Pour l’épée de la non-violence...

L’Université sénégalaise souffre. Elle est malade. La formation, si on n’y prend pas garde, sera hypothéquée et l’étudiant, la principale victime, sacrifié. Son avenir serait incertain parce que les institutions financières, nos ennemis de tout temps, dictent à nos gouvernants des réformes assassines et criminelles du reste, attentatoires à l’avenir de notre pays et de notre continent. En négligeant l’éducation de la jeunesse, en faisant des économies sur l’enseignement supérieur, c’est le futur du pays qu’on sacrifie. Aujourd’hui, dans nos universités, la vérité triste et malheureuse est qu’on enseigne rarement et qu’on apprend presque plus. A terme, nos universités ne produiront que des hommes à « demi-sel ».

Dimanche 25 Mai 2014 - 23:03

L’Université sénégalaise souffre. Elle est malade. La formation, si on n’y prend pas garde, sera hypothéquée et l’étudiant, la principale victime, sacrifié. Son avenir serait incertain parce que les institutions financières, nos ennemis de tout temps, dictent à nos gouvernants des réformes assassines et criminelles du reste, attentatoires à l’avenir de notre pays et de notre continent. En négligeant l’éducation de la jeunesse, en faisant des économies sur l’enseignement supérieur, c’est le futur du pays qu’on sacrifie. Aujourd’hui, dans nos universités, la vérité triste et malheureuse est qu’on enseigne rarement et qu’on apprend presque plus. A terme, nos universités ne produiront que des hommes à « demi-sel ».
La production d’un homme à « demi-sel»
L’Etat négligerait la formation de la jeunesse. Elle ne serait pas une priorité pour lui. Il semble sérieux dans la prise en charge de l’éducation alors qu’au fond il bluffe. Au lieu de la prendre à bras le corps, le gouvernement la saisit entre les doigts comme un morceau de cake.
Ma conviction, c’est que le gouvernement du Sénégal veut vendre l’enseignement supérieur public. Il veut priver la quasi-totalité de la jeunesse d’une bonne formation en fermant les yeux sur la privatisation à pas géants des enseignements sous le prétexte fallacieux de recherche de ressources additionnelles. Ce que l’Etat souhaite, à défaut de se retirer complètement de l’enseignement supérieur, c’est d’accepter la monétarisation de la plupart des masters. Son désir c’est de faire de l’étudiant un diplômé sans culture solide donc incapable de saisir les enjeux du moment. Il veut de manière drastique réduire l’éducation en la ramenant à une simple forme d’insertion professionnelle. Son objectif est de faire de l’université une usine de fabrication d’ouvriers pour les filiales des multinationales. (http://www.ndarinfo.com/parents-eleves-et-etudiants-du-senegal-entre-trahisons-syndicales-et-complot-elitiste a8884.html).
C’est une stratégie bien pensée. L’incapacité de l’Etat à régler les problèmes des universités, la pousse à user de toutes les stratégies pour étouffer par avance toute forme de manifestation. Et pour ce faire, la méthode, presque inintelligible et imperceptible par la masse, consiste à construire un citoyen moyen avec une capacité d’analyse très limitée. La sélection dès la licence en dit long sur le procédé. L’objectif, c’est de faire en sorte que l’accès à la connaissance/savoir devienne très difficile et sélectif ; que le fossé entre les citoyens et la science, s’agrandisse (Günther Anders, 1956).
Bref, dans cette perspective de sélection imposée de manière unilatérale, l’Etat veut faire du futur citoyen, un homme à « demi-sel » (Edem Kodjo, 1985) ; une personne inculte qui n’a qu’un horizon de pensée limité et dont la pensée est bornée à des préoccupations médiocres. Le gouvernement veut instaurer par ces mesures un système de reproduction sociale. Leurs enfants sont tous ou presque dans les universités occidentales. Ils sont dans des conditions acceptables pouvant leur permettre de faire des cursus universitaires honorables. Ils ne s’arrêteront point en licence, ça au moins c’est sûr. Mais pour ce qui est du cas des enfants issus de milieux modestes, la quasi-totalité de la population étudiante, ils ne demandent que ceci : pouvoir étudier dans de bonnes conditions, rien d’autre. Une ambition légitime.
Mais en analysant les actions du gouvernement, il semble que c’est un crime que d’avoir ce dessein aujourd’hui. Est-ce un délit de revendiquer le droit d’étudier dans un cadre adéquat ? Le cycle de violences à la fois physiques, psychiques et symboliques dont les différents acteurs de l’espace universitaire sont victimes semble l’attester. Le comportement du gouvernement n’est guère rassurant. Au lieu de considérer les différents protagonistes du système comme des partenaires, il verse dans l’unilatéralisme, l’arbitraire, la menace, etc. Quant à l’étudiant, il le considère comme un impubère qu’il faut apprivoiser et à qui il faut nécessairement montrer voie. Erreur de jugement manifeste ! Les enseignants ne peuvent pas être des ennemis de l’Etat même si parfois certains d’entre eux sont pris au piège de la recette miracle : l’argent.
De la confiscation des libertés académiques à la volonté de diminution drastique des bourses en passant par l’augmentation des frais d’inscriptions, le gouvernement a fini par instaurer un méli mélo dans l’espace universitaire qui, nous l’espérons, finira autour d’une vraie table en vue de consensus forts.


Les libertés académiques de plus en plus confisquées
Aujourd’hui les universités sont dessaisies de leurs compétences, leur autonomie est remise en question. Le gouvernement veut tout contrôler, tout centraliser pour contraindre les universitaires à souffler dans la même direction que les politiques. Triste, les professeurs/intellectuels/universitaires, pour la plupart, pris au piège de l’argent et du pouvoir, se dérobent quand il faut s’exprimer sur les enjeux du moment. D’ailleurs, on les a si rarement entendus quand il a fallu se prononcer sur la forfaiture de l’Etat contre l’autonomie des universités.
Il semble que nous soyons malades de nos universitaires. Ces hommes, jadis libres, au service de la science et de la vérité, ont disparu de la scène. La lueur de leurs voix s’est assombrie. Le Sénégal est nostalgique de ces enseignants dont l’autonomie mentale est mise au service de l’amour de la vérité. Des universitaires qui se tenaient à équidistance des différentes sensibilités. Ces hommes qui par leur sagesse éclairent le peuple sur les points de discordes ; des universitaires au seul service des valeurs, des principes et de l’absolue vérité, sont devenus une denrée rare. Ils refusent d’assumer leurs responsabilités sociales. Ils ont déserté les espaces de débat. Ils se limitent dans les amphis et basta ! Ils ont renoncé en laissant le peuple entre les mains des politiciens. Certains d’entre eux se sont complètement tus et d’autres, à cause des privilèges du pouvoir sont devenus aphones en reniant leurs principes. Quand ceux qui doivent parler s’emmure dans le silence étourdissant et complice, vive les contre valeurs. D’ailleurs sur la crise actuelle, ils ne cessent d’adopter la posture du faux-fuyant.
La hausse des inscriptions et la diminution des bourses
Ce sont deux mesures contradictoires qui dénotent de la volonté du gouvernement de creuser l’écart entre l’élite et le peuple. Combien d’étudiants n’ont pas pu s’inscrire cette année en thèse ? Combien se sont endettés pour pouvoir le faire ? La somme de 75 000 F CFA, n’est pas à la portée de tous. Le gouvernement le sait, lui qui a bien voulu accorder des bourses sociales à nos modestes familles (25 000 F/trimestre durant un an). Cette situation est simplement une tentative de l’Etat pour pousser à l’abandon la quasi-totalité des jeunes issus de ces familles.
La bourse, pour la plupart des étudiants, est une impérative nécessité. Au-delà du cadre universitaire, la bourse des étudiants est mobilisée pour venir en aide à la famille. Elle contribue à l’achat de denrées de première nécessité, à l’achat de matériels didactiques pour les jeunes frères, les cousins.
Par ailleurs, elle permet à l’étudiant de retrouver une tranquillité d’esprit afin de poursuivre correctement ses études. Au-delà de la fonction socio pédagogique qu’elle remplit à l’université, elle joue un rôle on ne peut plus important dans l’accompagnement quotidienne de la famille. Tous les étudiants consciencieux le savent. Du reste, nous la considérons comme une augmentation indirecte du revenu de nos familles. Comment le gouvernement peut-il ignorer cela ? Il ne l’ignore pas, « yeufou ma tey leu » !
Que dire des conditions sociales et pédagogiques des étudiants ? Elles ne sont pas fameuses. Sur ce plan, ne devons-nous pas décrété l’échec patent du gouvernement ? La promiscuité est presque totale aussi bien au campus pédagogique qu’au campus social. D’ailleurs, les élus du peuple au premier chef, Son Excellence, doivent organiser une visite pour voir et apprécier les conditions de vie et d’étude des étudiants. Seront-ils prêts à laisser leurs filles et fils dans ces conditions ? Ce n’est pas évident.
Et quand vient le moment de contester à cause des innombrables souffrances, le gouvernement mate, brime et opprime. Aussi, n’hésite-t-il pas à transformer les universités en casernes de gendarmerie pour intimider la communauté. Pour étouffer le droit, voire le devoir de dire NON, les autorités étatiques et universitaires versent dans les menaces de sanctions. Elles instaurent et entretiennent un climat de peur et de terreur. Au lieu de trouver un cadre objectif pour discuter afin de trouver des solutions aux désaccords, elles répètent tous, tels des perroquets, « sanctions, sanctions, sanctions et force reste à la loi ». A une loi injuste, point d’obéissance. Alors oui pour la manifestation pacifique de la part des étudiants et foncièrement contre la violence sous toutes ces formes.
Brandir l’épée de la non-violence
Camarade étudiant, vouloir étudier dans de bonnes conditions est une cause juste et légitime. Elle mérite l’engagement de tous les citoyens parce qu’il s’agit du présent et de l’avenir de notre pays : les conditions de formation de la jeunesse. Les manières avec lesquelles nous l’exigeons laissent parfois à désirer. La pertinence des moyens utilisés pose un véritable problème et un réel souci. Il est temps de repenser nos stratégies de grève.
Il nous arrive d’utiliser la violence pour atteindre nos objectifs laissant derrière nous un lot de désolation qui interpelle notre conscience. La violence est-elle une arme efficace pour arriver à ses fins ? Dans certains contextes, oui mais, pas dans le notre. C’est pourquoi, nous invitons l’ensemble des camarades étudiants à toujours brandir l’épée de la non-violence contre les violences subies.
Ne répondons pas à la violence par la violence. Ne donnons pas à l’autorité la possibilité de justifier son comportement violent à la fois physique et symbolique. Ne lui donnons pas l’occasion de se faire bonne conscience. Si le gouvernement ne se rend pas compte que les mesures déjà prises à l’encontre de l’étudiant sont assez violentes au point d’envoyer les « forces de l’ordre » pour nous « violer », ayons l’intelligence de lui répondre par des manifestations pacifiques.
Changeons de méthode. Les casses, les séquestrations, les jets de pierres, les violences physiques, la destruction de biens appartenant aux privés ne nous honorent pas. Le contexte n’est pas favorable à la force des biceps mais à celle de l’argument et sur ce terrain, nous sommes assez pourvus. Un futur bâtisseur ne détruit pas les deniers publics, il les protège. C’est cela notre rôle. L’étudiant n’est pas n’importe qui, il ne peut pas se permettre n’importe quoi.
Le terrain sur lequel nous vous invitons, n’est pas un champ de sinécure, au contraire. La non-violence n’est pas du pacifisme, de l’amorphisme. C’est le pré de nobles humanistes qui se battent avec hargne et détermination, intelligence et courage pour les causes justes. La non-violence n’est pas un renoncement au conflit, ce n’est pas un renoncement à la lutte et au combat. C’est un corps à corps pacifique. Elle est plus noble que la loi du talion dont la nature développe en nous la bestialité. En effet, elle est l’arme des forts, de ceux qui résistent à leur soif de haine et à leur volonté d’en découdre avec l’autre (Sylvie Laurent, 23 juillet 2010)
C’est parce que nous avons conscience que nous avons été parfois violents que nous devons ressusciter Gandhi et Luther King pour nous servir d’aiguillon dans vos différentes luttes syndicales. La vraie grandeur, c’est être capable de force et de ne pas en faire usage. Pour triompher dans le combat de la non-violence, il faut parfois prendre des coups sans en donner, encaisser les bavures policières sans se démobiliser. Quand nous croyons à la justesse et à la légitimité de notre combat, soyons endurants et prêts à subir sans se décourager, sans abandonner, sans décamper.
A la place de la violence utilisons les moyens que nous offre la constitution. Les marches pacifiques, les sit-in, le boycott sont un ensemble de moyens efficaces s’ils sont bien pensés. N’acceptons pas le « by any means necessary » de Malcom X pour arriver à nos fins. Utilisons les moyens légaux et battons-nous dans la légalité. Les places symboliques (Universités, obélisque, monument de la renaissance, place du souvenir, de l’indépendance) sont à nos portées.
En espérant être bien compris, vivement une bonne formation pour la jeunesse sénégalaise et africaine.

Abdou Khadre SANO
SG du MEEL UGB
Membre du BEN/UJTL




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