Paludisme : quand Marine Le Pen s’attaque aux essais cliniques de l’Institut Pasteur de Lille au Sénégal ….

Mardi 8 Décembre 2015 - 19:27

Premier impact économique annoncé dans le cas où le Front National gagnerait les élections régionales en Nord Pas de Calais Picardie. Marine Le Pen, dirigeante du FN, qui espère obtenir dimanche prochain le mandat de Présidente de Région a affirmé qu’elle entendait supprimer toute la coopération internationale de la région en cas de victoire de son parti. Des propos jugés indignes par la secrétaire d’Etat au Développement Annick Girardin. Mais qui au final pourraient nous mener à des dossiers extrêmement intéressants liés à l’industrie pharmaceutique, si on prend la peine de fouiller un peu ….

S’exprimant lundi sur RMC, Marine Le Pen a déclaré que « ce n’est pas du tout le rôle de la région que de payer des moustiquaires aux détenus au Sénégal dans le cadre de la lutte contre le paludisme« . Ajoutant « dans notre région où les maladies graves et le cancer notamment font des ravages, les enfants autistes, on est obligés de les envoyer en Belgique parce qu’on n’a pas de structures pour les accueillir ».

Ou quand Marine Le Pen s’attaque – sans le savoir ? – aux essais cliniques de l‘industrie pharmaceutique de Nord pas de Calais …. vaste sujet ….

« Je vais supprimer toute la coopération internationale » a-t-elle tout de go affirmée, se voyant d’ores et déjà vainqueur, étant certes arrivée en tête dans cette région avec plus de 40% des voix lors du premier tour des élections régionales. Selon elle, chaque euro dépensé devra être un euro utile pour la région et les habitants. Sous-entendant que tel n’était pas le cas à l’heure actuelle.

« Ces propos sont totalement indignes et en total décalage avec la réalité« , a réagi quant à elle la secrétaire d’Etat au Développement. Annick Girardin ajoutant que la coopération internationale menée par les régions, notamment le Nord, faisait « profiter des dizaines d’entreprises » – sans toutefois les nommer – et que « des centaines de jeunes » profitaient des formations dans ce secteur. « Supprimer l’aide au développement, c’est construire un monde encore plus inégalitaire« , a par ailleurs affirmé Mme Girardin. Tout en soulignant la contradiction entre les propos de Marine Le Pen et ceux de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, laquelle a affirmé fin novembre devant l’Assemblée nationale être opposée à la baisse de la part accordée par la France à l’aide au développement.

A l’heure actuelle, la Région Nord pas de Calais mène quant à elle une série de projets de coopération au Mali, au Sénégal, à Madagascar, au Brésil mais aussi dans la région polonaise de Silésie. L’enveloppe attribuée à ces projets est de moins de 6 millions d’euros sur un budget total de 1,7 milliard, si l’on en croit les données officielles.

« Au travers de la coopération décentralisée, la Région est engagée dans des partenariats avec d’autres régions du monde, sur des enjeux d’aménagement du territoire et de développement durable, impliquant les collectivités, les acteurs des territoires (Institutions, associations, ONG, entreprises, universités, hôpitaux, lycées et les populations concernées », précise pour sa part le site internet de la Région Nord Pas de Calais.

- Espoir pour la santé : une ONG liée à l’Institut pasteur de Lille pour essais cliniques et tests de vaccins

S’agissant de l’aide de la région Nord pas de Calais envers le Sénégal dans le cadre de la lutte contre le paludisme, il n’est pas inutile de rappeler les éléments ci-après : Espoir pour la santé (EPLS) est une organisation non gouvernementale sénégalaise regroupant des scientifiques, médecins, ingénieurs, techniciens et administratifs du Sénégal et de France, dont le but officiel est de lutter contre deux grands fléaux infectieux qui pèsent sur les populations de la vallée du fleuve Sénégal : la bilharziose et le paludisme. Sa recherche est dédiée à la mise en place de nouveaux outils de lutte contre ces deux maladies graves, nous est-il précisé.

En mars 1990, à la demande des autorités sénégalaises et du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, une mission d’étude de l’Institut Pasteur de Lille, s’est rendue dans la région de Saint-Louis au Sénégal, en raison de l’épidémie de bilharziose qui y sévissait. De cette mission naquit le programme ESPOIR qui pendant près de 15 ans réalisa de grands programmes de recherche en collaboration avec les scientifiques et médecins sénégalais. Lesquelles furent soutenues par l’Union européenne, le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, le ministère français des Affaires étrangères, l’OMS. Tout de même …

Par filiation directe, ce programme a donné lieu à la constitution de l’association sénégalaise ESPOIR Pour La Santé (EPLS). Cette association, devenue ONG depuis juillet 2008, agissant sous la tutelle du Ministère de la Santé et de la Prévention Médicale du Sénégal, a ainsi accru ses capacités de recherche et d’actions tout en préservant les qualités scientifiques et médicales qui assurent ses fondements, ajoute-t-on pour nous rassurer.

EPLS dédie ses activités à la recherche clinique sur les endémies parasitaires présentes dans la vallée du fleuve Sénégal. Les programmes de recherche entrepris intéressent le domaine fondamental jusqu’au domaine des essais cliniques pour le diagnostic, la thérapie et la prévention (vaccins). Ou quand la population sénégalaise permet de réaliser des essais cliniques à moindres frais, sous couvert d’aide médicale internationale, nombre de Sénégalais sont de moins en moins dupes …

L’ONG accueille des scientifiques issus notamment de l’université Cheikh Anta Diop (Dakar), de l’IRD de Dakar et de Montpellier, de l’Institut Pasteur de Dakar, de l’Inserm, du CNRS, de l’Institut Pasteur de Lille, de la Faculté de Pharmacie de Lille, du CHRU de Lille. Au final, EPLS est une structure certifiée par l’Inserm et la CRO Quintiles pour la réalisation d’essais cliniques. Tout en s’investissant parallèlement dans la formation d’étudiants. Des essais cliniques sur des patients non rémunérés via une main d’oeuvre payé à moindres coûts que sont stagiaires et étudiants ? … allez savoir …

EPLS a choisi d’être une organisation non gouvernementale sénégalaise pour pouvoir assurer son indépendance dans les choix d’orientation d’une recherche clinique la mieux adaptée au contexte du terrain, précise par ailleurs l’ONG …. encore une fois pour nous rassurer. C’est donc qu’on pourrait être en droit d’en douter ?

- Quand la coopération décentralisée Sénégal / Nord Pas de Calais permet de réaliser les essais cliniques d’un vaccin

Le très officiel site de la Commission Nationale de la Coopération décentralisée nous apprend pour sa part que la coordination interrégionale a été sollicitée par la Région Nord-Pas de Calais pour participer à la dernière phase d’essais cliniques du vaccin Bilhvax contre la bilharziose.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la bilharziose est directement responsable du décès de 11000 personnes par an et provoque, par ailleurs, des lésions dramatiques (destruction des reins, cancer de l’arbre urinaire, anémie voire stérilité définitive) qui conduisaient avant 2008 au décès de 500 000 personnes chaque année. Au total, la bilharziose concerne 600 millions de personnes dans le monde et en majorité les enfants.

Cette maladie parasitaire, qui est la plus répandue après le paludisme, se rencontre essentiellement dans les pays où les infrastructures de santé, d’hygiène et d’accès à l’eau potable sont déficitaires ; elle est présente dans 75 pays dans le monde ; l’Afrique subsaharienne est particulièrement touchée, et notamment le bassin du fleuve Sénégal. Or, le seul traitement existant en 2008 consistait en une chimiothérapie qui a des limites en terme de coût et surtout, de plus en plus, en terme de résistance.

Depuis 1990, la Région Nord-Pas de Calais soutient, avec l’Union européenne et le Ministère des Affaires Etrangères, une équipe de l’INSERM de Lille et de l’Institut Pasteur qui a créé en Nord-Pas de Calais et à Saint-Louis du Sénégal un double pôle de recherche (terrain et clinique) destiné à trouver les meilleures solutions thérapeutiques et préventives à la bilharziose.

L’INSERM a été maître d’ouvrage d’une dernière phase d’essais cliniques du vaccin anti-parasitaire «Bilhvax» dont la maîtrise d’œuvre a été assurée par la Délégation Régionale de Nord-Pas de Calais via des accords conclus en 2008. Ce projet portait notamment sur l’organisation du programme d’essais cliniques et de l’étude clinique sur le terrain, la rénovation de structures sanitaires locales, la formation des cadres médicaux sénégalais et des équipes de terrains, l’information des partenaires et des autorités et l’appui aux populations vaccinées.

Le coût total du projet qui devait être réalisé sur 5 ans à partir de 2008 est évalué à la somme de 9 780 630 euros. La Région Midi-Pyrénées étant quant à elle sollicitée à hauteur de 125 000 € sur 5 ans. Les autres partenaires financiers étant d’une part pour le secteur public : Région Nord-Pas de Calais ( 5 000 000 €), INSERM (1 500 000 €), Ministère des Affaires Etrangères (450 000 €), Région Wallonne (300 000 €), Principauté de Monaco (450 000 €), Agence de l’Eau Artois Picardie (250 000 €), Agence de l’Eau Adour Garonne (125 000 €), Agence de l’Eau Seine Normandie (25 000 €), les Régions de Saint-Louis et Rhône-Alpes devant également apporter leur contribution.

Figuraient d’autre part pour le secteur privé : Veolia (1 000 000 €), un mécène de Monaco (450 000 €), la société Lesaffre de Lille (100 000 €) et au Sénégal, la Fondation Sonatel (Orange) (100 000 €), ainsi qu’un groupement d’entreprises ( 305 630 €).

« La course au vaccin est lancée » affirmait ainsi en août 2014 le journal La Voix du Nord, relayant les propos de Gilles Riveau, directeur de recherches au CNRS et directeur général du centre de recherche biomédicale Espoir pour la santé, lequel affirmait alors : « le Bilhvax (en phase III) vient d’être testé à grande échelle sur des enfants de la région de Saint-Louis au Sénégal ».

- Institut pasteur de Lille et fondation Bill Gates partenaires au Sénégal pour lutter contre la bilharziose

Le 6 août dernier, un communiqué de l’Institut Pasteur de Lille nous apprenait que le centre de recherche biomédicale sénégalais « Espoir pour la santé » (CRB EPLS), dirigé par le docteur Gilles Riveau, chercheur CNRS à l’Institut Pasteur de Lille, expérimentait avec des équipes de recherche américaines , la réintroduction de langoustines dans les fleuves africains pour lutter contre la bilharziose, une maladie parasitaire invalidante et mortelle.

La première étude a été en partie financée par la Fondation Bill et Melinda Gates, les Instituts nationaux américains de la santé (NIH) et la Fondation nationale des Sciences aux Etats-Unis. Tous les acteurs du nouveau projet sont regroupés au sein du réseau UpStream Alliance3 toujours soutenu par la Fondation Bill et Melinda Gates et par les Grands Challenges du Canada pour la partie aquaculture.

Au sein du Centre d’infection et d’immunité de Lille, le laboratoire dirigé par le Dr Gilles Riveau à l’Institut Pasteur de Lille travaille depuis plus de 20 ans sur des problématiques de santé touchant les populations du Sénégal, et ce à travers des études épidémiologiques et cliniques menées sur place par le Centre de recherche biomédicale Espoir pour la santé. Depuis 2013, une convention cadre associe le centre EPLS à l’Institut Pasteur de Lille précise par ailleurs le communiqué.

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Marine Le Pen aurait peut être dû se renseigner avant de décrier de tels projets … car au final, ce sont peut-être les groupes pharmaceutiques et associés qui s’avèrent être autant bénéficiaires – voire plus – que la population sénégalaise, laquelle si on n’y prenait garde pourrait passer pour des cobayes bien utiles aux recherches et laboratoires pharmaceutiques …

Le scandale pourrait ne pas être celui qu’on croit …

Elisabeth Studer – 7 décembre 2015 – www.leblogfinance.com

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1.Posté par Herpin le 10/12/2015 06:30 | Alerter
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Y a vraiment rien a attendre de bon des candidats de ce parti d'extrême droite. et on pourrait s'attendre au pire. Mais faisons confiance aux électeurs pour leur votre au 2ème tour et félicitations aux candidats de gauche qui retire leur liste pour contre carré l'élection de cette dangereuse candidate pour notre "bien vivre ensemble".

2.Posté par Une patriote le 11/12/2015 15:32 | Alerter
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Une vraie plaie cette Marine Le Pen!!!!

3.Posté par Docteur Gilles Riveau le 14/12/2015 10:58 | Alerter
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Il est crucial de travailler à l’information des citoyens faut-il encore ne pas faire de la mauvaise information… La déontologie journalistique oblige à une investigation consciencieuse et rigoureuse, ce qui ne semble pas être le cas ici dans cet article.
Je prends donc en tant que personne citée dans l’article, le droit de réponse.

Le Centre de Recherche Biomédicale EPLS que je dirige, situé à Saint Louis du Sénégal, est assujetti aux réglementations internationales ICH assurant que les investigations cliniques entreprises sont réalisées suivant les normes éthiques internationales (OMS/ICH). Ces règles obligatoires d’éthique ont été mises en place il y a plus de dix ans et sont actualisées tous les ans. Notre centre est régulièrement audité par l’OMS et le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale du Sénégal à ce sujet.
Tous études et essais cliniques réalisées sur le sol Sénégalais sont effectuées sous la responsabilité entière du Ministère après soumission et analyse du protocole d’étude. Suggérer que ces études supportent des libertés ne répondant pas aux règles de l’éthique internationale, est une insulte à l’état Sénégalais. Il faut savoir que le Comité National d’Ethique pour la Recherche en Santé (CNERS) du Sénégal est certainement le comité d’éthique le plus reconnu d’Afrique de l’Ouest, sa rigueur et son intégrité étant avérées dans le monde entier. Oublions donc ces funestes divagations, sous-entendus et délires présents dans l’article aux sujets de patients Sénégalais « utilisés » sans compensation et « cobayes » sacrifiés dans des essais cliniques au profit de forces financières obscures.
De ce fait, je souhaiterais donc contredire l’implication de la « Big Pharma » dans le développement de vaccins contre la bilharziose, considérée à juste titre comme maladie négligée. Cette maladie parasitaire chronique afflige les populations rurales de millions de personnes. Ces populations touchées par ce parasite tropical représentent les couches sociales les plus démunies des pays en développement. Pensez-vous qu’elles représentent un quelconque pouvoir d’achat pour les entreprises pharmaceutiques ? Bien sûr que non ! Ainsi, ces entreprises n’ont jamais accepté de s’impliquer dans le développement de tels vaccins, poussant alors les institutions publiques, comme la Région Nord-Pas de Calais, l’Inserm, l’Institut Pasteur de Lille, l’OMS et bien d’autres, à prendre en charge par solidarité le développement d’un tel projet. Le programme Bilhvax est un programme exemplaire de citoyenneté internationale, il serait dommageable de condamné une telle initiative qui démontre que la solidarité entre les peuples peut s’entendre bien au-delà des profits financiers.

4.Posté par Xam sa bop le 14/12/2015 17:17 | Alerter
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Juste mise au point docteur. Ce vaccin est un immense espoir et la preuve qu'une politique de développement multilatérale peut marcher, contrairement à ce que beaucoup avancent...

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