SAINT-LOUIS - POUR AVOIR TORTURE, LIGOTE ET ENCHAINE UN TALIBE: Le maître coranique prend six mois de prison

Vendredi 3 Avril 2015 - 08:46

SAINT-LOUIS - POUR AVOIR TORTURE, LIGOTE ET ENCHAINE UN TALIBE: Le maître coranique prend six mois de prison
Poursuivi pour avoir fait subir à un talibé de 15 ans des traitements inhumains et placé sous mandat de dépôt le 10 mars dernier, le nommé Babacar Guèye, 27 ans, domicilié au quartier Pikine 700, dans le faubourg de Sor, a été condamné hier à six mois d’emprisonnement ferme par le tribunal départemental de Saint-Louis.


Les représentants de certaines associations de défense et de protection des droits de l’enfant qui ont assisté à l’audience se sont réjouis de cette décision de justice qui permettra aux maîtres coraniques véreux, récidivistes, de prendre conscience des tortures qu’ils font subir régulièrement aux jeunes talibés, sous prétexte qu’ils sont obligés de les traiter ainsi pour leur apprendre les préceptes du saint Coran.


A la barre, le prévenu a nié les faits, précisant avoir ligoté avec des chaînes le jeune talibé Amdy Guèye, originaire du Saloum, pour l’empêcher de fuguer à nouveau et le contraindre à se consacrer aux études coraniques. Chargé par le maître des lieux, le responsable moral de ce « daara » de Pikine Saint-Louis, d’encadrer plus de 25 talibés, Babacar Guèye a juré, la main sur le cœur, que c’est la première fois qu’il s’est senti obligé de ligoter un de ses apprenants pour le maîtriser et l’amener à être plus discipliné.

Avait-il réellement besoin d’agir de la sorte pour neutraliser ce talibé « indiscipliné » et le maintenir dans ce « daara » ? s’est demandé le tribunal.

Estimant qu’il avait la possibilité de demander au responsable du « daara » de restituer cet enfant à ses parents, étant entendu qu’il n’était plus en mesure de le contraindre à rester dans cette école coranique. Incapable de répondre à cette question, le prévenu a encore été mis devant le fait accompli lorsque la présidente du tribunal a exhibé les images choquantes qui illustrent parfaitement les plaies béantes, les sévices et autres cicatrices résultant des traitements inhumains qu’il a fait subir à ce jeune talibé innocent et terrorisé. Un talibé mineur qui, du fait de son jeune âge, n’a pu comparaître hier devant le tribunal départemental. Un enfant dépaysé, désorienté, déboussolé, qui, par instinct de conservation, avait finalement eu le réflexe de prendre la fuite dès que son encadreur, résolument engagé à le torturer, s’apprêtait à se mettre à la tâche.

«Mesurer la gravité de son acte»

Dans son réquisitoire, le représentant du parquet régional a demandé au tribunal de le déclarer coupable d’avoir fait subir ces traitements inhumains à ce jeune talibé (enchaîné comme un esclave, une bête capturée) et de le condamner à deux ans de prison dont six mois ferme.
Pour le représentant du ministère public, les faits sont constants car, non seulement, les photos illustrent les conditions inhumaines dans lesquelles cet enfant a été traité, mais le prévenu est coutumier du fait. Il a l’habitude de rudoyer, de rabrouer, de bastonner, de corriger sévèrement et sans état d’âme ces jeunes talibés qui n’arrivent plus, du fait de cette situation pénible et désagréable, à se concentrer sur les études coraniques.


Les avocats de la défense, Mes Fall et Cheikh Tidiane Diouf, ont tenté vainement de démontrer que leur client n’avait pas l’intention de faire du mal. Ils ont reconnu que le prévenu a commis l’erreur de ligoter avec des chaînes ce talibé mais « il voulait tout simplement le maintenir dans le "daara" et il n’a pas eu le temps de mesurer la gravité de son acte ».

Compte tenu du témoignage du père du talibé favorable au prévenu, Me Cheikh Tidiane Diouf et son confrère ont demandé au tribunal d’être clément envers leur client. D’autant plus qu’il est lui-même talibé, très jeune et dépassé par le nombre d’enfants qu’il encadre tous les jours dans ce « daara ».


Selon ces praticiens du droit, le prévenu était sous l’effet de la panique lorsqu’il a constaté que ce talibé a disparu pendant 24 heures et qu’on n’arrivait pas à le retrouver après l’avoir cherché partout. Donc, s’il a agi de la sorte, c’était tout simplement pour s’assurer que ce talibé pouvait être enfin maintenu dans ce « daara ».

Le tribunal départemental de Saint-Louis n’a pas suivi les avocats de la défense dans leur plaidoirie et a finalement déclaré Babacar Guèye coupable des faits qui lui sont reprochés. Ce dernier a réintégré hier la citadelle du silence où il devra, pendant six mois encore, méditer sur son sort et sur la violence des actes délictueux qu’il a commis à l’endroit d’un être humain innocent et sans défense.

Mbagnick Kharachi DIAGNE

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