OPINION: L'inacceptable contre Mbow.

Depuis la remise du rapport de la CNRI au chef de l'Etat, un déchaînement d’inconvenances verbales sature l’espace médiatique, des grossièretés, à la lisière de l’insulte, et vise, particulièrement, particulièrement, le président de la structure.

Jeudi 27 Février 2014 - 17:18

Ignorance en tempête

Un déchaînement d’inconvenances verbales sature l’espace médiatique, des grossièretés, à la lisière de l’insulte, et visant, tout particulièrement, le président de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI), le Professeur Amadou Mahtar MBOW. On a du mal à comprendre les motivations d’un tel acharnement sur la personne de quelqu’un, dont aucun des actes ou déclarations publiques n’atteste d’un tort porté à aucun de ses concitoyens. L’on a du mal à trouver des justification d’intelligence aux inconvenances verbeuses et malveillances gratuites, déversées sur une personne, dont l’honorabilité et le civisme ne peuvent souffrir d’aucun doute, et qui est vierge de toute ambition politique pour lui-même, mais seulement pour le progrès de son pays et de l’Afrique, deux entités socio-économiques auxquelles il a consacré, et consacre encore, sa vie.

Le rapport, qui lui vaut tant de pénibles récriminations, n’est pas le sien, mais celui d’un groupe ad-hoc de très haut niveau, émanant de la volonté du chef de l’État, lui-même ; et l’on ne peut pas imaginer que ce grand démocrate et homme d’esprit ait pu se comporter en dictateur d’idées au sein de la structure que le chef de l’État a placée sous sa responsabilité, ou qu’il ait été le rédacteur exclusif du rapport objet de tant de controverses, prématurées en l’état présent du cycle de traitement d’un ouvrage, auquel il n’est pas sûr que ses pourfendeurs seraient en mesure de rajouter la moindre contribution en français correct et compréhensible, et pertinente en contenu.

Le professeur Mbow ne mérite pas de malveillance, ni aucun des grands Sénégalais, qui composent la CNRI. Ce qui est attendu, le moment venu, ce sont des critiques intelligentes, et intelligemment motivées, mais pas de ces tonitruances creuses, dont le seul effet sera d’affaiblir la dynamique motivante de l’exercice initiée par le chef de l’État. Il s’agit de propositions, et non de décisions imposées ; et ces propositions sont celles d’un groupe, et pas d’un individu. Et le président Mbow ne saurait être l’abcès de fixation du zèle de godillots et d’opposants en mal de relief politique.

Dans ce déluge d’insanités, l’on a entendu, sur les ondes, les propos d’un ancien ministre du régime précédent, semblant suggérer que le choix de l’ancien DG de l’UNESCO serait une méprise ; et de justifier cette opinion par des propos qu’aurait tenus, dans un Émirat du golfe, l’ambassadeur d’une puissance occidentale, au cours d’une conférence de presse. La parole de ce diplomate était ainsi servie comme ayant une propriété ontologique discréditant semel pro semper l’ancien Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO). Qu’un Africain, de surcroît, ayant occupé des fonctions d’État supérieures, recoure ainsi à l’opinion d’un étranger, pour discréditer son compatriote, avait de quoi susciter de l’inquiétude, pour trois raisons :
a) la perméabilité apparente aux conditionnements mentaux étrangers dévastateurs des ambitions positives de l’Afrique ;
le faible intérêt apparent à une période critique de l’histoire récente du monde, pour les affaires de l’Afrique, dont il ne paraît pas avoir conscience de la singularité de l’Afrique dans un contexte international, où la plupart des nations, qui ont péjoré son histoire et se présentent, aujourd’hui, en amies, ne le sont que par opportunisme d’exploitation..
la faible perception des réalités du système international, dans lequel champ de liberté d’initiative « permis » au Sud en vue d’un développement réel, impliquant l’autonomie économique et l’accroissement des capacités technologiques propres, est très limité, au point où ceux qui y tentent de « forcer les barrières », se retrouvent souvent seuls, et le payent cher.

L’action internationale de Amadou Mahtar Mbow, tout autant que d’autres éminentes personnalités du Tiers-monde, qui ont « osé » agir en faveur du progrès pour tous, est assez illustrative, et présente un intérêt préventif d’attitude, du genre de celle de notre « ancien ministre », ainsi que, et surtout, pour la jeunesse, les « born free », qui n’ont pas la connaissance de faits coloniaux et de leurs rémanences, qui constituent les obstacles au développement de l’Afrique.

Courage et bonne cause

Amadou Mahtar Mbow est devenu le 7ème Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture UNESCO) dans le contexte de la guerre froide, cette période d’après seconde guerre mondiale, de confrontation, sans conflit armé direct, entre les puissances capitalistes de l’Ouest, et communistes de l’Est. Ces deux blocs surarmés dans des alliances militaires, le Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), et le Pacte de Varsovie, respectivement, étaient constitués en agrégats d’intérêts, pour la suprématie dans la gouvernance du monde. Leur dangereuse concurrence stratégique avait investi tous les domaines, toutes les institutions internationales et to²us les continents.

Dans ce contexte, et sous l’influence du Nord, « chaque Africain a(yant) son Blanc », selon le mot savoureux de mon cousin sérère, le président Senghor, l’Afrique, aussi, était divisée en deux groupes ; d’un côté, celui des États modérés, pro-occidentaux, dit de Monrovia, et, de l’autre, le groupe des progressistes, dit de Casablanca. Cette division pseudo-idéologique a valu au continent l’échec historique du projet fédéral des États-Unis d’Afrique, en 1963, auquel il a été substitué l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), institution de coopération sans capacité exécutive, devenue Union Africaine (UA) en 2001.

Entre les deux grands blocs mondiaux, s’était constitué un regroupement informel de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine, avec, comme substrat partagé, l’affirmation d’indépendance organique des deux blocs idéologiques. Ce groupe dit des Non Alignés, en droit fil de l’esprit de l’historique Conférence de Bandoeng (Indonésie) d’Avril 1955, sera assimilé et connu comme le groupe des 77, de forte influence dans les grandes rencontres du système des Nations Unies.

Dans ce contexte, le Professeur Amadou Mahtar Mbow, militant de l’indépendance et panafricaniste, a été, avec le regretté Professeur Assane Seck, entre autres, l’un des dirigeants, du Parti du Rassemblement Africain (PRA-Sénégal), qui allait s’agréger à l’Union Progressiste Sénégalais (UPS) de Léopold Senghor et Mamadou Dia, pour donner naissance au Parti Socialiste Sénégalais (PSS).

C’est donc dans le contexte international particulièrement agité des années 70, que cet Africain, au parcours de militant politique de gauche, mais non dogmatique, et plusieurs fois ministre dans son pays, le Sénégal, était devenu le 7ème Directeur Général de UNESCO, l’Institution certainement la plus idéologique du système multilatéral, parce que champ clos d’une bataille feutrée, mais implacable, d’influence sur le Savoir. Pour les observateurs, l’arrivée du ci-devant DG Adjoint à la tête de l’Exécutif de l’institution de la place de Fontenoy à Paris, ne pouvait que traduire une volonté forte des 77, d’imprimer un virage stratégique, qui devait rompre la continuité « occidentale » de la gouvernance de l’honorable et prestigieuse Organisation, qui a prévalu depuis sa création, en 1946.

Ce citoyen d’un petit pays d’Afrique de l’Ouest « française », dont le président, l’un des animateurs emblématiques du groupe de Monrovia et pro-occidental affirmé, ne partagerait pas toutes les idées, engage une nouvelle doctrine de rééquilibrage et de partage des « ressources de l’esprit » entre petites et grandes nations du monde. Par un nouveau paradigme de coopération internationale, l’objectif du nouveau DG était de réduire l’amplitude des écarts accumulés par le Sud, et sa méthode a consisté en une forme de discrimination positive en faveur de la plus grande partie de la population mondiale, celle des nations du Tiers-monde. Une telle orientation, à l’évidence, ne pouvait pas être du goût des économies dominantes, par ailleurs, ses principaux bailleurs. Et, ils n’ont pas manqué, tout au long de ses mandats, de le lui faire sentir.

Ces grands États-membres, qui voyaient leur position dominante affectée, ne pouvaient pas, bien naturellement, tolérer la démarche de cet Africain « irraisonnable », même si sa volonté d’équité et de justice entre les nations, en faveur de la paix entre les hommes, ne traduisait que le crédo fondateur de cette grande institution, dédiée à l’éradication de la guerre par l’éducation, la science et la culture ; l’inculcation, en quelque sorte, chez tous les Hommes, de l’esprit « positif », pour parler comme les rastamen. La suite des évènements nous a édifiés sur la signification réelle des grands principes de morale internationale, auxquels ne croient, que les « naïves » petites nations, en particulier d’Afrique.

Action en tempête

Tout le monde avait assisté, alors, à l’incroyable progression d’une campagne de dénigrement, de la part de certains « grands » États-membres de l’Ouest, contre ce DG Africain de l’UNESCO, au prétexte d’une gestion insatisfaisante des ressources. Un procès en sorcellerie, contre lequel, ont été rares en sa faveur, les voix africaines, et même du Sénégal, où celle du Professeur Iba Der Thiam a été de celles qui a sauvé l’honneur. La situation vécue alors de Amadou Mahtar Mbow, ne fut qu’une récurrence historique de l’adversité, qu’ont vécue tous les Africains engagés en faveur de la liberté, de l’égalité et du progrès, toutes choses dont l’objectif final n’est, pourtant, que la promotion de la paix entre les hommes. L’histoire en fournit des exemples emblématiques.
Il a achevé sa mission à la tête de l’UNESCO, en nous laissant des accomplissements d’intérêts universels, et particulièrement profitables aux Pays les Moins Avancés (PMA), et, singulièrement, à l’Afrique Rappelons-en quelques-uns :

• L’initiative d’un Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication (NOMIC), qui a « déstabilisé » les dominations traditionnelles du Nord, avec la théorisation d’une nouvelle philosophie et d’une approche innovante du partage, dans le domaine aussi stratégique que la circulation du savoir, en tant que ressource commune à toute l’humanité Pour les économies du Sud, c’est une nouvelle philosophie participative, qui leur ouvre des perspectives de développement accéléré, par l’accroissement et la diversification de capacités sectorielles, en ressources humaines, recherche-développement matérielle et logicielle, manufacture, génération et dissémination de l’information, etc. ;

• La rédaction d’une Histoire Générale de l’Afrique, qui a permis à nos historiens les plus éminents de nous permettre de disposer d’une impressionnante vulgate de référence, des faits de l’évolution du continent, de la préhistoire aux temps modernes ;

• le Programme International de Développement de la Communication (PIDC), qui a permis d’impulser les progrès impressionnants, que nous vivons, des moyens, ressources et structures de la communications électronique et sociale, et dont ont particulièrement bénéficié les pays du Tiers-monde ; jusqu’alors campés dans un rôle de récepteurs et de consommateurs passifs de biens matériels et immatériels de communication et d’information, les pays du Sud ont pu bénéficier, de la part de ce programme, de l’expertise, et des ressources, financières, ainsi que d’équipements ; ces pays sont devenus des acteurs significatifs du domaine des technologies de l’information et de la communication, au profit d’une économie mondiale plus attentive aux besoins de toutes les catégories d’utilisateurs et de consommateurs.

• La promotion et la généralisation de la diffusion en Modulation de Fréquence (FM), par une synergie d’actions programmées de l’UNESCO et de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) ; l’accessibilité économique à la technologie de la FM a ouvert aux faibles économies du Sud le champ de l’information libre et instantanée, et contribué à la promotion de l’expression démocratique, toutes choses particulièrement profitables au développement économique et social des nations.

Dans le cadre, d’une Instituions spécialisée de l’OUA, dont j’étais en charge du département technique, le PIDC nous avait permis d’exécuter une importante étude sur la propagation des ondes radioélectriques en contexte pluvieux, d’un grand intérêt pour le continent africain. Par ailleurs, en tant que membre d’organes de programmation du développement sectoriel des transports et communications, je puis témoigner que la présence et l’appui de l’UNESCO, sous le 7ème DG, a largement contribué à la mise en œuvre d’initiatives en faveur de l’accroissement des capacités structurelles en technologies de communication et d’information dans les PMA, en général, et en Afrique, en particulier.

Viol de valeurs

Il est évident que l’implication dans des exercices de réflexion nationale, d’un homme, qui a joué un rôle aussi éminent et aussi productif pour le progrès et la paix du monde, ne peut être qu’un acte de civisme exemplaire. Sa démarche, qui ne saurait être assimilée à celle d’adversaire ou de supporter à quelque régime que ce soit, ne saurait être comprise qu’étant de constance d’une forte conviction proactive pour le progrès de son pays, en composante dynamique et exemplaire d’une Afrique libre en vocation d’unité continentale. Il ne saurait être permis de douter qu’il partage cette conviction avec toutes les respectables et honorables personnalités par lesquels a été constitué la CNRI par le président de la République.
Les propos désobligeants et les grossièretés verbeuses ne constituent pas des marques de l’intelligence proactive, dont a besoin le Sénégal et l’Afrique, et n’honorent, ni ne grandissent leurs auteurs, qui dévoilent leur nature, puis que l’on sait de quel genre d’individus la malveillance est l’arme.

La rémanence de crispations et d’antagonismes nés des Assises Nationales est perceptible dans certaines manifestations d’opinion; à présent, les uns et les autres devraient pouvoir montrer une capacité de s’en départir, pour se tourner vers le débat d’esprit, dans lequel est attendue la critique intelligente des seuls produits de l’esprit, que sont les propositions du groupe. S’agissant d’une œuvre collective, la dignité et l’honorabilité Intuitu personae de chacun des membres de la CNRI doivent être impérativement respectées et préservées.

Aux plus jeunes, qui lisent et écoutent, et auxquels doivent être donnée une éducation productive de progrès, les préparant à assumer les responsabilités dans un monde aux complexités croissantes, les adultes doivent donner des exemples positifs, constructifs, de références de ces vertus cardinales de « yar et teggin », qui font du respect des aînés un comportement de profitable sagesse de chaque groupe d’âge ; et nous devons garder à l’esprit :
• qu’aucune contingence ne saurait justifier la mauvaise parole, à l’endroit, surtout, d’un innocent,
• que, même en politique, les gens honorables le demeurent ; ils sont pondérés et tolérants,
• que, le progrès des nations est une résultante synergétique des connaissances et des expériences des hommes et des femmes de tous âges, étant entendu que seuls les sots lient l’intelligence et l’efficacité à l’âge.
Dans une société de croyants, devrait prévaloir l’esprit de tolérance, de dépassement et de fraternité constructive.

Assane Youssoufi DIALLO

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