Solennité de l'Assomption: Homélie du Cardinal Sarr

Voici l'intégralité de l'homélie que Son Eminence le Cardinal Théodore Adrien Sarr, Archevêque de Dakar, a prononcée à l'occasion de la solennité de l'Assomption, ce 15 août 2013. Il a présidé la messe à la Basilique Mineure Notre Dame de la Délévrande de Poponguine, entouré des jeunes ordonnés de l'archidiocèse, qu'il a consacrés à la Vierge Marie, à l'issue de la célébration.

Jeudi 15 Août 2013 - 16:37

Solennité de l'Assomption: Homélie du Cardinal Sarr
Homélie

Révérend Père Charles Lwanga, Curé de la Paroisse N.D de la Délivrande de Poponguine,
Chers confrères dans le sacerdoce,
Chers fils, nouvellement ordonnés prêtres, pour le compte de l’Archidiocèse de Dakar,
Chers Religieux, Religieuses,
Chers frères et sœurs dans la foi,

1- La Solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie couronne le cycle des grandes célébrations liturgiques, à travers lesquelles nous sommes appelés à scruter, pour la comprendre et pour la contempler, la mission propre de la Très Sainte Vierge Marie dans l’Histoire du Salut. En effet l’Immaculée Conception, l’Annonciation, le Mystère de Noël ou de la Maternité divine de la Vierge Marie, l’Assomption enfin sont les étapes liturgiques, intimement liées entre elles, par lesquelles l’Eglise contemple, exalte et chante la glorieuse destinée de la Mère de Dieu. D’un autre côté, et ce n’est pas le moindre, il nous est surtout donné, à travers ces célébrations mariales, de lire notre propre histoire.
Revenons, chers amis et frères chrétiens – puisqu’il s’agit de lire notre histoire – à cette déclaration solennelle du 01er novembre 1950, par laquelle le Pape Pie XII proclamait le Dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, au ciel : « (…) Après avoir adressé à Dieu d'incessantes et suppliantes prières et invoqué les lumières de l’Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu Tout-Puissant, qui prodigua sa particulière bienveillance à la Vierge Marie ; pour l'honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et Vainqueur de la mort et du péché ; pour accroître la gloire de son auguste Mère, et pour la joie et l'exultation de l'Église tout entière, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre ; Nous proclamons, déclarons et définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. »

2- Une telle Vérité de foi, si d’une part elle nous révèle quelque chose sur le mystère qui s’est accompli en Marie, de manière tout à fait unique, elle nous invite d’autre part à réfléchir profondément sur notre propre vocation. Marie, en effet, n’est pas d’un côté une exception par rapport à notre humanité : elle partage la même humanité que tout homme ; mais d’un autre côté elle est une exception par rapport à la cette vérité, que tout homme, dès sa conception, est touché par le mal, entaché par le péché. L’autre Dogme marial, qu’est celui de l’Immaculée Conception, nous enseigne que Dieu l’a préservée du péché, et qu’à partir de là, le même Dieu a toujours trouvé en elle une oreille attentive, un cœur doux et humble, une servante toute disposée à faire sa volonté, une demeure digne de la grâce reçue.
Dieu nous a donné cette créature tota pulchra, toute belle, afin qu’elle soit, pour tous les hommes, un signe de consolation et de joyeuse espérance. En Marie, pour ainsi dire, s’est réalisé déjà ce que sera le futur de chaque homme, le futur de l’humanité tout entière : être saints et immaculés, en présence de Dieu, dans l’amour (cf. Ep 1, 4), en participant pleinement à l’héritage, que nous avons reçu du Seigneur Jésus.
Mais quel est donc cet héritage ? La deuxième lecture, que nous avons entendue, nous donne cette joyeuse assurance : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité (…) En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront. » (1 Co 15, 20.22)
Marie est la première à participer pleinement à la Résurrection de son Fils, et à la condition de ressuscitée, elle qui a passé toute sa vie en étant entièrement appliquée à faire la volonté de Dieu ; elle qui a passé sa vie en étant entièrement ouverte au don de la grâce, et à l’accueil de ce don. Ce n’est donc pas un hasard, si la salutation de l’Ange s’adresse à elle en ces termes : « Réjouis-toi, comblée de grâce ! » (Lc 1, 28). Parce qu’elle a assumé son humanité de manière authentique et entière, Marie est la première, après Jésus lui-même, à participer à la Résurrection, en étant élevée au ciel « corps et âme. »
Elle nous donne alors de savoir que, même pour le corps humain, il y a une place auprès de Dieu. Ainsi le ciel n’est plus cette sphère lointaine, inaccessible et inconnue de l’homme. Le ciel est désormais ouvert à l’humanité. En Marie, chacun de nous y a une place, car en Marie, le ciel a désormais un cœur, qui plus est un cœur de mère.

3- Chers frères et sœurs, la Solennité de ce jour vient alors nous rappeler la valeur authentique du corps humain, un corps qui est temple de l’Esprit Saint, un corps destiné à l’incorruptibilité, un corps destiné à participer à la gloire divine. De nos jours, nous vivons dans une société très affectée par les malentendus sur le corps et la corporéité. Une société qui valorise le corps humain certes, mais qui le valorise malheureusement comme un moyen pour paraître, pour éprouver ou pour procurer du plaisir. Il n’est, pour nous en rendre compte, que de regarder les modèles, qui sont proposés à nos enfants et à nos jeunes, surtout à travers les médias. Le corps comme instrument du paraître se laisse voir même dans nos églises, nos Mouvements et Associations, et que sais-je encore !
Nous oublions alors que le corps est le moyen de communication du « moi » personnel, le moyen de manifestation de ses besoins existentiels et affectifs. Nous oublions que le corps est le moyen original et inimitable, par lequel nous pouvons entrer en relation avec le monde, et prodiguer à ce monde nos multiples services.
Comme Marie, nous sommes appelés, aujourd’hui plus que jamais, à aller à contre-courant d’une mentalité, qui porte à une valorisation erronée du corps humain. Ce chemin à contre-courant ne sera possible que si nous apprenons à témoigner de la juste valeur du corps, comme moyen de communiquer l’amour. C’est l’expérience qu’a vécue Marie, en empruntant, par exemple, la route vers sa cousine Elisabeth.
Sachant que l’amour véritable est celui qui s’exprime dans le service des frères, Marie a « offert son corps en sacrifice saint capable de plaire à Dieu » (Rm 12, 1), en rendant visite à sa cousine Elisabeth. Elle sera, pour nous, un signe de consolation et de joyeuse espérance, si nous savons aller à contre-courant de toute tendance à dévaloriser notre corps, en considérant celui-ci comme un moyen de communion, un moyen destiné à la glorification, destiné aussi à nous être restitué, pour vivre une expérience éternelle d’amour.

4- Chers jeunes et nouveaux prêtres de l’archidiocèse, par votre corps, vous aurez, vous aussi, à rendre témoignage à Dieu, au milieu de vos frères et sœurs, tout au long de votre ministère sacerdotal. Faites-en, comme Marie, un instrument d’abandon total au projet de Dieu, et un instrument de communication profonde et vraie avec tous les hommes, vers lesquels vous serez envoyés. Faites-en surtout un instrument d’action de grâce, qui reprend, chaque jour, le Magnificat de Marie : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est Nom ! » (Lc 1, 49)
Comme Marie, toute la vie et le ministère du prêtre sont appelés à s’inscrire dans un perpétuel Magnificat, parce que, si la disposition fondamentale de la vie chrétienne est l’action de grâce, cette action de grâce trouve un encrage profond et particulier dans le ministère du prêtre, ministre de l’Eucharistie (εὐχαριστεῖν, en grec = rendre grâce). D’ailleurs, en présidant chaque jour l’Eucharistie, vous prendrez l’habitude, à chaque préface, de revenir sur ces paroles : « Vraiment il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce toujours et en tout lieu, à toi, Père très Saint, Dieu éternel et tout-puissant. »
Marie nous enseigne à entretenir l’action de grâce toujours et partout, même dans les moments difficiles, car rendre grâce à Dieu, c’est d’abord reconnaître en Lui celui qui conduit et accompagne notre histoire.
Puisse-t-elle nous apprendre, aujourd’hui, à faire de notre vie un chant d’action de grâce à Dieu le Père, dans la confiance et la communion à son Fils Jésus Christ, et dans le service joyeux de tous nos frères et sœurs, sous l’inspiration et la conduite de l’Esprit Saint, aujourd’hui et chaque jour de notre vie. Amen !

† Théodore Adrien Cardinal SARR
Archevêque de Dakar.

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