PROFIL - Felwine Sarr : Un homme, plusieurs vies

Musicien, poète, écrivain et professeur d’université, Felwine Sarr, 40 ans, est aujourd’hui responsable de la nouvelle Ufr des civilisations, religions, arts et communication de l’Université Gaston Berger.

Dimanche 26 Mai 2013 - 00:00

PROFIL - Felwine Sarr : Un homme, plusieurs vies
C’est un homme avec plusieurs vies. Musicien, poète, écrivain, professeur d’économie à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Felwine Sarr est fondamentalement un homme à talents. C’est le genre de personne qui vous fascine, dès le premier contact, eu égard à la façon dont il déroule ses différentes vies sans chevauchement. Et pour certains, intrigués sans doute par ses nombreuses casquettes, ce professeur d’université répond ceci : «Mon travail et ma formation, c’est d’être un économiste, cela n’a rien à voir avec ma sensibilité artistique. Il n’y a rien fondamentalement d’anormal. On peut avoir plusieurs dimensions en soi et les cultiver. Et je crois que si on est écrivain ou littéraire, on l’est quel que soit le métier par ailleurs que l’on fait.» Une question qui revient souvent, fait remarquer Felwine Sarr. Normal. Pour le commun des mortels, il est plus rassurant de mettre les gens dans des cases et dire telle personne voici ce qu’elle est. Un conformisme auquel l’auteur des Méditations africaines se refuse de se complaire. «Je pense qu’on peut avoir plusieurs ailes et s’employer à les déployer. Après, à un moment donné, il faut de l’organisation, de la rigueur», prescrit-il.

Cet après-midi là, Felwine Sarr était l’invité de Café littéraire. Un plateau organisé tous les mois par l’institut Goethe. C’était vers 17 heures que l’intéressé, peigné et rasé de frais, affublé d’un jeans et d’une chemise bleue parfaitement raccords, a posé le pied dans le hall de l’institut. Il était venu pour présenter son dernier bébé : Médita­tions africaines. Un livre philosophique dans lequel l’auteur rumine le monde à partir d’un regard et des vérités dans un contexte précis et un lieu qu’est l’Afrique, pour proposer à l’humanité la quête de soi, de l’autre, mais aussi à interroger l’amour dans toutes ses dimensions, la morale, la spiritualité. Mais comment peut-on dans un contexte de crise et de pauvreté méditer sur des thèmes comme l’amour ou la spiritualité ? Pour Felwine Sarr, «c’est une urgence».

D’ailleurs «plus urgente que l’urgence», dit-il. L’écono­miste, qui s’occupe à penser un modèle économique, estime que le plus important, c’est moins les conditions d’existence que l’expérience de l’existence elle-même. «Il y a les conditions dans lesquelles on travaille, le confort, l’économie, les ressources mais c’est l’expérience qu’on en fait qui est fondamentale au niveau des êtres. On peut même être dans un environnement où le confort n’est pas au rendez-vous et en faire une belle expérience. Les deux vont de paire. C’est dans ce contexte difficile qu’il faut réfléchir sur ce qui est essentiel», philosophe-t-il.

Une sensibilité littéraire et artistique dès l’adolescence
L’actuel responsable de la nouvelle Ufr des civilisations, religions, arts et communication de l’Université Gaston Berger n’a pas investi le monde des lettres ex-nihilo. Depuis sa tendre adolescence dans son Nioro natal, il avait une sensibilité vers la littérature et les arts. Un amour qu’il a cultivé en même temps qu’il a poursuivi ses études. Ce qui a étonné les gens, c’est que ces projets artistiques sont arrivés à terme, à un moment où l’universitaire est connu comme économiste. «La fonction sociale, le métier n’ont pas usurpé l’individu», soutient l’artiste qui dans «105 rue Carnot», l’éveil à la poésie d’un jeune adolescent le mettait en exergue déjà. Expliquant son intérêt pour les lettres, l’artiste évoque trois chocs : la beauté du monde, le mal dans le monde et le sentiment amoureux. Ce sont ces trois éléments clés qui ont déclenché sa source d’écriture. Il dit : «En étant adolescent, je commençais déjà à écrire des récits et le reste s’est complété à travers la lecture et les rencontres jusqu’à ce j’aie eu mon propre style.»

Qu’en est-il de la musique ? Là aussi, explique le guitariste qui a gratifié le public de quelques notes de guitare : «Je me rappelle durant l’année blanche 88-89, nous étions oisifs. J’étais au Lycée Lamine Guèye et j’avais des copains qui fréquentaient le square et qui m’ont appris les premières notes de guitare.» Cerise sur le gâteau, la même période, sa mère, partie en Espagne, lui avait ramené un piano. Et c’est comme ça que «j’ai commencé à jouer du piano et tous mes copains jouaient aussi. C’est là qu’est née la pratique musicale. Comme j’écrivais, j’en suis venu rapidement à écrire des textes et à composer des chansons», raconte ce père de deux enfants. Après, c’est devenu sérieux et il a fini par monter un groupe. Felwine Sarr a sorti trois albums en France où il a vécu pendant treize ans avec une centaine de dates dans le monde entier. Cet artiste, qui fait dans l’acoustique, n’a pas encore sorti d’album dans son pays où il a commencé à taquiner la musique. Mais il compte bien y remédier. Un disque est d’ailleurs prévu pour bientôt.

Opposant au troisième mandat de Wade
Felwine Sarr, c’est aussi un contestataire. Il a été l’initiateur de «Devoirs de résistance». Un mouvement citoyen qui a dénoncé le troisième mandat de l’ex-président Abdoulaye Wade. «Nous les universitaires, nous ne pouvions pas nous taire devant ce qui était clairement une forfaiture et un non-respect de la Constitution», raconte-t-il. L’universitaire estime qu’il n’a pas le droit devant un tel forfait de rester dans le silence des amphis, de ne rien faire et de rester dans la théorie.

Après ce combat, «Devoirs de résistance» est toujours en place, mais annonce l’initiateur, il va se muer en un groupe de réflexion. «Nous sommes des universitaires, nous allons essayer de réfléchir sur les thèmes de l’éducation, de la santé, l’emploi et trouver des solutions», indique l’universitaire qui qualifie pour l’instant le bilan de Macky Sall de mi-figue mi-raisin. «Un an, ce n’est pas suffisant mais ça indique des signaux. Ce que nous attendons n’est pas au rendez-vous», prévient-il, en observateur averti de son temps.

Sudonline

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