Oureye Thiam, journaliste à la RTS «L’ambassade de France refuse le visa aux voilées»

Sur les antennes de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS), Houreye Thiam captive l’attention. Par son habillement d’Ibadou Rahmane mais aussi, par l’animation d’émissions politiques, notamment, «Pluriel» et «Diakarlo». Fait rarissime pour une femme de médias. Très à l’aise dans sa posture inhabituelle d’interviewée, la Pikinoise retrace son cursus scolaire et universitaire et son parcours professionnel. En avocate, elle dédramatise le port du voile et s’insurge contre le refus de visas aux femmes voilées par la mission diplomatique française à Dakar. Tout cela, sous le regard bienveillant de son époux, Ballé Preira.

Mardi 27 Septembre 2011 - 12:51

Oureye Thiam, journaliste à la RTS «L’ambassade de France refuse le visa aux voilées»
Présentation

Je suis une jeune journaliste sénégalaise, née en 1980, mariée à un confrère, Ballé Preira et, mère de trois enfants. Originaire du Baol, à Mbacké, précisément, j’ai grandi dans la grande banlieue de Pikine. Après mon cursus secondaire entre les lycées Seydou Nourou Tall et Lamine Guèye, j’ai intégrée le département des Lettres modernes de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, jusqu’en licence, avant de subir une formation en journalisme, au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI). Membre de l’Association des élèves et étudiants musulmans du Sénégal et du Rassemblement islamique du Sénégal, je me spécialise, en tant que journaliste, sur les questions politiques.

Très tôt la politique…

Avant même d’être journaliste, j’ai toujours été intéressée par les questions politiques. Ce qui avait fait penser à certains que j’allais militer dans un parti politique. Mais, je préfère rester observatrice. Je suis issue d’une famille très engagée, politiquement. On y compte des militants du Rewmi, du Pds, de l’Afp, du Ps, entre autres. Ma famille est donc un condensé démocratique où cohabitent toutes les tendances politiques. J’ai débuté à la Radio Futurs Médias (RFM) et à l’Aps avant d’intégrer la Rts, médias dans lesquels, j’ai eu à traiter des sujets politiques. Je me souviens même de mon premier scoop, à la RFM, avec Idrissa Seck, en 2004, après l’agression de Talla Sylla. Recueillir la réaction de cet homme politique a été, pour moi, un intense moment de journalisme. Quand je suis venue à la RTS, les gens estimaient que c’était une chaîne publique où la politique n’était pas très bien perçue. En jeunes journalistes, nous avons considéré qu’il fallait faire de l’actualité politique, comme tout média responsable et professionnel. C’est ainsi qu’on a commencé. Malheureusement, dans ce pays, parler politique est souvent synonyme d’être politicien. Ma conviction de journaliste est qu'on peut traiter l’actualité politique, de manière très professionnelle et responsable, sans pour autant être d’un bord.

Rapports avec les supérieurs

Ce qui a été surprenant, c’est que dans les émissions politiques que j’anime, je n’ai jamais subi de pression venant de mes supérieurs hiérarchiques. Je tiens à le dire et à le souligner. En contrepartie, j’essaie d’être très responsable. Maintenant, indépendante ou libre d’esprit, l’essentiel est d’être responsable et professionnel.
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Le voile

Je souris souvent, en disant que nous constituons le nouveau visage pluriel de la télévision. C’est aussi à l’image de la société sénégalaise. Quand vous sortez dans la rue, vous voyez des filles voilées. C’est le même constat dans les institutions financières, les hôpitaux, les écoles. Nous faisons partie intégrante de cette société sénégalaise. Je ne fais pas de distinguo entre une journaliste qui porte le voile et une autre qui n’en porte pas. Je porte le voile depuis 1997. Bien avant le Bac et avant d’être journaliste. Le voile fait partie de mon identité. A la télévision, c’est également une identité visuelle. Je la revendique, je l’applique et cela ne me dérange point.

L’habit et le moine

Non, l’habit ne fait pas le moine, aussi bien chez les Ibadou que chez les autres! Peut-être que l’habit participe à l’identification du moine. Mais, au-delà de l’habit, ce sont les valeurs qu’on incarne. Ce sont nos attitudes et nos comportements, au quotidien, qui font de nous ce que nous sommes. Pour moi, le port du voile va au delà de la simple apparence. C’est ce qu’on a dans notre cœur, notre façon de nous comporter, dans nos relations avec nos amis, nos collègues, bref, les autres, qui fait de nous des musulmanes modèles.

La France et l’interdiction du port du voile intégral

Je suis choquée par cette décision. Au-delà de la France, nous avons suivi un débat ici au Sénégal où dans une école, on a voulu expulser des jeunes filles voilées. Cela fait peur! Il faut qu’on respecte les diversités, car c’est une richesse. Il ne faut pas que les uns obligent les autres à adopter une civilisation universelle, unifiée, tamisée, adaptée à tout le monde. Il faut que chacun vienne avec son plus. Maintenant, que ça se passe en France, je ne dirais pas que c’est leur pays mais, même à l’ambassade de France au Sénégal, ils ont commencé à interdire le port du voile. On refuse le visa pour la France aux voilées. Il faut que les gens prennent leur responsabilité pour éviter cela. Il ne faut pas aussi que le Sénégal se décrédibilise en copiant, en imitant ce qui se fait en France. Je pense que la France aurait pu tirer profit de cette diversité, en évitant de radicaliser les gens dans leurs positions. Quand les gens se décident à porter le voile, c’est exactement comme quelqu’un d’autre qui se décide à porter une minijupe pour sortir. Il faut ériger la tolérance en principe. Quand une fille voilée peut travailler à la Maison Blanche, chez Barack Obama, c’est parce que les Etats-Unis ont su tirer profit de cette diversité.

Le mercato médiatique


Pour le moment, je suis bien à la RTS. J’y suis entrée, il y a deux ans. A un moment, j’ai voulu quitter, à la suite d’un différend avec un directeur, tout puissant qui a pensé bloquer mon émission qui aurait dû débuter il y a deux ans. Il y a eu donc des divergences personnelles. Mais, actuellement, j’y suis et j’y reste et je n’ai aucune intention de quitter la RTS, malgré de nombreuses et alléchantes propositions. Nous sommes des jeunes avides de challenges et bénéficions de la confiance de nos supérieurs.

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