VIES DE CHIEN (13)

Jeudi 24 Novembre 2011 - 07:05


« C’est tata Alimatou qui va être contente, elle qui dit tout le temps qu’elle ne passera jamais la nuit dans une maison où dort un chien car les anges de la miséricorde refusent d’y entrer ! » reprit Salimata après avoir bien ri de ma supposée gourmandise.

« Oh ! Celle-là ce n’est qu’une vieille radoteuse superstitieuse ! Et d’ailleurs c’est tant mieux si la présence de ce chien l’éloigne de nous ! On aura moins à supporter ses ragots et cancans de commère aigrie ! » Yacine avait dit ces mots avec une certaine véhémence, les accompagnant même d’un petit geste d’impatience qui me firent comprendre que la nommée Alimatou n’était pas la bienvenue dans leur maison et qu’elles comptaient sur moi pour y recevoir ses visites le moins souvent possible ! Un bon point, bien involontaire, pour le chien gourmand !

« Ey maman ! Toi aussi ! C’est de la grande sœur de papa que tu parles comme ça ?... » ajouta Salimata avec un petit rire malicieux.

« Yow, mayma sama jamm ! rétorqua Yacine avec véhémence, « tu sais bien que ton père la supporte encore moins que moi et que s’il la laisse venir ici c’est uniquement par esprit de famille, sinon il y a longtemps qu’il l’aurait mise à la porte ! »

Et toutes deux de repartir d’un grand éclat de rire qui acheva de me détendre et me fit me sentir complètement à l’aise. Il n’y avait aucun doute : j’avais atterri chez des gens bien et une fois de plus, je ne pouvais que remercier Anubis, le dieu de tous les chiens !
Une nouvelle vie commençait pour moi. La quatrième mais certainement pas la dernière étant donné que nous autres chiens, avons le privilège d’avoir sept vies.
Mais à vrai dire, si ma nouvelle vie devait se poursuivre comme elle avait débuté, alors mon vœu le plus cher eût été qu’elle n’eût pas de fin ou en tout cas, que ce fût la dernière !

Mon maître rentrait en général assez tard le soir et toujours bien après que le crépuscule fût tombé et que les muezzins des innombrables mosquées éparpillées aux alentours de la maison eussent terminé leurs concerts plus ou moins harmonieux d’appel à la prière. J’étais averti de son arrivée par les trois coups de klaxon, le signal qu’attendaient l’un ou l’autre des jumeaux qui, à tour de rôle, allaient ouvrir la porte du garage où s’engouffrait silencieusement la belle voiture de mon maître, une superbe Lada dont j’étais très fier qu’il en fût le propriétaire. Après avoir fait l’accolade à Assane ou à Ousseynou, selon le cas, il sifflotait plusieurs fois et j’accourais alors vers lui en poussant des jappements de joie tout en remuant frénétiquement la queue. Puis je sautillai autour de lui, exécutant des cabrioles et contorsions toutes aussi facétieuses les unes que les autres. C’était ma manière d’exprimer ma joie de le revoir et l’immense affection que j’éprouvais pour lui.

Il me caressait doucement la tête et mon bonheur était à son comble.
Parfois mes accès de joie devenaient débordants, frisant même quelque peu l’excès. De sa voix grave il me rappelait alors, non sans une certaine douceur, à l’ordre :
« Allons… allons…Calme toi mon vieux Nestor ! Ne me fais pas tomber voyons ! »

Je calmai mes élans et tempérai mon ardeur tout aussitôt car pour rien au monde je n’eusse voulu l’indisposer. Les jumeaux, eux, riaient de bon cœur, m’affublant du sobriquet de « chien fou » comme si j’eusse été un chef indien et tout rentrait dans l’ordre.

En fait il n’en avait pas toujours été ainsi car il m’avait fallu un certain temps pour me débarrasser de ma timidité et m’habituer à cette ambiance familiale si chaleureuse et conviviale, moi qui n’avais jusque là connu que les brimades, les coups, les injures ou au mieux l’indifférence ou la condescendance. Je serais pourtant injuste si j’affirmais que tous mes propriétaires avaient été des tortionnaires comme les trois harpies de Ndiolofène.
(à suivre…)


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