Portrait du colonel Abdoulaye Aziz Ndaw : Garde à fou!

59 ans. Le colonel Abdoulaye Aziz Ndaw est un officier supérieur tenace, gonflé de princi- pes. Parano aussi.

La vie est un grand film dans lequel on met du temps à trouver son rôle. A petites foulées, il courait après sa place au générique. Cette fois-ci, il a rejoint la célébrité à coups de sprints éclairs. Depuis quelques jours, Abdoulaye Aziz Ndaw affole le monde politico-médiatique après la publication de ces deux brûlots : La mise à mort d’un officier et Pour l’honneur de la gendarmerie. Au­dace ou suicide programmé ? «C’est surtout de l’audace. Il a mesuré prudemment les risques et sait les actes qu’il pose», analyse un proche du colonel. «C’est un super soldat qui bouscule les couards et l’establishment. Il ne croit pas au pistonnage. Pour lui, tout doit se baser sur le mérite», insiste un autre officier de gendarmerie.

Samedi 19 Juillet 2014 - 11:49

La publication de ces livres rajoute un galon à sa réputation ambivalente. Dans les couloirs de la gendarmerie, le colonel est un homme craint et respecté. Il est aussi honni et repoussant. «On l’aime ou on le déteste. Avec lui, il n’y a pas de demi-mesure», répli­que une connaissance. A priori, c’est inexplicable. Ses rares partenaires le tenaient pour imprévisible, taciturne et déterminé. Mais ils n’ont vu venir cette «attaque». Comment est-ce possible ? «Il était à quelques mois de la retraite. Il pouvait se taire et sortir son livre après. On n’aurait pu rien faire. Là, c’est véritablement Ndaw : Un ceddo qui ne recule pas devant ses principes», ajoute une autre con­naissance. Au moment de faire le décompte, il risque de tout perdre. Son salaire, le prestige lié aux fonctions. «Mais il va garder son honneur. C’est le plus important», répli­que un autre interlocuteur. Agir, c’est faire face. Fina­lement, la vie des autres, leurs chagrins, leurs névroses, leurs deals, leurs intrigues, tout ce dont il a fait son fiel ces dernières années, ne serait que la nourriture de son pro­pre questionnement. Là se cacherait l’engagement du colonel Ndaw.

Il n’est pas un profiteur de malheurs. Il a pris sa part, le poids d’une vie qu’il ne sait pas aimer. On n’est pas seulement égaux devant la loi. Et l’homme, celui qui, d’habitude, prend soin de garder ses distances, ne réprime plus son besoin de parler. On a vite fait de ricaner : Il voudrait raconter sa vie et ses misères dans un livre. Il a accumulé plusieurs feuillets qu’il a enfermés dans un coffre, comme le paysan du conte chinois garde, enfermée, la boîte d’où pourrait s’échapper le dragon. L’accou­che­ment réveille trop de malheurs dans une institution qui jouissait d’une belle réputation populaire. Un frère d’armes : «C’est un courage d’un homme qui a passé son temps à régenter les brebis galeuses. Il n’a jamais reculé devant une injustice. C’est un officier véridique. C’est pour cela qu’il s’est créé beaucoup d’inimités au sein du Haut commandement de la gendarmerie.»
Thialky Ndaw

Dans les rangs de la gendarmerie, il est surnommé «Thialky». En référence à la bande dessinée de Samba Fall, il est un détective privé, chétif et teigneux. Il allait au bout de ses enquêtes. Serait-il parano ? Assis sur ses «principes», il est «clairement intransigeant». «C’est un énorme bosseur qui n’a pas froid aux yeux. Il a la culture du règlement. C’est une obsession. Il ne pouvait pas troquer cette réputation pour partager la table avec les magouilleurs et des corrompus. Ce n’est pas pour lui qu’il fait ça. Il l’a fait pour servir les générations futures et donner un courage à d’autres officiers qui sont étreints par la corruption de certains agents», ajoute un autre officier. Il doutait que ses contem­pteurs allaient lui rappeler sa vie dissolue. Il reconnaît consommer de l’alcool. Mais il n’est pas cet individu que les gens veulent peindre sous les habits d’un Polonais.

En mettant en cause un ex-Haut commandant de la gendarmerie et un ancien chef de l’Etat, le pari est osé. «Sans doute. Mais il a été au cœur du système pour savoir ce qui se passe réellement. Il a tellement effectué de missions occultes que les scandales ne pouvaient pas l’échapper. Il peut matérialiser les accusations», renchérit une con­nais­sance qui ne «revendique» aucune «amitié» avec lui. Jalousie ? Coups au bas… de l’uniforme ? «C’est possible. Dans tous les corps, la jalousie ronge les gens. Au-delà de la compétence, il y a d’autres considérations qui peuvent accélérer la carrière d’un officier. Pourtant, lui et le général Fall étaient amis et proches. Les ressorts ont été cassés par quelque chose. Ce sera difficile de cerner ce différend», poursuit-il. «Lui était prédestiné à devenir Haut-commandant de la gendarmerie. Il a fait les mêmes écoles de guerre. Mais il a su après qu’il ne sera jamais un général. On peut comprendre aussi sa frustration», ajoute un autre sous-officier.

Aujourd’hui, une longue amitié vient de se briser. Dans son livre, il se demande : «Comment vivre une amitié sincère, loyale et franche entre deux personnes que tout sépare ?» Il a finalement renoncé à cette amitié. Ces moments de joie vécue ensemble. Il ne reste que des instants de peine. Il a un goût de cendre dans la bouche. «Il s’agit d’une amitié entre deux officiers dont le vécu dans la gendarmerie ne semble pas suivre le même chemin, ni les mêmes principes encore moins les mêmes valeurs. Tout me sépare de mon ami et collègue Abdoulaye Fall, le gendarme», résume le colonel Ndaw.

Amitié brisée

Il raconte les péripéties de cette amitié avec des mots gonflés de condescendance. Elle naît un jour de mai 1979, à Melun, lorsque les deux Abdoulaye sont invités au restaurant du supermarché Casino par le lieutenant Diakhaté, un ancien enfant de troupe. «Le courant passa très vite entre nous surtout que Fall devait participer à Paris au gala des écoles. Il ne savait pas ce qu’il devait porter encore moins danser», narre le gendarme-écrivain. Elle se renforce en 1996 lorsque tous les deux se sont retrouvés une fois encore en France à l’Ecole de guerre. Nommé Haut commandant de la gendarmerie, Abdoulaye Fall appelle son ami pour le seconder. Tout les oppose. Tout s’écroule. Abdoulaye Fall reste le boss de la gendarmerie.

Lui entame une longue traversée du désert qu’il assimile à une «Mise à mort d’un officier». Il est mis au frigo et privé de tous les postes dus à son rang d’officier supérieur. Il peut
désormais conjuguer son destin au passé. Il doit traîner avec son grade de colonel à vie. Alors qu’il a étrenné ses galons depuis presqu’une décennie. Il paie ainsi son caractère de feu. «Peut-être bien», répond prudemment une autre connaissance.

Il a dédié toute sa vie à la gendarmerie. Prytanée militaire, Enoa, Ecole de gendarmerie, c’est un enfant du cru. Il est spécialisé en instruction, armement-tir, justice militaire et, surtout en renseignement. Il est témoin de plusieurs histoires : La guerre du Tchad, la grève des policiers de 1987, les évènements postélectoraux de 1988, le Liberia, la Gambie et aussi la Casamance. Il naît le 16 janvier 1955 à Dakar. Fervent mouride, il fait le daara pendant quatre années dans la brousse du Niani. Mais va rejoindre l’école française grâce à la perspicacité de sa mère. Il grandit à la Médina. L’attaché militaire de l’ambassade du Sénégal à Rome sait contourner les mines. «Autant j’ai risqué ma vie pour la défense des intérêts nationaux, autant je défendrai avec toute l’énergie requise mon honneur et mon nom», braille-t-il dans son livre. Il saura dégoupiller la grenade.

Le Quotidien

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