MBOUMBA : A la découverte de la cité des Almamy

Situé dans le département de Podor, Mboumba se trouve à proximité du fleuve Sénégal et du marigot Doué. Cette localité, considérée comme la cité des Almamy du Fouta, est chargée d’histoires. Elle a rayonné spirituellement, culturellement et économiquement pendant plusieurs siècles. Actuellement, elle veut retrouver cette aura de son exceptionnel passé.

Jeudi 13 Juin 2013 - 11:22

MBOUMBA : A la découverte de la cité des Almamy
Perdue au cœur du département de Podor, la ville de Mboumba, distante de 580 km de Dakar, a joué un rôle important dans l’histoire du Sénégal. Cette localité, considérée comme la cité des Almamy dont les origines se perdent dans la nuit des temps, fut fondée par Sileymane Kassoum Wane. Ce dernier, venu de la Mauritanie en 1313, avait rêvé qu’un jour la cohabitation avec les Maures serait impossible, et s’y était installée. « C’est par la suite qu’il a fait venir son oncle maternel, Thierno Ibra Hamat, pour lui donner le pouvoir », a expliqué Amadou Tamimou Wane, un des natifs de cette localité. Selon lui, Mboumba, à l’origine, portait le nom de Saré Mawndé. Pourquoi ce changement de nom ? « C’est après une retraite spirituelle que Dieu a demandé à Sileymane Kassoum Wane de choisir le nom de Mboumba », explique M. Wane. Par la suite, des gens venus de partout vont s’installer dans ce royaume, vivre en parfaite intelligence et entretenir des rapports de bon voisinage, de fraternité, voire d'alliance par la voie des mariages.

Selon M. Wane, les Sérères (des Bakhoum) furent les premiers à rejoindre cette localité. « Certains sont partis vers le Sud, les autres sont restés et sont même devenus des Torodos. Leurs vestiges ont été trouvés enfouis dans le cimetière. Beaucoup de gens à Mboumba sont devenus riches en y creusant. Certains ont trouvé des canaris remplis d’argent, d’or, d’objets de valeur », a indiqué M. Wane. Mais ce sont les « Wanewanebé » qui ont véritablement marqué l’histoire de cette contrée dont le nom fait toujours vibrer. « Ils ont régné au Fouta avant l’Almamyat et ont participé à la révolution torodo pour avoir été élus plusieurs fois Almamy ». Selon de nombreux témoignages, l’Islam, à l’époque, était la religion d’État du Fouta ; et durant le règne des Torodos, une des plus grandes aristocraties du Fouta, les rois portaient le titre d’Almamy. Ces derniers étaient des érudits, des savants musulmans et de grands marabouts très puissants. Beaucoup de gens ont témoigné que trente-trois Almamys ont régné dans tout le Fouta et sept d’entre eux, qui étaient des descendants directs de Thierno Ibra Hamat, ont été couronnés à Mboumba dont le prestige et la notoriété en ont fait une véritable puissance.



Des sites classés patrimoines historiques

Le passé tumultueux de l’ancienne capitale de la Province du Lao a laissé en héritage beaucoup de vestiges. Mboumba renferme aujourd’hui des vestiges rares et des monuments importants au milieu d’un espace urbain en pleine mutation. La ville abrite la mosquée de Thierno Ibra Hamat qui est l’œuvre de son grand frère Abdou Aziz. « Ce dernier était un guerrier sanguinaire qui avait commis beaucoup de pêchés. Il avait tué beaucoup de gens. Pour se faire pardonner et obtenir la miséricorde divine, il construisit une mosquée, en faisant amener des ingénieurs de Tombouctou », a fait savoir M. Wane.
L’édifice, qui date de plus de 300 ans, a résisté au temps et continue d’être très fréquenté. Figure également sur la liste des monuments classés, le cimetière des Almamys qui se trouve au quartier Wossirdé (ne sont là que des nobles). « Ici reposent les Almamy Wane qui sont au nombre de sept. C’est un lieu sacré qui fait la fierté de tout Mboumba. C’est pourquoi l’Unesco l’a classé au rang de patrimoine historique », a indiqué Aboubackry Wane. Selon les témoignages, les femmes de certaines castes n’ont pas le droit de passer par-là pour se rendre au fleuve.



Un foyer religieux intense


Leurs tombes sont encore visibles dans ce qui fut le domicile de l’une des plus illustres familles régnantes du Fouta. Ce site clôturé par un mur n’est pas suffisamment valorisé. Le souhait des populations locales est de voir ce riche potentiel patrimonial valorisé pour conserver l’identité culturelle de la ville et promouvoir la valeur universelle exceptionnelle de ces sites. La religion est très présente dans le quotidien des populations de Mboumba. Elle rythme la vie de tous les jours. L’islamisation de la zone a démarré depuis la nuit des temps. Depuis, la ville connaît une forte progression de l’islam. Le mérite revient à tous ces érudits, hommes de Dieu, qui ont déployé des efforts considérables dans la propagation du vrai visage de l’Islam. « Siwa Diassa a islamisé une bonne partie de la Mauritanie. Son fils Ablaye Siwa Pathé Diassa était étudiant à l’université de Tombouctou. Il fut le premier Africain noir à effectuer le pèlerinage à la Mecque à pied », a noté M. Wane. Mboumba fut un pôle incontournable pour l’apprentissage des sciences religieuses et constitue, de ce fait, un lieu de rassemblement de toutes les catégories sociales des musulmans du Fouta. Aujourd’hui, les vestiges de cette islamisation sont encore intacts, malgré l’introduction de l’école française en 1901 qui va s’ouvrir aux fils et filles des autochtones et donner à la localité et ses environs des intellectuels francophones qui ont acquis une culture mixte. Aujourd’hui, l’enseignement du Coran, selon Aboubackry Wane, continue d’occuper une place centrale dans la vie de cette localité. « Des gens issus de tous les coins du Sénégal et parfois même de la Mauritanie viennent apprendre le Coran au sein des grandes familles maraboutiques », a-t-il noté. En juillet 2008, Mboumba va changer de statut pour devenir commune. Cette localité, qui regorge de cadres intellectuels, politiques, d’acteurs économiques et culturels reconnus, a presque sombré dans l’anonymat.



La localité manque presque de tout

Même si ses populations vivent de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche pratiquée dans le marigot de Doué, et freinée par la mise en place des barrages et des plantes aquatiques envahissantes, Mboumba manque aujourd’hui presque de tout et peine à sortir de l’ornière en dépit des efforts considérables fournis par les autorités locales et ses fils pour propulser son développement. Le quotidien des résidants de cette localité n’est pas rose. On y note un manque manifeste d’infrastructures routières, d’assainissement, de voirie… Ce déficit s’est transformé en un lourd fardeau. Selon les populations, les potentialités sont un atout indéniable, mais il manque l’identification, la valorisation et la promotion de ces richesses. Les attentes sont nombreuses pour les habitants de Mboumba dont le seul souhait est de sortir de cette situation précaire. Cela passe inéluctablement, selon eux, par des projets de développement, le soutien des activités des jeunes et des femmes qui ont besoin d’être accompagnés , l’alimentation en eau potable, l’assainissement, les routes, la création de nouveaux espaces destinés au commerce et aux différentes activités économiques, culturelles et sportives, etc. Même si cette ancienne province conserve toujours son intégrité et a des arguments à faire valoir, Mboumba ressemble à un astre éteint après avoir longtemps brillé. Et le combat de ses fils est de rallumer cette flamme pour que continue de briller la lumière de cet éblouissant passé, afin de permettre à Mboumba de retrouver cette aura d’un passé glorieux.

Le Soleil


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