OPINION: La gouvernance à l'épreuve du savoir.

La gouvernance pourrait être définie comme l’art de conduire les affaires de la cité.. Le concept n’est jamais énoncé sans qualificatif ; il est toujours associé à des adjectifs comme « bonne », « démocratique », « sobre », « vertueuse »,…qui, tous, évoquent des valeurs positives, porteuses de progrès économique et social et partagée par une grande partie de l’humanité.

Lundi 27 Janvier 2014 - 14:03

Ces dernières décennies, le concept de bonne gouvernance a surtout été agité pour rendre compte de la volonté de la communauté internationale de faire respecter des principes et valeurs dans la gestion des Etats Africains, pour la plupart, caractérisés par une situation de pauvreté imputable à une mal gouvernance sur une très longue période.
En effet, l’idée de bonne gouvernance est énoncée pour la première fois dans les années 90 après le constat d’échec des plans d’ajustement structurel (PAS) conduits en Afrique. Pour certains analystes, ces PAS n’avaient agi que sur les symptômes ; ils se sont attaquées aux seuls aspects économiques (le budget, les finances, le marché,…)
Fort de ce constat, la communauté internationale, à travers certaines initiatives, a voulu encourager les Etats Africains à engager des réformes politiques sans lesquelles les choix économiques aussi pertinents fussent-ils n’auraient aucune portée significative.
En Décembre 1990, l’assemblée générale des nations unies définit la stratégie pour la « 4ième décennie pour le développement » articulée autour de deux axes majeurs : respect des droits de l’homme et plus forte participation des citoyens à la vie politique et économique.
En Juin 1991, la banque mondiale énonce comme champs prioritaire des activités de réforme l’obligation de tout gouvernement de rendre compte aux citoyens, de garantir la sécurité du droit, et d’assurer la transparence des décisions gouvernementales.
Les pays riches établissent des conditionnalités pour l’accès à l’aide au développement. Désormais, elle est subordonnée au respect de critères définis par la Banque Mondiale auxquels ils ont joint l’ouverture à l’économie de marché et l’orientation de l’action gouvernementale vers le développement . Au regard de ce qui précède, la bonne gouvernance est appréciée principalement à l’aune des orientations à la fois politique et économique.
Face à ce nouvel ordre, beaucoup de pays africains ont initié des réformes (conférences nationales pour une ouverture démocratique, décentralisation plus poussée pour une plus grande participation des citoyens). … Il ressort de cette analyse que c’est sous la contrainte que ce concept de bonne gouvernance a été « opérationnalisé » par les pays africains après deux décennies de mauvaise gestion des Etats.
Au Sénégal, le service de la dette était passé, entre 1972 et 1978, de 4% à 15% de la valeur des exportations et la balance des paiements étaient devenue négative. La mauvaise gestion de la filière arachidière principale locomotive de l’économie avait conduit à un déficit de près de 100 Milliards et à la dissolution de l’ONCAD en 1980.
Dans les années 80, la mise en œuvre des PAS à travers toutes les réformes engagées dans différents secteurs (agriculture, industrie, finance,…) sous l’égide du FMI et de la Banque Mondiale, était une réponse à la faillite de l’économie du pays.
A l’analyse de l’évolution des indicateurs du développement malgré une aide au développement régulièrement consentie et à la comparaison avec d’autres pays d’égal niveau à un certain moment, on peut partager cette thèse du célèbre auteur Joseph kizerbo selon laquelle « la crise en Afrique est une crise du SAVOIR »
En effet, la bonne gouvernance repose essentiellement sur le savoir c’est-à-dire des connaissances, principes et valeurs porteurs de progrès, largement partagés par l’humanité et hérités de cultures ancestrales ainsi que de religions révélées telle que le christianisme ou l’islam.
Le Prophète Mohamed (PSL) a recommandé de chercher le SAVOIR jusqu’en CHINE. . Avant toute tentative d’interprétation de ce hadith, convenons que le savoir recouvre trois dimensions. En dehors du concept lui-même qui renvoie à la notion de connaissance, le savoir fait aussi référence au savoir faire et au savoir être qui se traduisent respectivement par la compétence et la vertu. . Il n’est pas de science qui échappe à cette réalité. Toutes les disciplines connues, depuis l’aube de l’humanité, sont construites autour de ce savoir pluriel. . En effet, ce savoir est un legs du Prophète Adam PSL à qui le Seigneur « a appris tous les noms de toutes choses » (sourate 2/ 31) pour lui conférer une prééminence sur ses autres créatures et le préparer à un statut de vicaire sur terre. Ce choix porté sur l’homme est fondé sur le seul savoir et non sur un quelque autre attribut.
Cette précision faite, je retiendrai de ce hadit deux interprétations. La première renverrait à l’idée selon laquelle le savoir n’est jamais cher payé et que pour sa quête, il ne serait pas exagéré, de se rendre au bout du monde avec tout ce que tel périple peut comporter de privations, d’obstacles et de risques. . Le Cheikh Ahmadou Bamba dira que la recherche du savoir justifierait que l’on marche avec des chaussures en fer jusqu’à leur usure totale.
La seconde lecture de ce hadit suggérerait l’existence, dans cette partie du monde certes éloignée, d’une civilisation porteuse de progrès que le monde peut méditer et partager. En effet, Allah a enseigné au Prophète Mohamed (PSL), dans le verset 13 de la Sourate 49 du Saint Coran, avoir fait des hommes, des nations et des tribus pour qu’ils se connaissent. Donc, en dépit de leur différence de confessions, de couleur, d’origines, les hommes doivent se découvrir pour s’enrichir mutuellement de leurs biens, de leurs expériences, et de leur savoir mais dans le discernement. . La mondialisation, dans son esprit, est en phase avec cette prescription divine car elle est « en un mot l’intégration de nos économies à travers les échanges commerciaux, les flux financiers, les transferts technologiques, les échanges d’information, les courants migratoires » : Alassane D. Ouattara : « les enjeux de la mondialisation pour l’Afrique », D+C, 1997, pp 8-1.
Cette même seconde lecture est implicitement partagée par des analystes du développement comme Barbara marks ou Reinold A Theil lorsqu’il compare les processus de développement des pays asiatiques et africains. . Faisant l’analyse des politiques de développement, ils ont démontré que dans des pays comme la Corée su sud, Taiwan, Singapour et avant eux le Japon, la position et le rôle de l’Etat dans l’économie étaient forts et adossés à des valeurs culturelles fondées sur la vertu. Ces valeurs sont certes des facteurs indépendants du marché mais déterminent fondamentalement le comportement des acteurs économiques et sociaux.
Barbara Marks fait remarquer que les pays asiatiques, en général « s’appuient sur des traditions culturelles qui privilégient l’ordre, la hiérarchie et la stabilité. La tradition confucianiste qui est très répandue en Asie de l’Est, encourage une éthique de la discipline, du travail, ainsi qu’un système politique stable et stratifié. Elle renforce aussi l’accent mis en Asie sur l’éducation ; laquelle est presque érigée en religion séculière dans des sociétés disciplinées et autoritaires comme la Corée et la Chine »
L’Asie doit ce modèle de développement à CONFUCIUS (vers 551-419 av J.C). La préoccupation majeure de ce leader était de faire régner l’ordre dans un Etat en éduquant et en formant des hommes qui vivent en conformité avec la morale et la vertu. Un sénégalais dirait : « yar ak tagat say doom ngir seen taxawaay tënku ci ay jiko yu sell. Il ressort de cette analyse que l’éducation et la formation visent à « formater » des citoyens en leur inculquant des valeurs porteuses de progrès. J. MICHELET considère que l’éducation est la première, la deuxième et la troisième partie de la politique car « c’est l’éducation qui, dès l’enfance forme à la vertu, et inspire aux hommes le désir passionné de devenir des citoyens accomplis en les rendant à la fois capables de commander et d’obéir conformément à la justice » (Platon « les lois)
La doctrine islamique a la même approche que nos leaders religieux ont à leur tour enseignée à leurs disciples. Ils n’ont fait que s’inspirer de la vie de leur Guide Mohamed (PSL) à qui Dieu, pour le préparer à sa mission, a ordonné d’apprendre. Plus tard, le Seigneur a loué ses seules vertus c’est-à-dire ses seules qualités humaines et morales. En conséquence, le savoir et le savoir être ont une place déterminante dans la tradition islamique et dans toutes les cultures avides de progrès. . Le premier verset qui lui est révélé commence par le mot « iqra » qui signifie « lis ! ». Cette injonction revient au début du verset 3 de la sourate 96 lorsque Dieu lui dit : « lis ! Ton Seigneur est le Très Noble », « qui a enseigné par la plume ». En effet, c’est de la plume ou autrement de l’écriture que nous vient « cet art ingénieux de peindre la parole et de parler aux yeux ; et par les traits divers de figures tracées, donner de la couleur et du corps aux pensées. », G de BREBEUF
Cet art, pratiquée en CHINE plus de quatre siècle avant Jésus Christ, sert à véhiculer le savoir et les valeurs portées par tous les leaders du monde dont les actes ont été déterminants dans la construction de l’humanité. .
L’histoire de l’humanité a montré que l’écriture traduit un besoin de partage qui transcende le temps et l’espace. Elle permet de « capitaliser » et de transmettre des connaissances, des valeurs et des compétences entre les générations et les sociétés à l’échelle de l’humanité. Elle a permis de perpétuer cette chaîne de solidarité qui existe entre les hommes de toutes les cultures.
Sous ce rapport, on s’aperçoit aussi qu’une des faiblesses dans le processus de développement en Afrique ne réside pas dans l’absence de connaissances mais tient plutôt, du fait d’une tradition orale très forte sur une longue période, à une insuffisance ou parfois à l’inexistence de support visuel pour codifier, consolider et transmettre les savoirs locaux véhiculés par les différentes langues.
Ainsi, je perçois mieux, Vingt ans après, avec l’avènement d’internet, la portée d’une idée avancée par mon professeur de philosophie M. Samba SY, pour magnifier cette solidarité. Dans un de ses cours, il est écrit en substance qu’ une science aussi révolutionnaire soit-elle est tributaire d’une somme d’efforts plus ou moins anonymes lui ayant frayé le chemin et permis de se réaliser et que par conséquent, un chercheur est redevable en grande partie à ses prédécesseurs ne serait-ce que pour l’opportunité qu’ils lui offrent de rectifier leurs erreurs.
Par extrapolation, cette affirmation s’applique à toute œuvre humaine orientée vers la transformation qualitative de la vie ; sous ce rapport, elle s’applique d’abord aux hommes politiques qui ont la charge de la conduite des affaires de la cité.
Il leur revient la lourde mission de placer le savoir, dans toutes ses dimensions, au cœur de l’Etat. Il s’agira, au nom de la bonne gouvernance, d’interroger les principes en toute circonstance et de poser des actes à la lumière des valeurs partagées par l’humanité. Sans prétendre être exhaustif, il est légitimement attendu du leader politique, après avoir élevé le SAVOIR au rang de dogme, qu’il donne l’exemple par :
- le respect des engagements pris devant le peuple au lieu de dire ma waxoon waxeet; - la promotion d’un mode de management fondé sur la concertation (le pencoo chez les wolofs ou la choura enseignée par la tradition islamique ; - le choix des hommes basé sur des critères objectifs, impersonnels et orientés vers la recherche de performances ; - le sacrifie de ses ambitions personnelles au profit de l’intérêt général,…
Toute autre attitude expose à des sanctions d’un peuple qui SAIT. Au Sénégal, le peuple a montré qu’il SAIT et nos hommes politiques, avant de verser dans des calculs politiciens, devraient méditer cette pensée de Monsieur Mouhamadou MBodj du forum civil selon laquelle : « le peuple est plus mûr que les hommes politiques et plus fort que ses institutions ».

Cette thèse rejoint une réflexion faite par un éminent prédicateur. Ce dernier affirmait en substance que, lorsque des hommes copropriétaires d’un véhicule, conviennent ensemble de se rendre quelque part et que, au bout du chemin, le conducteur prend unilatéralement la décision de les mener ailleurs, ils doivent avoir le courage de le faire descendre et de le remplacer par un autre capable de les conduire vers la destination convenue.
Cette parabole rend compte du devoir élémentaire d’un leader d’agir conformément aux principes et valeurs en vue de TRANSFORMATIONS qualitatives mais surtout de la responsabilité d’un peuple qui SAIT face aux errements de leurs dirigeants. Le citoyen est souverain dans ses choix et dans le contrôle de l’exercice du pouvoir.

Par M. Safoutia DIAGNE, Commissaire aux Enquêtes économiques, Balacoss (st louis du Sénégal

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