte et non les études, qui peut la sortir du désarroi quotidien et du chômage : il suffit d’avoir du muscle et d’être capable de boxer pour être champion et millionnaire oubliant que la lutte n’est pas un métier mais un sport; à défaut d’être champion, tu gravites autour pour qu’on t’assure les arrières ; A défaut de tout cela, l’on peut même devenir le bouffon de l’arène comme Yawou diale pour gagner son pain, être « star » et cerise sur le gâteau, être « ami du Président de la République ».

En réalité, ce sont ces possibilités là offerts dans l’espace de la lutte qui font que l’on est prêt à tout pour être champion ou faire que son lutteur soit champion. Et alors, même avant le jour J, on insulte, on maraboute, on menace, on boxe, on brandit des barres de fer, on tape et on fait couler le sang, tout devant un peuple indigné, (ou excité ?) qui semble en redemander encore, et encore et encore….en criant vengeance !

Et moi, je me pose la question : A quand la fin de la barbarie pour le retour à la véritable lutte ?
Je crois, en tant que sport national, la lutte devrait être prise en charge, par le Ministère du Sport responsable de toutes les activités sportives nationales. Et non un CNG qui n’est là que pour suspendre, avertir en défalquant beaucoup d’argents de lutteurs, argents dont on ignore la destination !

Une restructuration institutionnelle, un recadrage professionnel, un assainissement organisationnel de l’environnement de la lutte ; tout cela est indispensable pour faire du sport sénégalais le plus populaire un sport national digne de ce nom, beau et fédérateur. Les lutteurs qui se sont distingués par leur exemplarité positive le veulent, les honnêtes promoteurs le veulent, les vrais amateurs le réclament !


Abdoulaye sall
layesal@hotmail.fr

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