Rupture ou somnolence en cure de nos hommes politiques: Le Sénégal à l'heure de la vérité.

Lundi 22 Juillet 2013 - 20:08

Rupture ou somnolence en cure de nos hommes politiques: Le Sénégal à l'heure de la vérité.
Il s’agit, au seuil de notre analyse, de signifier qu’on est loin de porter un procès d’intention ou de juger un travail d’un gouvernement élu il y’a de cela plus d’une année. Mais il serait quand même bien, dans un contexte de prise en charge du destin national, d’attente de réponses concrètes aux préoccupations des Sénégalais, de situer objectivement, volens nolens, les responsabilités. D’aucuns préfèrent se torpiller dans un mutisme indéfendable ou se refuser sans raison, dans un sillon de devoir de réserve.

Or si nous voulons réussir cette rupture générationnelle, la somnolence en cure de nos hommes politiques doit cesser. Le soulèvement des populations comme signe d’alarme et la volonté du peuple à braver toute forme de léthargie et d’abus les y avaient conduits, afin de combattre certains comportements scandaleux et ignobles (mensonge, corruption, tripatouillage, vol, trahison..).

On en rigole d’ailleurs ! Car même l’entrée en cure demande encore beaucoup d’abnégation pour rétablir nos patients car l’Homme est de nature têtue et autoritaire. Par conséquent, le pouvoir le rend fou et aveugle, l’avoir l’injecte une bonne dose de folie de grandeur et le savoir est très souvent utilisé sans gêne, à des fins de domination au grand dam des administrés. Laissez-moi me projeter dans l’histoire ! Vous comprendrez tant soi peu la lourdeur de la tâche et le chemin caillouteux et long que l’Afrique et plus particulièrement le Sénégal devra emprunter pour se rattraper suite à un retard accusé.

Avant même l’essor de l’économie marchande européenne dès la fin du XVe siècle qui succédait à l’économie de la Grèce antique, laquelle était largement dépendante de l’agriculture et d’un travail de production essentiellement dévolu aux basses classes et aux esclaves, l’Afrique au sud du Sahara présentait déjà une économie très dynamique bien qu’étant inséparable de la prédation. C’est pour ainsi dire que le continent a vu naître la révolution néolithique ou « l’âge de la pierre », période de la sédentarisation, de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et surtout la révolution industrielle intervenue il y’a environ 10000 à 15000 ans av.jc et qui a permis à notre génération ou au genre humain pour être plus simple, de se doter de toutes les énergies provenant du fossile, de l’électrique ou encore du fissile.

Cette période qui, aurait duré 7000 ans, marqua la première transformation des sociétés humaines est décrite comme celle de l’abondance et des meilleures conditions de vie. Bien entendu, vouloir replonger l’humanité dans cette période importante de l’histoire économique mondiale serait synonyme de manque de rigueur intellectuelle et de vision futuriste bien vrai que de nos jours, les questions économiques suscitent autant d’intérêt chez les analystes, les environnementalistes que chez les hommes politiques. Le continent était bien parti mais l’ingérence étrangère occidentale et sa percée graduelle allant de l’exploitation à l’esclavage, de la traite négrière à la colonisation et du néocolonialisme au capitalisme dévastateur, ont participé négativement à l’émergence des espaces économiques nationaux, mettant ainsi en péril, quoiqu’on puisse dire, le destin de tout un continent.

Ce rappel historique peut être pertinent et éloquent si nous en tirons les conclusions salutaires, un demi-siècle après les indépendances pour barrer la route à l’afropessimisme et refuser la pauvreté subie. Chaque pays a vécu une histoire ou enduré des épreuves infernales, mais la force d’un peuple réside dans sa capacité à réagir et à se tenir debout, sans rancune ni méchanceté, en évitant de tomber dans les poncifs. Bref, chaque pays d’Afrique doit tirer la leçon de son passé, pour mener le monde vers l'innovation et le progrès.

Quelle est la place du Sénégal dans ce grand défi ? Quelle politique économique et sociale l’Etat devra t-il mené pour faire de notre nation, un pays fort et émergent ? Comment suivre ou rejoindre le peloton des nations les plus dynamiques économiquement face à une jeunesse qui se forge même un vocabulaire accusateur (reewmi daffa Macky ) ? Telles sont les grandes questions que chaque Sénégalais se pose.


Finissons-en alors avec l’oblectatio en cure ! La politique de rupture prônée dans tous les domaines par le Président Macky SALL est à la fois une ambition politique et un désir du peuple Sénégalais prêt à en découdre avec les feuilletons politiques précédents. Le cheminement risque d’être tortueux, car hormis quelques avancées, autant de revers restent visibles. En guise d’illustrations, nous pouvons citer les difficultés liées à la résorption du chômage des jeunes, la faiblesse de l’épargne nationale, la crise de l’éducation et de l’enseignement supérieur, un système de santé quasi-inexistant, un secteur industriel et agricole complètement en retard quant à sa modernisation, un solde commercial en berne et une société meurtrie dans une indescriptible dégradation des mœurs. C’est la raison pour laquelle, seules des politiques économiques et sociales audacieuses et ouvertes sortiront le Sénégal du carcan qui l’enserre dans la pauvreté, la dépendance extérieure et les inquiétudes qui s’ensuivent.

Face aux impératifs, le premier défi consiste à réussir à ne plus adopter aveuglément des systèmes de gestion politique sans les adapter à nos réalités socio économiques. Mieux, depuis le background colonial, nous pouvons clairement constater que la plupart des pays africains présente une structure économique, un système éducatif et des institutions modélisés par les anciennes métropoles, déstabilisant jusqu’à nos jours, leurs mécanismes décisionnels et leurs capacités organisationnelles non négligeables issus des anciennes entités politiques. La question n’est pas d’inciter à une vie en autarcie, mais de pouvoir s’ouvrir utilement tout en gardant le culte de ce qui fait notre identité. Pour cela, il nous faut des citoyens qui, non seulement dégainent la fibre patriotique, mais adoptent un comportement responsable, exemplaire et irréprochable. Ce deuxième défi est intimement lié au premier.

Ainsi, le rôle de l’Etat c’est aussi de sommer les populations à se conformer aux lois et aux règles de vie incontournables pour l’épanouissement, le bien être et la consolidation des effets de développement. Dans cette foulée, il demeure nécessaire, par le biais de programmes de sensibilisation d’attirer l’attention sur les responsabilités collectives et individuelles pouvant susciter un changement des mentalités et des comportements. La culture civique reste indispensable à l’émergence nationale. Jeter des ordures et des déchets dans la rue, transformer les lieux publics en urinoirs, dérober du matériel de voirie comme les bouches d’égout, occuper anarchiquement et volontairement la voie publique, suivre son propre code de conduite sur la route, sont autant d’actes qui freinent la politique de rupture que nous incarnons tous.

La grande enjambée de la mondialisation, l’hypertrophie de la sphère financière, l’émergence de nouveaux « géants économiques » (Chine, Inde et Brésil), les inégalités sociales qui ne cessent de se creuser, le réchauffement climatique et son cortège destructeur boostent le continent africain à plus de responsabilité quant à la prise en charge de son destin.

C’est pourquoi une véritable politique économique et sociale doit être mise en œuvre au Sénégal afin d’atteindre les objectifs essentiels fixés : la croissance de la production, la réduction du chômage et de la pauvreté, la stabilité des prix et l’équilibre des échanges extérieurs. L’acteur principal ce cette politique d’ordre conjoncturel (exemple lutter contre les déficits budgétaires en compensant la faiblesse des dépenses privées grâce à l’augmentation des dépenses publiques, lutter contre le chômage en facilitant l’accès à la formation, à la professionnalisation des métiers, l’aide à la création d’entreprise, la facilitation d’emprunts, l’accompagnement de l’émergence du secteur privée pour en faire un atout de croissance économique) et structurel ( redressement de notre tissu industriel embryonnaire, encourager la recherche, à la réforme de la santé, la diversification et à la modernisation du secteur agricole…) revient à l’Etat. Dans ce grand chantier de redressement économique national, il est primordial de mettre l’accent sur les urgences et les priorités. Choisissons une parmi celles-ci : l’agriculture.

Pour doter le Sénégal d’un appareil de production restructuré, bénéficiant d’un cadre macroéconomique stable et sain, le développement du secteur agricole ( plus de 70% de la population) en est un pilier. Une agriculture compétitive et durable permettant d’atteindre la sécurité alimentaire, demande à la fois, volonté et moyens. Elle ne doit plus être que pluviale et saisonnière. La présence de cours d’eau conjuguée aux fortes précipitations de ces dernières années offre au monde paysan des conditions d’exploitation enviables.

Exceptés les 16000 unités de matériels agricoles destinés aux producteurs et le lancement de programmes d’accompagnement comme le PAPAIL (Projet d’appui à la petite irrigation locale) dans la Communauté rurale de Diouroup, la promotion de la filière riz dans les vallées sénégalaises, force est de constater qu’il reste beaucoup à faire. Il s’agit de diversifier davantage la production agricole, la moderniser afin de rendre ce secteur plus attractif, compétitif et permettre à l’Etat de gagner même des parts de marchés (exportations). Pour ce faire, il va falloir en outre, renforcer les programmes universitaires en matière d’analyse de politique agricole, la formation, le système d’échanges entre institutions tout en développant les compétences interdisciplinaires au-delà des clivages et des clans.

Dans des situations extraordinaires, certains pensent qu’il faut plus que des hommes ordinaires. Mais l’on a oublié que le destin d’un peuple dépend surtout de la volonté et du patriotisme ardent de ceux qui l’incarnent. Au travail !

Dr Daouda DIOP
Historien économiste
diop.d@laposte.net


1.Expression pour définir la morosité et la précarité au Sénégal sous Macky SALL
2. Beaucoup d’économistes prennent en compte les critiques de fond auxquelles se heurte la politique budgétaire, comme les effets d’éviction obligeant les agents privés à diminuer leurs dépenses à chaque fois que l’Etat augmente les siennes. Il s’y ajoute la contrainte extérieure liée à l’augmentation des importations suite à une hausse du déficit budgétaire et de la demande. Une telle conjoncture oblige les Etats à réduire assez vite les dépenses publiques pour revenir à l’équilibre commercial.

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