VIES DE CHIEN (11)

Mercredi 9 Novembre 2011 - 13:34

Je passai donc ma première nuit chez mon maître dans un petit cagibi où l’on avait disposé un moelleux tapis. Dès que je m’y étendis je ressentis immédiatement une sensation de bien-être qui me fit presque défaillir. Et pour cause : le bain que l’on m’avait fait prendre m’avait non seulement rendu propre mais il avait également chassé de mon corps toute la fatigue qui s’y était accumulée depuis qu’avait commencé ma vie de chien.

De surcroît, j’étais repu après l’excellent que l’on m’avait servi juste après le bain. Mon maître, très attentionné à mon endroit, avait pris soin d’entrebâiller la porte de mon cagibi dans lequel pénétrait doucement un petit vent frais. J’étais au comble du bonheur, au sommet de la félicité et je ne pouvais m’empêcher de pousser de temps à autre de petits jappements de plaisir. Tout était si merveilleux que cela me semblai presque irréel et que j’en vins à me demander si je n’étais pas en train de rêver ! Cette nuit-là je ne dormis presque pas et ne parvins à trouver le sommeil qu’aux abords de l’aube qui me fut signalée par l’appel à la prière lancé à la cantonade par le muezzin d’une mosquée toute proche.


Lorsque je rouvris les yeux, le soleil avait déjà atteint une hauteur appréciable et la maison tout entière était inondée par ses rayons dorés, ce qui ne faisait qu’en ressortir davantage la beauté par le jeu de la lumière sur les différentes couleurs dans lesquelles elle était peinte. Une jeune fille svelte, habillée d’un pagne et d’un tee-shirt bariolé qui lui arrivait au nombril, vint en traînant les pieds déposer une écuelle en fer-blanc remplie de nourriture devant le cagibi. Pour moi qui n’avais même pas tout à fait fini de digérer le copieux repas de la veille, c’était proprement ahurissant ! Néanmoins je me levai d’un bond, m’ébrouai consciencieusement de manière à retrouver la forme et sortant la tête de mon cagibi, commençai à manger en prenant tout mon temps.


C’était tout simplement délicieux et malgré que je n’eusse pas très faim, je vidai l’écuelle de son contenu, n’y laissant pas une miette. Je vis qu’il y avait aussi, posé à côté de l’écuelle, un bol en porcelaine rempli d’eau que je bus à grandes lampées car j’avais vraiment très soif après ce festin et toutes ces émotions que je n’avais cessé d’éprouver depuis la veille. Ayant fini de manger et boire, je restai debout à l’entrée du cagibi, ne sachant trop que penser et n’osant faire un pas de plus, paralysé que j’étais par une timidité certes teintée de curiosité mais aussi toujours habité par une sourde appréhension. Une multitude de questions se bousculaient dans ma tête de chien : Qui était cet homme mystérieux qui m’avait sauvé la vie ? Pourquoi m’avait-il emmené chez lui et traité avec tant d’égards le misérable que j’étais au moment où il me recueillait ? Allait-il continuer à me garder dans sa maison où au contraire me mettre à la porte après m’avoir fait tant de bien ? Une autre question, moins rassurante celle-là, continuait de me tarauder l’esprit : mon « bienfaiteur » ne faisait-il pas partie de ces amateurs de fricassée de chien qui paraît-il les engraissent d’abord comme il faut avant de les assassiner de la plus horrible manière pour s’en régaler après ?

Je n’eus pas le loisir de trouver réponse à toutes ces questions car le cours de mes pensées fut interrompu par une voix de femme au timbre clair
« Salimata, est-ce que tu as donné à manger au chien ? »

« Oui maman, il a tout mangé et il a bu toute l’eau du bol aussi… »

« Ah bon ! Très bien alors ! Ton père tient à ce qu’on s’occupe de lui ! »


« Pour ça il n’a aucun souci à se faire. En tout cas son protégé là, il a bon appétit ! »
Si j’en avais eu la faculté, j’aurais éclaté de rire à cause de la réflexion de la petite Salimata dans la voix de laquelle j’avais toutefois décelé une légère ironie qui me gênait un peu.

( à suivre…)

Notez


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Merci d'éviter les injures, les insultes et les attaques personnelles. Soyons courtois et respectueux et posons un dialogue positif, franc et fructueux. Les commentaires injurieux seront automatiquement bloqués. Merci d'éviter les trafics d'identité. Les messages des faiseurs de fraude sont immédiatement supprimés.
Ndarinfo milite en faveur d'un débat citoyen constructif.
Vos cartouches d’encre à moindre coût à Saint-Louis chez Home Services !
Suivez l'actualité en temps réel
Facebook
Twitter
Instagram
YouTube
Rss


Les Infos dans votre boite Mail. Inscrivez-vous !

ACTU PEOPLE

Noyena !

Qui n'ose pas ne pas connaitre l'incontournable, le sympathique, l'élégant, le mécène du sportif...

LERAL.NET