Notes de lecture sur Premières pluies de Azo Dieng, un poète aux regards multiples et à la plume tranchante

Mercredi 7 Août 2013 - 01:43

Notes de lecture sur Premières pluies de Azo Dieng, un poète aux regards multiples et à la plume tranchante
« La poésie ne doit pas périr », rappelle  Assane Dieng, ces propos de Léopold Sédar Senghor, que le poète Alioune Badara Coulibaly aime tant répéter. Evidemment, « elle ne périra pas. Sinon, ou serait l’espoir du monde ». C’est tout le sens du combat qu’il faudrait, aujourd’hui, mener pour le bonheur de l’humanité. Dans ce monde, où l’assouvissement des désirs insatiables d’une rationalité matérialiste justifie tout ; l’instinct de dominer prime sur la logique d’égalité et d’équité, les libertés sont promues dans un système qui les limite, la surexploitation des ressources naturelles n’est plus qu’un secret de polichinelle, le monde est mené dans un univers de conflit de toute nature, l’avenir inquiète. Les poètes ont leur mot à dire ! La poésie doit être revalorisée. La  Poésie d’une Nouvelle Génération ne manquera pas de sens.
Le jeune poète l’a bien compris, car il érige la poésie au rang des lumières du monde.  Elle est sa passion, sa force,  le moyen qui lui permet d’ « étaler ses convictions ». Il est « passionné pour la belle et utile poésie » qui constitue « son sacerdoce ». Il fait de « l’agencement des rimes un culte ». Inspiré, son cœur est en fête, car illuminé et nourri par la passion, son esprit est purifié, il devient « libre de toute entrave ».
Les « Premières pluies » sont tombées. La terre de nos cœurs est arrosée. L’espoir est permis. Un recueil de poèmes, composé de deux livres. « Esquisse de poésie » (LIVRE I) et « Amour de mes nuits » (LIVRE II), comportant, chacun, 30 poèmes, présentés dans un style simple et charmeur. Plusieurs thèmes y sont abordés.
Bon nombre de poèmes sont constitués d’hymne, d’hommage et d’éloge qui témoignent, essentiellement, d’un sentiment d’admiration et de reconnaissance qui murmure au fond du poète, à l’endroit des personnes qui l’ont marqué et d’un besoin d’exprimer tout l’amour et toute l’estime qu’il porte à leur égard.  En premier lieu, figure sa mère, cette « amazone des temps modernes » qu’il glorifie dans « Gloire à toi », ainsi que son oncle qu’il gratifie d’un cadeau à l’orée de ses soixante pluies (« Soixante lauriers »).
Dans la même foulée, ses amis sont hautement célébrés avec beaucoup d’élégance, ce qui montre  l’importance que le poète accorde à l’amitié qui, pour lui « résiste au diktat du temps et transcende la distance ». Elle « est une noblesse d’âme, un arbre florissant qu’arrose la fraternité ». Elle « reconstitue les cœurs brisés, réchauffe les âmes esseulées ». Ne sommes-nous pas comblés d’admiration devant ces vers :
« Vous êtes…
L’étoile qui éclaire et illumine les nuits sombres
Le vase contenant le nectar des roses divines
Le baume qui apaise les cœurs endoloris et meurtris
La chanson de geste qui galvanise le guerrier conquérant
La pluie qui arrose et fait germer les graines de l’affection ».
De même, ceux qui ne sont plus de ce monde ne sont point oubliés. Ils sont ressuscités à travers ce recueil. « Tano Wouro », « L’illustre », « Je me souviens », « Aujourd’hui », en demeurent une poignante illustration. Ainsi, le souvenir est vivace. Il est alimenté par des moments de tristesse et de joie, de malheur et de bonheur. C’est tout le sens de la vie. Le poète en est conscient.  Cette vie est « tantôt belle », « tantôt cruelle » avec « d’inoubliables instants de bonheur et d’étapes ponctuées de malheur ».
Dans ce lot de malheur, on compte la « Pauvreté », la « Misère », la guerre, l’injustice etc. Le poète est envahi par la mélancolie, il se retrouve dans les bras rudes de l’angoisse ; l’avenir l’inquiète. Il s’interroge, il se rebelle, sa plume  devient « tranchante » et  sa poésie « grave ». Il vitupère, dénonce, crie et déballe sa colère.
Il s’attaque à « La vielle Europe » en lui rappelant l’esclavage et la colonisation, en fustigeant sa xénophobie manifeste à l’encontre des africains. Il s’érige en chantre  de  la peau « Noir » et en fervent défendeur de cette race contre toute forme d’agression. Il console ses frères africains (« A travers ces vers »), il tente de guérir leur maux. Hélas, il se rend compte que le mal ne vient pas toujours d’ailleurs.  Et quand il y pense, il se perd, il ne comprend plus rien. Il se retrouve face à un chapelet de problèmes dont la guerre fratricide, à  travers « L’Afrique meurtrie », cette terre dévalorisée et profanée, cette terre, jadis, sacralisée  « par l’esprit des ancêtres ; « bénie de Dieu et protégée des masques.  Cette « terre fertile matrice de séculaires et merveilleuses civilisations », cette « terre conservatrice  d’innombrables minerais et richesses ».
Ainsi, face à l’amertume et le désarroi, la colère le ronge comme une termite. Il s’en prend aux dirigeants qui nous plongent davantage dans les fanges de la souffrance. « NDOUMBELANE » en témoigne. Ce poème qu’il dédie à la jeunesse de son pays n’est qu’une satire du régime de l’alternance.  Ainsi, il avance :
« Au pays de Ndoumbelane les véreux sont les rois.
Palais au front impeccable et luisant jadis vu de l’extérieur
À présent fade et fissuré par les scandales. À l’intérieur
Règnent des roitelets et un véreux petit prince qui se payent la tête
Du peuple. Galère - misère - pauvreté accrue sont à la fête
Alors que Buur et sa cour se la coulent douce, se baignant dans le fleuve
Du snobisme ».
Mais, il y a, malgré tout, une chose dont on ne saurait perdre de vue : le poète ne désespère pas. Il s’engage pour un avenir meilleur en comptant sur la jeunesse. Il retrouve, en outre,  son bonheur dans l’amour dont il découvre l’existence tel « un jeune premier » et qui « peut déplacer les plus rudes montagnes », dans  les merveilles de la nature dont il est un grand admirateur et surtout dans l’inspiration et la passion poétique qui le transporte au royaume des anges. Ecoutons-le :
« Il y’a des matins où je suis féerique
Aéré, mon esprit devient poétique
(…)
Il y’a des jours où je suis un poème
Survolant les frontières tel un bohème
(…)
Il y’a des soirs où mon cœur nostalgique
Exprime ses sentiments les plus lyriques
(…)
Il y’a des nuits où je suis une poésie
Mon cœur avec frénésie
Fait battre les vers au rythme
De la douce et subtile mélodie des rimes ».
En fin de compte, Premières pluies est, au-delà d’un ramage poétique, une révolte  contre les maux qui gangrènent nos sociétés. Les poèmes sont courts, faciles à déguster. Les vers sont souples, agencés avec autant de simplicité que d’harmonie. Dire peu et bien. Voilà le charme de la poésie de Assane ! 
Bon vent au jeune poète et vive la poésie !


Abdoulaye GUISSE, Poète,
Doctorant en sciences juridiques
UGB /Saint-Louis /SENEGAL
Le 26 mai 2013

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