La menace de la propagation de la fièvre hémorragique à virus Ebola: une opportunité pour le renforcement du système de santé du Sénégal

Vendredi 24 Octobre 2014 - 23:48

Les succès tangibles obtenus ces dernières années par la contribution de notre système de santé dans le contrôle de plusieurs maladies infectieuses, parasitaires et virales (tétanos, rougeole, la poliomyélite, la tuberculose, la lèpre, la dracunculose ou filaire de Médine, l’onchocercose ou la cécité des rivières, la fièvre jaune, HIV etc.) ont occulté l’apport inestimable des services des grandes endémies dans la lutte contre les pathologies les plus meurtrières ,sans remettre en cause les nouvelles stratégies efficaces de lutte contre les maladies transmissibles avec l’appui du système des Nations Unies (OMS, UNICEF etc.)

L’irruption soudaine de la menace d’une propagation d’une maladie virale comme l’Ebola, qui survient pour la première fois en Afrique de l’Ouest est entrain de mettre à rude épreuve notre système de santé dans toutes ses composantes, de par sa virulence, son ampleur et ses répercussions socio-sanitaires, économiques et politiques. La problématique qui se pose est :
Comment tirer le meilleur bénéfice possible et capitaliser au maximum les expériences accumulées par notre pays à travers le Plan national de riposte à l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Ebola pour faire des avancées décisives dans le domaine du renforcement des systèmes de santé ?

Cette question constitue en elle-même un ensemble de défis qui interpellent notre système de santé à travers ses six sous-systèmes.
Ainsi, pour rappel un système de santé s'entend comme un ensemble interdépendant de composantes organisées en vue d'atteindre un but commun, en l'occurrence et principalement l'amélioration de la santé, son architecture globale s’organise autour de six sous-systèmes qui sont :
1. Sous-système Gouvernance et leadership
2. Sous-système d’information sanitaire
3. Sous-système Prestation des services de santé
4. Sous-système Ressources humaines
5. Sous-système financement de la santé
6. Sous-système Médicaments Vaccins et technologies médicales,
.
Il est primordial de connaitre comment le Plan national de riposte à l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Ebola va-t-il s’intégrer à ces différents sous systèmes, comment il va influer sur leur fonctionnement et quelles réactions il va induire ? Ainsi notre système de santé à travers ses composantes fera face à plusieurs défis.

1. Défis relatifs au sous-système de la gouvernance et du leadership.

Dans un communiqué du 17 Octobre 2014, l’OMS a déclaré officiellement la fin de l’épidémie à virus Ebola au Sénégal et a félicité notre pays pour sa diligence à mettre fin à la transmission du virus à partir du premier cas importé de la Guinée.

Ce satisfecit de l’organisation mondiale à l’égard de notre pays indiquant « la réponse du Sénégal est un bon exemple de ce qu’on peut faire lorsqu’on est confronté à un cas importé d’Ebola » est illustratif de la bonne gouvernance sanitaire de notre pays .A l’épreuve de la propagation du virus Ebola les autorités sanitaires de notre pays ,malgré les capacités limitées, en particulier les contraintes en termes de ressources, d’effectifs et de compétences ont pu renforcer notre système de santé publique dans sa possibilité à faire face à l’épidémie actuelle et à toute autre urgence sanitaire dans l’avenir. Le Ministère de santé à mis en place un dispositif de surveillance épidémiologique et de veille aux frontières terrestres, maritimes et aériennes pour contenir la maladie. Les autorités publiques sanitaires nationales ont pu informer le public de manière coordonnée, ponctuelle, et transparente avant, pendant et après l’irruption de l’épidémie. Ce qui a permis aux populations d’accroitre leur confiance dans le système de santé national, et à nourrir des attentes réalistes quant à la capacité du système de réagir à l’épidémie et de la prendre en charge.

Le Ministère de la Santé a eu aussi à initier une très grande mobilisation sociale qui a permis d’associer pleinement la communauté en passant par les autorités locales, traditionnelles et religieuses et les guérisseurs.
Au niveau de la gouvernance sanitaire, la leçon la plus importante à en tirer fut l’instauration et le maintien de la confiance entre les autorités publiques et les professionnels de santé, ce qui constitue le socle de tous les efforts visant à lutter contre l’épidémie.

2. Défis relatifs au renforcement à la sous-composante Information Sanitaire.

L'information sanitaire est vitale pour la prise de décision, le suivi/évaluation du Plan national de riposte.
Avec l'absence de compétences dans les laboratoires pour effectuer les tests virologiques rapides pour un cas suspect survenu dans une région périphérique du Sénégal, seule une équipe provenant de Dakar a la capacité de faire la collecte et indiquer le diagnostic plus de 24 heures après. Il faut noter que les laboratoires qui font le diagnostic des maladies virales comme Ebola sont dits de très « haute sécurité » (comme les virus les plus dangereux au monde comme le charbon), et ne peuvent être décentralisés au niveau des régions : personnel et équipements très couteux et spécifiques. Le labo de l’Institut Pasteur Dakar est spécialisé et est une référence pour l’OMS.

Ces délais et retards peuvent créer les conditions d’un manque de confiance à l’égard des structures et institutions gouvernementales amenant les populations à rejeter les traitements et conseils. Face à ce déficit de décentralisation notre système de santé devra mettre en place un système de veille pour une détection précoce des menaces potentielles qui découlent de toutes maladies contagieuses pouvant évoluer en épidémie et en pandémie, et d’autre part, la riposte rapide. Il est important de renforcer le système de diagnostic avec un réseau de laboratoires/et ou un système de transport des prélèvements vers le laboratoire de référence supranational.
Avec les nouveaux tests qui permettront le diagnostic rapide des patients, on pourra réaliser efficacement le traçage épidémiologique de toute maladie contagieuse et le recueil des informations actualisées avec les zones touchées.

3. Défis relatifs au sous système financement.

Dans le cadre son plan de riposte à l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola, Le Ministère de la Santé a élaboré un plan de financement avec un budget de deux milliards de francs Ces fonds pourront servir à acquérir , des équipements de protection individuelle et de matériels de prévention des infections, à l’achat de fournitures et de médicaments de première nécessité de même qu’à financer la formation des personnels de santé, , la communication, le renforcement de la surveillance épidémiologique, la logistique roulante, le matériel de gestion des données sanitaires.
L’apparition de la maladie impacte négativement sur notre économie nationale au niveau des secteurs les plus porteurs de croissance à savoir le tourisme et l’exportation de produits halieutiques et agricoles.

4. Défis relatifs au sous système ressources humaines

C’est la qualité et la quantité du capital humain qui constituent la pierre angulaire de la performance du système de santé. Dans la lutte contre l’épidémie de virus Ebola, les professionnels de santé sont en première ligne.
Les autorités sanitaires auront à cœur de soutenir le personnel médical dans la lutte contre l'épidémie en leur fournissant du matériel de protection approprié, en leur donnant accès aux équipements nécessaires, en les rémunérant à la mesure de la tâche héroïque qu'ils accomplissent et mettant immédiatement à leur disposition les meilleurs soins, si eux aussi contractent la maladie à leur tour.
À moyen et long termes, des activités de formation et de renforcement des capacités de tous les personnels de santé, notamment les épidémiologistes, les infirmiers et infirmières, les cliniciens, les spécialistes de l’hygiène devront être menées. Le renforcement des capacités couvrira les domaines de la surveillance, la prise en charge des cas, la prévention et le contrôle de l’infection.
5. Défis relatifs au sous système Prestation des services de santé

La plupart des hôpitaux de notre pays ne disposent pas d’unités d’isolement pour faire face à la menace de propagation du virus Ebola. Le Ministère a identifié des sites de prise en charge (ex : Services des Maladies Infectieuses de Fann). Les structures de santé ont été dotées de matériel de protection individuelle pour éviter la transmission au niveau du personnel de soins. Les enjeux de cette maladie nécessitent la mise à disposition de matériels médicaux, en particulier au profit des agents qui en ont besoin à juste titre, notamment les personnels de santé, les techniciens de laboratoire, les agents de nettoyage, le personnel d’inhumation, qui peuvent entrer en contact avec des personnes infectées ou des objets contaminés.

Des mesures devront être prise pour l’acquisition d’incinérateurs et l’amélioration des pratiques de gestion des déchets et d’autres équipements et matériels, ainsi que le renforcement des capacités des laboratoires, dans le cadre de la lutte de long terme contre les maladies à potentiel épidémique.


7. Défis relatifs au sous système Médicaments Vaccins et technologies médicales.

Aucun traitement n'a encore confirmé son efficacité contre les infections humaines du virus Ebola. De nouveaux traitements médicamenteux ont donné des résultats prometteurs et viennent de recevoir une autorisation spéciale de l’OMS pour être utilisés. Plusieurs vaccins sont en cours d’essai. Si la diversité des cas (traitement peu de temps après l'infection ou après apparition des symptômes) rend difficile leur analyse, plusieurs résultats récents invitent à l'optimisme.
Notre pays Sénégal grâce leadership du Président Macky Sall et du Dr Mme Awa Marie Coll Seck a su prendre toutes ses responsabilités pour mettre fin à la transmission du virus Ebola et est cité comme modèle pour ceux qui pourraient avoir des cas importés.

Cette réussite est due aux mesures idoines prises par le Sénégal dans son Plan de lutte contre Ebola : identification, dépistage et contrôle de 74 personnes qui auraient été en contact avec le jeune étudiant, la surveillance intensifiée des frontières nationales, les campagnes d’information, d’éducation et de communication pour une meilleure sensibilisation des Sénégalais.
Au Sénégal l’étudiant guinéen, infecté par le virus d’Ebola, hospitalisé pendant deux semaines à la Clinique des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann grâce des soins intensifs de «haute qualité» a été guéri. Cette prouesse médicale, montre que la maladie à virus Ebola malgré son fort taux de létalité peut être guérie au Sénégal, pays en voie de développement avec des ressources limitées, grâce à compétence de notre personnel de santé.

Saluons la bonne gouvernance globale de notre pays, « Thi diam la leppa khathi » ,ce n’est pas un hasard que la flambée de l’épidémie ait eu lieu au Liberia le pays Charles Taylor et de Samuel Doe , en Guinée le pays de Dadis Camara et au niveau de la Sierra Leone le pays des bras coupés .

Amadou Bakhaw DIAW
Economiste de la Santé diaogo.nilsen@gmail.com
Richard –Toll Octobre 2
014

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