« Le Pse est tout sauf un plan d’émergence» Ousmane Sonko

Lundi 15 Février 2016 - 08:54

Walf Quotidien : Les réformes institutionnelles envisagées par le chef de l’Etat font débat. Quelle est la position de votre parti ?

Ousmane SONKO : Sur la question des réformes institutionnelles, nous avons une position très simple. Nous disons qu’il ne faut pas faire ce référendum. Parce qu’il faut qu’on comprenne qu’on ne peut pas s’amuser avec le peuple et avec l’argent du peuple. Nous voulons d’une réforme en profondeur. Nous ne voulons pas d’une réformette, de retouche cosmétique par rapport à la constitution et aux institutions.

C’est pourquoi, notre position, elle est très simple. Premièrement, il faut déconnecter la question de la réduction du mandat de la question de réforme des institutions. C’est deux questions diamétralement différentes. La question de la réduction du mandat est une promesse électoraliste d’un candidat entre les deux tours. C’est lui, spontanément qui s’est engagé en disant que «si je suis élu, je m’engage à ramener le mandat à cinq ans».Aujourd’hui, il est possible d’arriver à ce résultat par une simple loi constitutionnelle à déposer sur la table de l’Assemblée Nationale. Il ne faut pas maintenant qu’on estompe, l’important travail de réforme des institutions à travers la constitution. Qu’on profite d’une question de mandat pour escamoter ce travail.

La réforme qu’on nous a proposée est une réforme de rabais. Pour plusieurs raisons. Imaginez une réforme des institutions qui ne règle pas et n’aborde pas sérieusement la question de l’équilibre du pouvoir. Les pouvoirs sont déséquilibrés. Une réforme qui ne règle pas l’indépendance de la justice. Donc, il y a des questions de fond plus importantes et qui ne sont pas abordées par cette proposition du Président Macky Sall.  

«Notre mot d’ordre, c’est de dire aux citoyens de refuser le référendum tel qu’on veut vous le présenter. Parce qu’il ne produira rien de bon.» Justement, à propos de cela, il a invité la classe politique à une concertation autour de cette proposition

La concertation devait se faire en amont. On ne nous amène pas un projet ficelé pour dire concertons-nous. C’est anachronique la démarche. Parce que la Cnri a fait un travail sérieux de concertations dans les 45 départements avec une consultation citoyenne. C’est là où la concertation a été faite. C’est le rapport de la Cnri qui devrait être déposé sur la table d’une concertation avec toutes les forces vives de la Nation. Mais, ce n’est pas lui (Macky Sall), l’extraction qu’il en a faite avec son soi-disant constitutionnaliste qui va assoir les concertations. Nous n’irons jamais dans les concertations pour un projet de ce genre.

Donc, nous considérons que le Président Macky Sall se trompe s’il pense que ce sont des questions qui relèvent de sa personne ou de son patrimoine personnel. Ce sont des questions nationales. Ce que nous souhaitons, c’est qu’il déconnecte la question du mandat à celle de la réforme des institutions (…) Nous, si on est convié à une concertation sur la base de son projet, nous n’irons pas parce que c’est du sabotage. Notre mot d’ordre, c’est de dire aux citoyens de refuser le référendum tel qu’on veut vous le présenter. Parce qu’il ne produira rien de bon.

Des voix s’élèvent de plus en plus pour demander au Sénégal de se conformer à l’avis du Groupe de travail de l’Onu qui estime que Karim a été détenu arbitrairement ? Est-ce votre avis ?

Je dis d’abord pour moi, je suis contre un règlement externalisé des questions intérieures. Maintenant, je peux comprendre que des gens en arrivent à cette étape lorsqu’ils considèrent que nous ne sommes plus dans un Etat de droit. Et, que les tenants du pouvoir imposent ce qu’ils veulent. Là, j’en arrive maintenant au fond.

Le fond, c’est quoi ? C’est qu’aujourd’hui, au moment où je vous parle, le Président Macky Sall, piqué par je ne sais pas quelle mouche, a réactivé une juridiction dangereuse qu’est la Crei. Une juridiction qui ne répond à aucune norme de droit positif moderne. Une juridiction inquisitoire qui fonctionne sur la base du renversement de la charge de la preuve. Le Sénégal n’a pas besoin d’une juridiction telle que la Crei pour faire la reddition des comptes. C’est cela le fond du problème d’abord. Après, que sur cette base des procès soient tenus où les accusés n’ont pratiquement pas le minimum que prévoit l’Etat de droit et la marche de la justice. Et que des procès escamotés se fassent sans jamais qu’on ait pu nous dire à l’issu de ces procès, voilà ce que l’on a pu rapatrier au Sénégal. Parce que, c’était cela l’objectif. On a dépensé de dizaines et de dizaines de milliards dans cette traque avec des commissions rogatoires qui sont allées n’importe où et jusqu’à présent, on ne nous a pas encore dit qu’est-ce que cette traque a rapporté. Ce qui est constant, c’est que c’est une liste unicolore de personnes qu’on nous a présentée.

Mais, si on respectait les choses, le Président Macky Sall devrait être devant la Crei. Et si la Crei continue à exister, il sera devant la Crei après son mandat. Entre 2001 et 2008, Macky Sall est passé de citoyen ordinaire, moyen, locataire à milliardaire. C’est pourquoi nous ne sommes pas d’accord sur tous ces débats sur la réforme de la Crei. Il faut la maintenir telle quelle. Si  on respectait sérieusement les critères, beaucoup de proches, des ministres et autres auraient dû être traduits devant la Crei.

«80 % des projets du Pse sont attribués à des étrangers : des Marocains, des Français, etc. Ce qui fait que la richesse que devait générer les projets va être exportée
Le Plan Sénégal émergent est souvent critiqué par les opposants, alors qu’il paraît de prime abord comme un projet ambitieux…

Nous considérons que le Pse est tout sauf un plan d’émergence. Le Pse ne fera pas émerger le Sénégal. Je tiens à le dire et à le redire. Et, dans cinq ans, dix ans, quinze ans, on se retrouvera tous entre Sénégalais et nous regarder tous les yeux dans les yeux en disant que «je l’avais dit».

Pourquoi ?

Pour la simple raison que moi, quand j’apprécie le Pse, je ne m’intéresse qu’en dernier ressort aux questions des programmes. Voilà ce que l’on fait dans l’agriculture. J’analyse d’abord, un certain nombre de cadres.

Qu’est-ce que le Pse ? C’est un plan. Le Sénégal a une longue tradition de planification depuis Mamadou Dia. Le Pse est arrivé dans un contexte où il y avait d’autres plans. Je rappelle que quand le Pse est arrivé, il y avait la Stratégie de croissance accéléré qui devait arriver à échéance en 2015. Macky Sall a été élu en 2012. Rappelons qu’il a été élu sur la base du Yoonu Yokkuté ou Yoonu Yakkuté. Parce que, rapidement, ils n’en parlent plus. Il savait que ce n’était qu’un programme. C’était une profession de foi qui ne signifie rien.

Ensuite, Macky Sall a pris des engagements d’appliquer les conclusions des Assises nationales. Ce qu’il ne fait pas. Et troisièmement, rapidement, la Stratégie de croissance accélérée était en cours, le Yoonu yokkuté son programme, les conclusions des assisses nationales étaient là, il nous sort la Stratégie nationale de développement économique et social (Snde) qui n’a duré que le temps d’une rose, 2013. Et fin 2013, on nous sort le fameux Pse qui a été conçu, élaboré ici par des techniciens sénégalais du ministère des Finances mais, il a fallu aller payer 2 milliards 500 millions de Fcfa à un cabinet étranger pour faire l’habillage cosmétique.

D’abord, c’est scandaleux. Qu’est-ce que le Pse apporte de neuf par rapport aux autres plans ? Absolument rien. Quand vous faites une lecture en diagonale du Pse et de la Stratégie de croissance accélérée, ce sont les mêmes axes d’investissement, les mêmes objectifs, les mêmes taux de croissance visés. Il n’y aucune différence. Enfin le Pse, il fallait le financer et il a été financé pour une bonne partie par l’extérieur. Aujourd’hui, nous avons besoin d’aller chercher de l’argent. Et, il a fallu faire tout un tintamarre, je crois que c’était en 2014 avec une délégation pléthorique. On a transporté plus de 500 personnes qui ne savent même pas ce qu’ils allaient faire à Paris pour aller emprunter 1 700 milliards. C’est l’autre paradoxe. Parce qu’au même moment, dans ce pays, le gouvernement de Macky Sall est en train de compromettre des centaines et des centaines de milliards de recettes fiscales pour les beaux yeux du patron. Vous avez dû suivre la sortie du syndicat des impôts sur la question. Pour dire, on ne peut pas admettre qu’on ait la capacité de mobiliser 5 000 milliards par des ressources souveraines, mais on ne le fait pas.

On compromet des ressources, en permettant au ministre des Finances d’accorder des remises gracieuses, de manière anarchique, à des multinationales qui n’en ont pas besoin. En ne fiscalisant pas le secteur minier où des gens viennent extraire beaucoup d’argent pour les rapatrier, les devises, l’or et tout. En ne s’attaquant pas aux vraies questions fiscales et pendant ce temps, on s’endette. Cela, Le Président Macky Sall avait trouvé 34 % de taux d’endettement au Sénégal. Il en est à 56 % en 2015. On est dans une frénésie d’endettement. nous l’avons dénoncé depuis 2014 et personne ne nous a écoutés.

Il a fallu, il y a quelques semaines, que la Banque mondiale émette des réserves sur l’endettement du Sénégal pour que tout le monde en parle. Et, pourtant, ils disent que le taux d’endettement est soutenable. Parce que le taux de l’Uemoa est de 70 %. Mais, 70 % de quoi ? D’un pays fragile dans lequel il suffit d’avoir une mauvaise campagne arachidière pour avoir deux points de croissance en moins. Il suffit, aujourd’hui, que le prix du baril de pétrole remonte pour qu’on perde des points de croissance. La preuve, depuis que Macky Sall est là, le baril de pétrole est passé de 120, 130 dollars à 28 dollars maintenant et tous les produits qui vont avec. Parce que nous sommes dans un pays essentiellement importateur.

Et, dans ce contexte que peut valoir le Pse ? Que peut valoir le Pse lorsque le Président va signer les Accords de partenariat économique avec l’Union européenne qui nous disent «ouvrez vos frontières ! Plus de barrière douanière !». Pensez-vous que l’industriel ou l’agriculteur sénégalais peut compétir avec l’industriel allemand ou français ? Cela veut dire que toutes nos filières vont mourir. Tous les pays qui ont émergé ces dernières années ont suivi le chemin contraire : Protéger leur économie, travailler à l’émergence d’une bourgeoisie industrielle nationale.

C’est le contraire de ce que Macky Sall fait. Parce que tous les marchés du Pse à 80 % sont attribués à des étrangers : des Marocains, des Français etc. Ce qui fait que la richesse que devait générer les projets va être exportée. On va faire 6 % de taux de croissance mais 80 % de ce taux, c’est une croissance extravertie qui va sortir du Sénégal. On ne crée pas d’emplois parce que ces gens désormais importent même la main-d’œuvre.

Comment voulez-vous dans ce contexte bâtir quelque chose de sérieux. A terme, on aura quelques autoroutes qui ne sont même pas prioritaires par rapport aux impératifs du Sénégal. On aura quelques immeubles qui auront poussés à Diamniadio, un endettement chronique qui sera resté. On n’aura pas créé des emplois, un secteur économique structurel très fort, des champions locaux et des grands industriels pour pouvoir aller aborder le marché international et sous régional.

Mais, comment pouvez-vous parler d’émergence dans ces conditions ? Moi, j’appelle cela le plan Sénégal endetté,  je ne l’appelle pas le Plan Sénégal émergent. Nous considérons que les fondamentaux substantiels de l’émergence ne se retrouvent pas dans ce plan.

Propos recueillis par Georges Nesta DIOP & Adama COULIBALY  Walf Quotidien
 
 
 

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