VIES DE CHIEN (10)

Mardi 1 Novembre 2011 - 15:50

Les jumeaux, Assane et Ousseynou, qui avaient donné un coup de main à leur père pour le bain n’y étaient pas allé de main morte et m’avaient, à tour de rôle, frotté vigoureusement tout le corps avec une éponge en crin , riant comme deux petits fous de me voir frissonner comme une feuille morte et m’ébrouer de temps en temps faisant ainsi s’éparpiller d’innombrables gouttelettes d’eau autour de moi.

En fait je tremblais à moitié de peur, ne sachant toujours pas très bien ce qui m’arrivait, et à moitié de plaisir car l’eau qui coulait sur mon corps me procurait une agréable sensation de fraîcheur que je n’avais pas éprouvé depuis je ne savais plus combien de temps. Comme leur mère auparavant, les jumeaux s’étaient eux aussi étonnés de mon effrayante maigreur et en avaient conclu que j’avais sans doute été abandonné car je n’avais pas du tout l’air d’un chien errant, d’un chien de la rue comme on dit.


Cette réflexion me remplit de fierté et dans mon for intérieur je m’en réjouis et ressentis aussitôt une grande sympathie pour les deux garçons. Ils m’avaient rappelé que j’étais effectivement doté d’un bon pedigree et que même si je n’étais pas un chien de « race pure » du sang bleu coulait néanmoins dans mes veines dans la mesure où mon père était un berger allemand de pure souche, descendant direct du grand Horand Von Grafath de la province de Thuringe En Allemagne comme me l’apprit un jour ma grand-mère maternelle qui m’avait allaité et que je considérais comme ma vraie mère, cette dernière étant morte peu de temps après ma naissance.

C’est sans doute cette conscience d’appartenir à la plus noble des lignées canines qui a forgé en moi cette fierté, trait le plus caractéristique de mon caractère. Ma grand-mère m’avait aussi raconté comment mon père, le berger allemand de Thuringe, était tombé follement amoureux de ma mère, une chienne laobé, toute petite mais d’un charme irrésistible. Ma mère avait du chien, c’est le cas de le dire, et malgré la farouche opposition de ses maîtres : un couple de coopérants suisses qui ne voulaient absolument pas entendre parler de cette liaison selon eux « contre-nature », le berger allemand, fou amoureux, avait réussi à échapper à leur vigilance et à rejoindre ma mère avec laquelle il avait eu une idylle de plus d’une semaine avant d’être retrouvé par ses cerbères suisses. Bien évidemment ma mère, elle, s’en était sortie avec une grossesse au terme de laquelle elle avait mis bas six mignons chiots croisés (je déteste le mot « bâtard » !) parmi lesquels moi-même, Nestor…

J’aurai l’occasion de revenir sur les détails de la brève mais magnifique idylle que vécurent mon père et ma mère et qui se termina malheureusement de bien triste manière à cause de la bêtise et de l’intolérance humaines. De mon géniteur allemand j’avais hérité la beauté, la prestance innée, les oreilles dressées en pointe, le museau allongé et les solides mâchoires. Ma mère quant à elle m’avait légué sa corpulence et sa taille moyenne, son poil fauve et ses yeux châtains d’où émanaient une infinie douceur. Peut-être aussi les pattes arrière un peu torses, le trot sautillant et l’allure désinvolte qui sont des caractéristiques de la race laobé. Quoiqu’il en soit, je tenais quand même plus du berger de thuringe que du laobé de la savane et les gens me prenaient presque toujours pour un membre de la première race citée. Cela n’était bien sûr pas pour me déplaire même si je n’en affichais pas pour autant de la condescendance pour les chiens laobés ultra majoritaires à Ndar.
« On dirait un berger allemand » avait d’ailleurs dit Ousseynou à son frère jumeau pendant qu’ils étaient en train de me baigner avec leur père.

« Oui c’est vrai, mais il doit être mélangé avec une autre espèce de chien, je me demande bien laquelle » avait ajouté le père faisant preuve d’une étonnante perspicacité.

« En tout cas c’est un beau chien, papa, y a pas à dire » renchérit Assane pour lequel cette dernière réflexion me fit aussitôt éprouver une grande affection.


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