Le « wax waqèt » est un acte de foi, de sagesse et de courage. Il n’est ni parjure, ni trahison ! Par Colonel Moumar GUEYE.

«Le malheur d’un peuple commence par le silence de ses écrivains» (A.B. Bèye)

Mardi 15 Mars 2016 - 00:06

L’impartialité, l’indépendance et la liberté d’expression étant des valeurs fondamentales chez tout écrivain ou journaliste qui se respecte, je me suis toujours abstenu de m’immiscer dans les débats partisans ! C’est ainsi que face à la diabolisation outrancière du terme wolof « wax waqèt » que certains dénomment « wax waxeet », j’ai toujours gardé le silence, malgré le sentiment de rage et de révolte qui me brulait le cœur. Et pourtant, j’ai eu à clarifier l’étymologie de cette expression dans des émissions walafal de TFM et RFM, avant les élections de 2012.


Le mal généré par le mauvais usage de cette expression et le danger engendré par sa mauvaise compréhension, m’ont contraint à réagir pour éclairer la lanterne de certains sénégalais. Le malheur d’un peuple commençant par le silence de ses écrivains, je me suis résolu à prendre ma plume pour m’adresser à tous ceux qui ignoreraient que le « wax waqèt » n’est ni mensonge, ni traitrise, ni trahison, ni abomination, si l’auteur est de bonne foi et son acte uniquement motivé par une soumission à la volonté divine.
 
Le « wax waqèt » n’est pas forcément un acte condamnable. L’histoire de l’Islam nous rappelle qu’un jour, les habitants de la Mecque ont adressé au Prophète de l’Islam (PSL) plusieurs questions relatives à l’âme « Ar ruuh », aux gens de la Caverne « Ahl al kahfi »  et Zul Qarnayni. Le Prophète leur dit : « Demain je vous donnerai la réponse ». Ce jour-là, le Prophète Mouhamed (PSL) oublia de dire « In chaa Allah » (Si Dieu le veut).


La révélation tarda à arriver pendant quinze jours, si bien que les mécréants de la Mecque commencèrent à débiter des médisances pour discréditer le Prophète de l’Islam (PSL). Quand l’Ange Djibril (ASW) descendit bien plus tard que d’habitude, le Prophète (PSL) lui dit : « Ô Djibril, tu n’es pas venu et cela m’a beaucoup manqué. Tu m’as vraiment manqué. Qu’est-ce qui t’a empêché de descendre ? Et Djibril (ASW) de répondre : « Nous ne descendons que sur ordre de ton Seigneur. À Lui appartient tout ce qui est devant nous, tout ce qui est derrière nous et tout ce qui est entre les deux. Ton Seigneur n’oublie rien ».    


Par cet exemple la révélation a enseigné au Prophète Mouhamed (PSL) de ne promettre une chose qu’en ajoutant « In chaa Allah » (Si Dieu le veut), pour que cela soit un enseignement pour les croyants. Et ne dis jamais, à propos d’une chose : « Je la ferai demain, sans ajouter « In chaa Allah » (Si Dieu le veut). (Sourate 18 Al Kahfi, v. 23 et 24). C’est après cette leçon divine adressée aux croyants que la révélation se chargea de donner les réponses attendues, au Prophète Mouhamed (PSL).
 
    Un autre exemple de « wax waqèt » m’a été conté par le grand conférencier et chef religieux Elhadj Ibrahima Sakho Elimane (qu’Allah soit Satisfait de lui). Un jour, un croyant a demandé au Prophète Mouhamed (PSL) de lui montrer sur Terre, quelqu’un qui doit aller en enfer à sa mort. Le Prophète lui demanda d’aller se placer à la porte de la mosquée. La première personne qui sortirait est destinée à l’enfer. Cela fut fait et l’homme revint le jour suivant satisfait d’avoir assouvi sa curiosité. Mais il ne s’arrêta pas là. Il demanda au Prophète Mouhamed (PSL) de lui montrer, cette fois-ci, une personne qui doit aller au Paradis. Le Prophète lui donna la même directive et l’homme alla se placer à la porte de la mosquée.


À la fin de la prière, un homme aveugle que guidait un petit garçon, fut le premier à sortir de la mosquée. Le croyant curieux se précipita alors devant le Prophète et s’écria ! « Ô toi le meilleur des créatures ! Ce que tu m’avais dit hier ne s’est pas produit. En effet, je viens de constater que l’homme qui, selon toi, devait aller en enfer hier, est le même qui doit aller au Paradis aujourd’hui. C’est cela la volonté divine, lui répondit le Prophète. En effet, hier en sortant de la mosquée, le petit garçon avait dit l’aveugle : « Papa ! Que le ciel est vaste ! Papa ! Le ciel est vraiment immense ! Ha ! si tu pouvais voir tout ça !».


En réponse à l’étonnement légitime de son fils, l’aveugle répliqua: « Vois-tu mon fils ? Quelle que soit l’immensité du ciel, la Miséricorde et la Clémence d’Allah qui l’a créé, sont encore infiniment plus immenses. Voilà pourquoi, Allah (SWT) a offert à cet homme sa Miséricorde et sa Clémence. Voilà pourquoi, l’homme qui devait aller en enfer hier, ira au Paradis demain, car la volonté divine est intervenue entretemps. Et seule volonté divine s’exécute.   
 
Dans la tradition et la culture wolof, le « wax waqèt » (retirer sa parole) est un acte d’humilité, de noblesse et de courage. C’est une forme de grande sagesse. Il n’est ni mensonge, ni reniement. Il n’est pas forcément synonyme de parjure, comme certains de nos compatriotes semblent le faire croire. Dans le cadre de la religion musulmane, c’est un acte d’humilité, de foi et de piété. Il peut être adopté pour calmer la colère et faire régner la paix et la concorde sociale. Le wax waqèt est souhaitable quand celui qui avait pris une décision se rend compte en toute humilité, qu’il ne peut plus l’appliquer de par la religion, de par les lois et règlements ou de par la volonté de la majorité du peuple. Toute personne peut adopter le wax waqèt du fait qu’elle n’a plus les moyens de tenir sa promesse, qu’elle n’en a pas le droit ou qu’elle a été obligée d’y renoncer par respect ou par égard à un ami, un parent, une autorité religieuse ou une réalité sociale.
 
En réalité, un guide qui ne fait pas de wax waqèt, quand les conditions de mise en œuvre de sa décision ne sont plus favorables ou pertinentes, représente une sorte de robot. Il devient un réel danger pour son peuple.
Il convient de souligner tout de même, que promettre une chose, en étant convaincu de ne pas respecter sa parole, ce n’est pas du « wax waqèt ». C’est du « wor », c’est à dire une abominable trahison !
 
Dans tous les cas, il est toujours plus sûr et plus sage de nuancer toute promesse humaine sur terre en n’oubliant jamais de dire: « In chaa Allah » (Si Dieu le veut).
  « L’homme propose, Dieu dispose.» (Proverbe)
 
Moumar GUEYE
Ecrivain
Email : moumar@orange.sn
 

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