Témoignage du voisin de chambre de l’étudiant tué à l’université de Dakar

Vendredi 15 Août 2014 - 19:12

lors d’affrontements entre étudiants et policiers à l’université de Dakar, jeudi 14 août. Il était à ses côtés lorsque le jeune homme est mort.

Les étudiants dénoncent un retard dans le paiement de leur bourse, s’opposent à une réforme scolaire et dénoncent la présence policière permanente à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Les tensions, qui durent depuis plusieurs mois, débouchent fréquemment sur des affrontements entre étudiants grévistes et forces de l’ordre qui ont déjà fait des blessés dans les deux camps. Mais jeudi, ces accrochages ont fait un mort, Bassirou Faye, un étudiant en licence de Mathématiques et Physique.


"Bassirou n’était pas gréviste"

Ce jeudi, Sérigné était rentré dans sa chambre universitaire en début d’après-midi :

Quand je suis arrivé, Bassirou était là, et nous avons de suite parlé des affrontements qui commençaient à s’intensifier dans le campus. Nous sommes tous les deux non grévistes, même si nous soutenons et comprenons les revendications de nos camarades. Nous entendions des cris dehors, des gens à leur fenêtre dans le pavillon jetaient des pierres sur les forces de l’ordre présentes autour du pavillon. J’ai reçu un coup de téléphone d’un ami qui m’a dit "attention, les GMI [Groupement mobile d’intervention, unité spéciale de la police nationale, NDLR] vont monter et ça va chauffer". De suite, on a essayé de rassembler nos affaires pour s’enfuir.

Peu après que nous sommes sortis de la chambre, les premiers policiers sont arrivés dans le bâtiment. Nous les avons vu défoncer des portes, passer chambre par chambre, saccager des téléviseurs, des frigos, jeter les habits et des papiers dans le couloir. Ils ne nous ont pas vus à ce moment là, et nous avons réussi à sortir du pavillon 1 et à nous diriger vers la sortie.


Dehors, il y avait des scènes d’émeutes. En sortant, je me suis machinalement retourné vers notre pavillon, et j’ai vu des étudiants bloqués dans leur chambre qui ont sauté par la fenêtre du deuxième étage pour échapper aux policiers. Certains ont eu la jambe fracturée.

Nous faisions attention, avec Bassirou, de ne pas croiser de policiers, et nous essayions de fuir. Alors qu’il était derrière moi, j’ai d’un coup entendu un coup de feu. Je me suis retourné, et j’ai vu Bassirou tomber à terre. La balle lui avait traversé le crane. J’ai essayé de le relever, mais du sang a giclé. J’ai paniqué, en pensant que j’allais moi aussi prendre une balle et j’ai couru en direction de l’infirmerie de l’université pour appeler à l’aide. Je ne sais pas du tout pourquoi ce policier a tiré, c’était complètement soudain et incompréhensible pour moi. Nous l’avions croisé auparavant et il était au téléphone, et n’avait pas l’air de vouloir s’en prendre aux étudiants. Quand je suis revenu avec de l’aide, beaucoup de monde s’était pressé autour de Bassirou qui ne bougeait plus. C’était la panique.



Ça faisait un an que je voyais Bassirou tous les jours, nous partagions la même chambre. C’était un étudiant sans histoire, qui venait de Diourbel, à 150 kilomètres au nord de la capitale. Il avait décidé de venir à Dakar pour espérer avoir une bonne formation et un avenir meilleur. Comme Bassirou, beaucoup de mes amis blessés sont des non grévistes qui ont été pris à partie sans aucune distinction par les policiers. Depuis hier, je ne pense qu’à ça, et au visage sans vie de mon ami lorsqu’il est tombé à terre.

Dans un communiqué, la présidence sénégalaise a annoncé qu’une enquête a été ouverte afin de "situer les responsabilités "de ces violences et présenté ses condoléances à la famille de l’étudiant. Par ailleurs, l’État a annoncé qu’il allait "continuer à assurer la sécurité des personnes et des biens, dans l’enceinte de l’UCAD" et donc maintenir la présence policière dans l’université.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de France 24.


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