Ousmane Sonko; Président du PASTEF : "Macky Sall n'a aucune vision politique pour le Sénégal".

Connu pour son engagement au plan syndical, il a été le premier à défier les autorités du Ministères de l’Economie et des Finances en créant un syndicat au sein de la Direction Générale des Impôts et des Domaines, Ousmane Sonko a décidé, avec beaucoup d’autres sénégalais de tous horizons, de se lancer dans l’arène politique. A la tête d’un nouveau parti politique dénommé PAtriote du Senegal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité( PASTEF-LES PATRIOTES) résolument engagé dans l’opposition il porte ici un regard critique sur la gestion du pays. Entretien.

Mardi 2 Septembre 2014 - 13:44

1- Pouvez-vous nous présenter votre formation politique ?

Notre parti, Patriote du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (PASTEF – LES PATRIOTES), est une jeune formation issue d’un long processus de maturation dont le dénouement s’est fait le 4 janvier 2014 avec la tenue de l’assemblée générale constitutive à l’UCAD. Celle-ci a vu la mise en place d’un comité de pilotage provisoire (que j’ai l’honneur de présider) de 15 responsables, et qui dispose d’un mandat d’un an pour dérouler une feuille de route que l’AG lui a assignée. Les points saillants de cet agenda sont, entre autres :

Entamer et Finaliser les démarches administratives pour faire exister juridiquement le parti, finaliser les textes du parti (règlement intérieur du parti, règlement intérieur des cellules et règlement intérieur des mouvements), faire connaître le parti avec la réputation : « sérieux et différent », implanter et massifier le parti et organiser le congrès enfin.

C’est dire donc que notre parti en est qu’à l’étape de la fondation, toutes les instances sont à mettre en place progressivement (le Comité Stratégique (COS), les sections, les cellules, les mouvements). Mais en seulement deux mois d’existence, nous avons lancé beaucoup de ces chantiers avec un certain engouement de tous ceux qui rejoignent progressivement PASTEF.

2- Pourquoi la création d’un Parti Politique ?

Je dois d’abord rappeler que PASTEF est le résultat d’une longue réflexion portée, à l’origine, par un groupe de sénégalais de tous origines socio professionnelles.
Le débat a été longtemps posé de savoir s’il fallait se constituer en parti politique, rejoindre une formation existante ou simplement créer un mouvement citoyen.

La décision d’aller finalement vers un parti s’est fondée sur deux constats :
l’essentiel des questions que nous soulevions, relativement à la gestion publique et aux politiques publiques qui étaient en cours depuis l’indépendance étaient d’essence foncièrement politique et appelaient un type d’engagement conséquent. D’autant que les mouvements et autres organisations civiles ont quelques fois tous les inconvénients des partis politiques sans en avoir les avantages : d’où notre décision d’un engagement politique ;
le triste spectacle qu’offrait, et qu’offre encore l’élite politique, la même depuis plus de quarante ans, nous interdisait de rejoindre l’un de ces parti dits « grands » et que nous confondons tous dans la même médiocrité qui nous a valu tout ce retard : d’où aussi la décision de créer notre propre formation.

Celle ci se veut patriotique, comme le rappelle notre slogan : « le don de soi pour la patrie ». Elle se réclame de valeurs cardinales que sont :
le travail qui, érigé au rang de valeur incarnée par des dirigeants de qualité, se révèle source d’épanouissement individuel et collectif, au-delà de la rémunération matérielle qu’il procure ;
L’éthique : pour nous, les bases éthiques du comportement individuel, chacun peut les puiser dans la religion s’il en pratique, dans la tradition s’il y est attaché, ou, en l’absence même de référentiel axiologique, dans la simple conscience que certains actes nuisent à l’intérêt collectif et donc, dans le long terme, à soi-même ;
La fraternité qui est ce sentiment permettant de prendre conscience des autres, et de toujours tenter de concilier son intérêt propre avec l’intérêt des autres.

3- Êtes-vous dans l’opposition où dans la mouvance présidentielle ?

Notre parti se veut d’opposition radicale. Pour nous, toute la frange la plus visible de la classe politique sénégalaise obéit au même rejet de notre part, fondé sur un examen minutieux des comportements, actes et positions.
Voyez, au-delà de la mascarade des oppositions « idéologiques », nous avons au Sénégal la reproduction des mêmes systèmes qui aboutissent aux mêmes résultats. Ainsi, la même coalition qui s’était formée autour de Abdoulaye Wade et le PDS en 2000 pour destituer la PS est exactement celle qui s’est reconstituée autour de Macky Sall, douze ans plus tard, pour le départ de Wade. A la seule exception que le PS est passé cette fois ci de l’autre coté.

Autour de quel projet, quelle vision pour le Sénégal s’allient t’ils, aucune. La preuve : le Président Macky tergiverse depuis presque trois ans, allant d’un programme à l’autre (YONU YOKUTE, SNDS, PSE…) sans qu’aucun d’eux n’y trouve à redire.
Les coalitions, en réalité, ne se font qu’autour de partage de « stations », chacun ne se préoccupant que du nombre de ministères, de directions générales, d’agence, de PCA, de députés… que sont parti devra récolter, au grand détriment des véritables enjeux et des vraies préoccupations du peuple.

Le Sénégal est sérieusement pris au piège d’une élite politique sclérosée, dont la plupart aurait dû aujourd’hui figurer au musée politique, et qui continuent, même au sein de leur propre formation, à exercer un mandarinat indigne d’un mouvement organisé au 21é siècle.

4- De quoi est faite votre offre politique donc ?

Notre offre a cette différence d’être portée par des citoyens qui sont réunis autour de trois principes :
la nécessité de « démarchandiser » la politique : l’argent a pris une place inconsidérée dans la pratique politique au Sénégal, or ces citoyens n’ont aucunement l’intention de faire de l’argent leur arme de guerre. Ils ne souhaitent pas acheter des convictions, ce qu’ils souhaitent c’est convaincre par les idées, par des comportements vérifiables au quotidien, par un amour profond pour le Sénégal et par l’intime conviction que, malgré l’immensité de la tâche, il est encore possible de redresser ce pays ;
la nécessité de trouver de nouvelles voies de développement économique et social : depuis 50 ans, quels que soient les gouvernements en place, les politiques publiques empruntent les mêmes schémas, avec la même forte dépendance à l’aide extérieure. Ces schémas ont largement prouvé leur inefficacité, voire leur caractère nuisible, et il faudra du courage politique pour rompre avec eux et inventer une nouvelle gouvernance économique et sociale ; la nécessité de redéfinir le contrat sociétal qui lie les Sénégalais : depuis plusieurs années, sous l’effet de la crise économique et sociale mais aussi des manipulations politiciennes, la société sénégalaise est entrain de se déliter lentement mais sûrement. Les communautarismes (à base religieuse, confrérique, ethnique, régionaliste, etc.) augmentent, le repli sur soi grandit et l’action publique devient de plus en plus le reflet d’influences dominantes qui se succèdent, au lieu de traduire un projet national fédérateur, stable, projeté vers le futur, tout en étant respectueux des identités spécifiques.

C’est à cette nouvelle offre politique que nous vous proposons aux sénégalais, non pas nécessairement d’adhérer, mais de prêter une oreille attentive, pour juger par eux mêmes les femmes et les hommes qui l’animent, pour entendre le diagnostic qu’ils font des maux dont souffre notre pays ainsi que les solutions qu’ils proposent, pour évaluer et critiquer la qualité de leur action, pour apprécier leur sincérité et, à l’heure des choix importants pour le devenir du Sénégal, pour en tirer toutes les conséquences en se laissant guider par une seule chose : la recherche du meilleur intérêt de ce pays que nous avons en commun.

5- Quelle appréciation globale portez-vous sur la situation actuelle du pays ?

Elle est difficile comme nous le constatons tous. A la décharge du Président Sall, il fallait plus ou moins s’y attendre, vue la manière dont s’est terminé le règne du Président Wade. Ce qu’on peut par contre reprocher à l’actuel régime, c’est de ne pas être arrivé aux affaires avec une vision et un programme autre que le slogan du Yonnu Yokuté ; ensuite de ne pas avoir su poser les actes forts qui auraient donné espoir aux sénégalais.
Au lieu de cela, ils se sont livrés à de médiatiques opérations politiciennes de règlement de compte sur fonds d’instrumentalisation de la justice (alors que ceux qui poursuivent ne sont pas plus « propres » que ceux qui sont poursuivis) nous entrainant dans une justice à deux vitesses, celle des vainqueurs. Durant tout ce temps, ils ont engagé le Sénégal dans des chantiers qui, quoique important, ne constituaient pas une priorité (réformes institutionnelles et administratives, audits de toutes sortes, à l’exception notable du foncier…) au détriment de l’économie qui va très mal (agriculture, pêche, industrie…), de la santé qui n’existe plus que de nom, de l’éducation (surtout publique) qui s’enfonce d’avantage….

Le résultat est là : les sénégalais sont au bord de la déprime, et on ne leur fait miroiter que l’espoir né d’une scandaleuse opération d’endettement sous prétexte d’un plan à réaliser.
6- Quelle lecture faites-vous de la rencontre du groupe consultatif de Paris ?

Nous avons, à plusieurs occasions, exprimé la position de notre parti sur la question.
Le groupe consultatif de Paris n’est qu’un cadre de rencontre de haute représentativité pour tenter des mobiliser les acteurs et les convaincre de la pertinence du financement des priorités consensuelles et des projets structurants capables d’accroître la productivité des facteurs dans un pays (le Sénégal en l’occurrence).

Les 3729 milliards de francs CFA ont été promis sous l’une des formes suivantes :
Le prêt concessionnel : un prêt est considéré comme concessionnel lorsque l’élément don de ce prêt est d’au moins 35% (cela signifie que sur le montant emprunté, au moins 35% constituent un don au profit du pays emprunteur. Ce caractère de « concessionnalité » est souvent exigé du FMI pour les pays à faible.
⎫ Le prêt semi-concessionnel : pour ce type de prêt, l’élément don est généralement compris entre 15% et 35% du montant emprunté.
En plus de l’élément don, les autres avantages de ces deux types d’endettement sont des taux d’intérêts assez faibles autour de 2% (plus ou moins), une maturité très longue plus de 20 ans parfois avec un différé (ou période de grâce) de plusieurs années (5 ans ou plus).
⎫ Le partenariat Public-Privé à travers les contrats BOT (built-operate and transfer). Par ce procédé, le secteur privé construit une infrastructure, l’exploite et transfère la propriété de l’infrastructure à l’Etat au bout de quelques années définies à l’avance.
Ceux qui connaissent la lourdeur des procédures de décaissement des bailleurs (Banque mondiale notamment), savent que cet argent ne sera « potentiellement » disponible que dans quatre à cinq ans. C’est seulement plus tard, après un processus de mise en place des prêts, ponctué par la signature de conventions de prêt entre les créanciers et le Sénégal, que les promesses se réalisent et le financement effectif.

Mais ce qui est inquiétant, c’est de voir nos dirigeants privilégier l’endettement et la « mendicité » au détriment de l’effort interne de mobilisation de nos ressources. Sinon comment comprendre autrement toutes les largesses fiscales faites aux milieux d’affaires et pour des raisons certainement plus occultes que philanthropiques.

7- Le programme Sénégal émergent est il crédible et bien articulé ?

Le PSE tel qu’il est présenté pose plus de problèmes qu’il n’est censé en résoudre. En effet, en écoutant les autorités, on a l’impression que tous les problèmes de l’économie sénégalaise se résument à une seule chose : « l’argent ». Cela montre quelque part que ces derniers n’ont pas encore compris le mal qui nous gangrène. Or, pour guérir une maladie il faut bien la diagnostiquer d’abord, la comprendre ensuite avant de chercher les médicaments à même de la guérir. De la même manière, il convient de procéder à l’audit de notre structure économique pour comprendre pourquoi les mesures de politiques économiques les plus « généreuses » en matière d’avantages fiscaux, de dépenses publiques et de déficits budgétaires ne produisent pas les effets escomptés. La politique budgétaire du Sénégal est-elle contra-cyclique ? L’économie a-t-elle les mécanismes qui lui permettent de réagir et aller dans le sens des buts visés et des objectifs de politiques économiques fixés ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles il faut essayer de trouver des réponses avant de se lancer dans des endettements qui ne font qu’alourdir à moyen et long terme le service de la dette qui est déjà très handicapant pour une économie aussi vulnérable que la nôtre.

Il s’y ajoute qu’il ne suffit pas de récolter 3729 milliards de francs CFA (encore qu’il ne s’agit que des promesses irréalistes, eu égard à un contexte mondial caractérisé par une crise internationale qui n’a pas fini de dicter sa loi et où les économies du Nord concurrencent les pays du Sud sur le marché des fonds prêtables).

Nous dirons, pour conclure sur cette question, que le PSE n’est pas un plan en tant que tel, au sens de la planification économique. En effet, il se focalise plus sur un objectif à atteindre plutôt que sur les voies à emprunter pour y parvenir (le chemin est aussi important que la destination). Il ne propose pas de plans d’actions mesurables, quantifiables et qualifiables avec un calendrier d’activités qui pourra faciliter sa mise en œuvre (dans des délais bien définis) et son suivi-évaluation. C’est là une des conséquences de la précipitation dans laquelle il a été conçu sous la contrainte temporelle du rendez-vous de Paris et pose le problème de son opérationnalité. Voilà, entre autres, les raisons qui font que nous restons dubitatifs.
Au surplus, il n’apporte rien de neuf par rapport aux précédents documents de stratégie (DRSP, SCA, SNDS…) quant aux secteurs porteurs ciblés et la nature des projets envisagés.

8- Le Sénégal est il à même de supporter ce niveau d’endettement ?

Théoriquement oui, puisque l’encourt de la dette publique du Sénégal était de 3499 milliard en fin 2013, soit 46,7% du PIB. Pour un service de la dette de 440,85 milliards.
Il était donc bien en dessous des 70% retenus dans le cadre du pacte de convergence de l’UEMOA.
Cependant la vraie question est plutôt ailleurs, puisque, à mon avis, ces ratios posent problème à plus d’un titre.
D’abord précisons que le Sénégal s’endette depuis plusieurs décennies et n’a jamais remboursé ses dettes. C’est un cycle vicieux : on emprunte au groupe consultatif ou auprès d’autres bailleurs et, quelques années après, on repart au club de Paris, qui est différent du groupe consultatif, pour solliciter des annulations, des allègements ou des rééchelonnements de cette même dette. Ce qui prouve que le poids de la dette, nonobstant la norme UEMOA, n’est pas soutenable.

D’ailleurs, je me demande sur quoi se fonde ce plafond de 70% pour des économies aussi frêles que les nôtres qui, pour une simple mauvaise campagne agricole, peuvent perdre deux à trois points de croissance.



9- Le nouveau régime s’inscrit il dans la voie de la transparence et la bonne gouvernance ?

Vous savez, vues les conditions d’accès au pouvoir du Président SALL, faites de compromis et de compromissions avec toute sorte de milieux, la transparence ne peut être au rendez-vous. La transparence ne se limite pas à des slogans et à une « traque ». Or, il ne se passe de semaine avec son lot de scandales. Dans les temps à venir, les sénégalais seront certainement très largement servi en terme de révélations. Moi je vous dis qu’en réalité, rien n’a vraiment changé dans ce pays, sauf la démagogie politicienne servie aux populations.

10- La DGID est secouée par une crise, en tant qu’ancien Sg du SAID pour vous qu’est ce qui est à l’origine ?

D’abord je tiens à déconnecter les activités politiques avec ma profession et avec le syndicat des impôts, dont je suis encore le secrétaire général honoraire. La DGID est une administration très stratégique qui doit rester républicaine et en dehors de toutes contingence politicienne. Ce que ne fait malheureusement pas l’APR en ce moment.
Mais les revendications posées par le syndicat me semblent tout à fait légitimes. A titre d’exemple :
Les autorités ont nommé un directeur général compétent, intègre et travailleuse sans toutefois lui donner les moyens de travailler depuis six moi maintenant. Ainsi, pour des raisons connues que du Ministère de l’Economie et des Finances, et du Président certainement, la DGID est restée partiellement fonctionnelle depuis longtemps simplement parce que les nouvelles structures issues de la réforme n’étaient pas pourvues. Des directions sont restées tout ce temps sans directeurs et, conséquemment, tous les services y rattachés sans chefs ni agents fonctionnels.

Des dizaines d’agents se sont retrouvés donc au « chômage technique », victime d’un jeu inavouable.
Par ailleurs, le syndicat ne peut plus accepter que la DGID soit le point de chute politique des militants des partis au pouvoir qui, sous le prétexte de recrutement, transfert une clientèle politique ou familiale qui n’obéit à aucun des critères de compétence et de technicité que requiert notre profession.

Il y’a d’autres raisons à ce mouvement d’humeur que je me garderais d’aborder ici.
Mais fondamentalement, cette crise bien analysée trouve sa source dans la volonté d’une ancienne autorité de la DGID de continuer à la diriger depuis le ministère, ce qui est inadmissible et inacceptable.

11- Quel est votre avis sur l’acte 3 de la décentralisation ?

Notre parti, sous la plume de Elimane Pouye, un de nos cadres, a effectivement réfléchi sur cette question et constate que cette réforme n’aborde pas les véritables enjeux de la décentralisation. Je vous en livre ci après quelques aspects.
I - De l’imbroglio juridique entre la Ville et les Communes
L’article 185 de la loi 2013-10 du 28 décembre 2013 portant Code général des Collectivités Locales dispose que « les recettes de fonctionnement de la ville sont les suivantes ;
Les recettes fiscales :
a) Les produits des impôts directs ci-après, perçus sur le territoire de la ville :
o la contribution des patentes et la taxe complémentaire y afférente ;
o la contribution foncière sur les propriétés bâties.
Toutefois, les recettes citées au point a) sont perçues par la commune si les redevables exercent leurs activités dans les infrastructures et équipements marchands.
Or, l’article 195 de la même loi prévoit que « les recettes de fonctionnement de la commune sont les suivantes :
6. les recettes fiscales qui comprennent :
a) Les produits des impôts directs ci-après, perçus sur le territoire de la commune :
l’impôt du minimum fiscal ainsi que la taxe représentative de l’impôt du minimum fiscal ;
la contribution des patentes et la taxe complémentaire y afférente ;
la contribution foncière sur les propriétés bâties ;
la contribution foncière sur les propriétés non bâties ;
la surtaxe foncière sur les propriétés insuffisamment bâties ;
la contribution des licences ;
Assurément il s’agit ici d’un imbroglio sans commune mesure. Le territoire de la ville qui est en même temps celui des communes le formant (article 167.- Une Ville peut être instituée, par décret, pour mutualiser les compétences de plusieurs communes qui présentent une homogénéité territoriale) cette disposition pose deux problèmes :
soit, si l’on fait du juridisme, on peut déduire de ces deux dispositions que le redevable est assujetti à deux impôts de même nature, l’un payé à la ville, l’autre au profit de la commune ; aberration !
soit, on considère que dans les villes (comme celles de Dakar, de Thiès, de Rufisque où vous avez une commune ville et des communes d’arrondissement …) il y’a un changement de paradigme de sorte que les recettes fiscales vont directement aux communes.
Dans cette hypothèse, ce sera la mort financière des villes qui n’auront aucune recette. Cela parait inopportun compte tenu de l’aménagement du territoire qui fait que certaines communes, dans la même ville, accueillent plus de commerce que les autres du fait même du plan d’urbanisme qui dédie certains espaces de la ville aux commerces et d’autres à l’habitation et/ou aux équipements. A titre d’exemple, quand vous prenez la Ville de Dakar avec la Commune de Plateau qui accueille toutes les grandes entreprises avec peu de population (les rares sont les libanais), elle risque d’être la plus riche de Dakar (même du Sénégal !) à côté de la Commune des Parcelles au sein de la même ville qui sera la plus peuplée et sans ressources parce que disposant de peu de commerces.
Sur plan pratique, même l’Administration fiscale ne pourra mettre en application ces dispositions.
II - Les départements, des coquilles financières vides ou la distribution des peu de ressources disponibles à une clientèle politique avide !
Au-delà de la polémique politicienne sur la suppression des régions, entretenue par une classe politique à la quête de strapontin de survie, la création des départements comme ordre de collectivités pose surtout la question de leur viabilité financière.
Les Départements, à l’image des régions qu’ils ont remplacés, seront sans aucun doute des coquilles vides sans moyens de fonctionnement encore moins de ressources d’investissement. Ils sont financés de la même manière que les défuntes régions, principalement par les ressources que leur apporte l’Etat dans la répartition annuelle du Fonds de dotation de la décentralisation. L’article 194 du nouveau Code général des collectivités locales est une reprise à l’identique de l’ancien article 249 du Code des collectivités locales. Le mot département a remplacé celui de région.

Pire, le Fonds de dotation de la décentralisation qui, réparti entre 14 régions, ne suffisait même pas pour financer des dépenses de fonctionnement (aucune dépense d’investissement) va devoir être redistribué cette fois ci entre 45 départements avec des charges de fonctionnement qui vont exploser (location, carburant, salaires).
De surcroit, l’Etat lui-même va voir ses charges augmentées, notamment le Fonds de dotation de la décentralisation puisque c’est à travers ce mécanisme que les salaires des présidents de régions étaient pris en charge par l’Etat.
III - Une réforme en retard d’une décennie !

Nous avons relevé des anachronismes dans le texte, notamment sur la question de la fiscalité locale.
En effet, les dispositions des articles 185. b) et 195. e) prévoient la perception de « centimes additionnels » à diverses contributions.
Or, depuis 2004 (loi n°2004-12 du 06 février 2004 portant modification du CGI), des mesures importantes en matière de Foncier bâti et de patente ont été prise dans le double objectif de simplification du système d’imposition et de renforcement de la capacité financière des collectivités locales. Ainsi, il n’existe plus de centimes additionnels pour aucun impôt local.

Il faut rappeler que le système des centimes additionnels était une survivance de la législation d’avant indépendance où les impôts locaux actuels étaient des impôts d’Etat. Il était institué un mécanisme de financement des collectivités existantes par le biais des centimes additionnels en sus du principal qui était destiné à l’Etat.

C’est à travers la loi n°76–93 du 21 août 1976 instituant un Code Général des Impôts au Sénégal devenu indépendant que les impôts locaux vont trouver une place de choix dans la panoplie des impôts directs le Minimum fiscal, la patente et la licence permettant ainsi aux communes de disposer d’une source autonome de financement de leurs budgets. Mais en dépit de cela, les collectivités percevaient à la fois le principal et les centimes additionnels afférents à ces impôts.
Dans l’esprit d’une meilleure simplification du système fiscal mais aussi de baisser la pression fiscale sur les entreprises, les centimes additionnels sur toutes les catégories d’impôts locaux ont été supprimés.
Cela montre que le Comité de réforme ne s’est attaché d’aucune compétence en matière de fiscalité locale.
Par ailleurs, nous avons travaillé à élaborer des propositions concrètes que nous présenterons ultérieurement aux sénégalais.

12- Votre parti va t il participer aux locales et sous quelle forme ?

Pour un parti qui n’a que deux mois, les élections locales ne constituent pas une priorité. Notre priorité est plutôt à construire un grand parti national d’opposition radical. A l’implanter et la structurer sur tout le territoire. D’autant que l’instruction de notre demande de récépissé traine encore.

Cependant nous avons été contacté par beaucoup de formations, de mouvements et de personnalités en perspectives des locales. Nous examinons tout cela et n’écartons aucune hypothèse
Source : senpolitic

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1.Posté par Messie le 02/09/2014 19:52 | Alerter
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BELLE ANALYSE.
BELLE VISION.

2.Posté par Madieyna Coundoul le 02/09/2014 22:35 | Alerter
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Impressionnant de technicité. Si l'on suit bien le propos, l'émergence du Sénégal n'est pas pour demain!

3.Posté par mimi le 03/09/2014 11:43 | Alerter
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Je veux juste savoir que représente la religion dans votre formation politique? Car je sais que vous êtes "ibadou" de même que Ousmane BARRO depuis l'UGB. Votre parti n'est-il pas seulement constitué Qque de religieux? Je ne suis pas contre la religion, loin de là, mais "polistement" ou "politologuement correctement", est-ce acceptable qu'il en soit ainsi ? Ousmane BARRO le politiste sait de quoi je parle. Edifiez-nous sur cette question. Merci

4.Posté par Amadou le 04/10/2015 12:58 | Alerter
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excellent analyse mais l afrique peut s ensortir sans la france et l fmi si oui quelle consequence pour toi et pour le pays

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