VIES DE CHIEN 16

Jeudi 15 Décembre 2011 - 06:34

Malgré tout j’avais l’esprit relativement tranquille et je ne me faisais pas de mauvais sang outre mesure car je savais que je jouissais de la protection du vieux Leputois qui veillait sur moi comme du petit-lait, ayant dépensé une fortune pour m’avoir. Contrairement à sa négrillonne qui me détestait cordialement, le vieux, lui, ne cessait de me prodiguer chaque fois que l’occasion se présentait, les marques de son affection visqueuse qui me donnait des haut-le-corps et la nausée, surtout quand il s’approchait de moi pour me caresser le poil de ses mains osseuses, poilues, gluantes, qui m’emplissaient de dégoût.


Mais à part ces petites contrariétés somme toute supportables, la vie chez Leputois était de bien meilleure qualité que celle que je menais chez Samaké. Je mangeais beaucoup mieux, même si ce n’était que les reliefs des repas de « Monsieur et madame » Leputois et que je n’avais encore jamais goûté au fameux Canigou, célèbre pâtée pour chien qu’il ne serait pas une seconde venu à l’esprit de ce vieux radin de m’offrir. Les repas étaient préparés par Katy qui, sans être un cordon bleu, faisait quand même des plats assez copieux et variés, ce « don » pour la cuisine lui ayant été sans doute légué par sa grand-mère qui avait sa vie durant travaillé come cuisinière chez des toubabs. Leputois appréciait au plus haut point la cuisine de sa Katy qui le tenait ainsi par le ventre et le bas-ventre. Il arrivait souvent qu’en plein milieu d’un repas il poussât un couinement de plaisir « Oh que c’est bon », accompagné d’un bisou sonore sur la joue de Katy qui faisait semblant d’en être émue et protestait de sa voix égrillarde « Ey Missel, toi aussi reste tranquille han ! ». Malgré tous les efforts déployés par Leputois pour faire correctement prononcer son prénom à Katy, il n’était jamais parvenu à un résultat concluant et de guère lasse il avait fini par abdiquer, se disant que la petite négresse était définitivement fâchée avec les consonnes chuintantes de la langue française. De mon côté je mangeais de bon appétit et sans arrière-pensée tout ce qui m’était servi par Katy. Je n’avais aucune crainte d’être empoisonné car elle et son « mari » mangeaient toujours avant moi. Mais comme le font tous les chiens, je flairais toujours instinctivement l’écuelle nourriture que Katy déposait devant moi, de fort mauvaise grâce bien sûr, avant d’y plonger la gueule. Le temps passa. Au fil des jours, des semaines et des mois, je m’habituai à la vie chez le vieux Leputois et même la présence de Katy finit par ne plus m’indisposer. En un moment donné, je fus même convaincu qu’elle m’avait fichu la paix car elle n’arborait plus sa mine renfrognée et agressive quand je me trouvais dans son champ de vison et ne m’injuriait presque plus.

C’était mal connaître la gourgandine !
Un jour, alors que son « Missel » chéri était allé faire des courses en ville au volant de sa vieille Peugeot, Katy était sorti elle aussi, ce qui n’était pas dans ses habitudes à pareille heure de la matinée où elle était plutôt occupée à faire la grasse matinée. J’étais alors confortablement couché en chien de fusil dans le canapé qui m’était réservé et je savourais un bon petit somme matinal entrecoupé de rêves plus agréables les uns que les autres. Un peu intrigué par la sortie inopinée de Katy, je levai paresseusement la tête puis la reposai tout aussitôt sans m’inquiéter outre-mesure du micmac de la fille perdue. Une vingtaine de minutes plus tard, elle était de retour, tenant dans ses mains une petite boîte en carton qui n’avait pas l’air très propre. J’ouvris à moitié l’œil et l’observai en silence. Je pus alors voir se dessiner sur son visage couleur d’anthracite l’ombre d’un sourire maléfique. Elle avait une expression étrange que je ne lui avais jamais connue jusque là. Les questions commencèrent à se bousculer dans ma tête et mon instinct m’avertit que je devais me tenir sur mes gardes. J’étais à la fois dubitatif et inquiet et je sentis une irrépressible nervosité me gagner petit à petit.

Ce qui était sûr et certain c’est qu’elle n’était pas sortie prendre l’air simplement

Quel coup fourré était-elle donc en train de préparer ?... (à suivre…)

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