VIES DE CHIEN (19)

Mardi 3 Janvier 2012 - 21:29

Il n’y a aucun doute à ce sujet : les plus belles années de ma vie de chien, je les ai passées chez mon maître, mon bon maître, mon doux maître, le seul qui soit à mes yeux digne de porter ce nom, pour lui aussi un titre. Tous les autres : Samaké, le couple Leputois-Katy, les sorcières de Ndiolofène étaient tout juste des propriétaires lorsqu’ils n’étaient pas des tortionnaires. Par contremon maître, lui, était généreux, humain, vraiment humain, charitable et d’une exquise bonté. Sa femme et ses enfant étaient à son image et à eux cinq ils formaient la plus charmante famille qu’il se fût donné de voir sur l’île et je dirais même dans toute la ville de Saint-Louis. A la maison qui, je crois l’avoir déjà dit, était sans conteste la plus belle de tout le quartier, (rien à voir avec ces laides bâtisses tape-à-l’œil construites par les nouveaux riches et parvenus de Ndar qui gâchaient le paysage par leur mauvais goût) régnait en permanence une atmosphère de paix sereine et de convivialité. L’on entrait dans la maison de mon maître par une grande porte en bois d’ébène rouge, finement décorée par des motifs symboliques ciselés avec art, et qui devait certainement être l’œuvre de menuisiers de l’époque coloniale. A l’intérieur, flottait une exquise fraîcheur agrémentée du parfum agreste qu’exhalaient les plantes et les fleurs du petit jardin qui poussait dans le patio. La façade extérieure avait été restaurée à l’ancienne et conservait de ce fait son cachet d’autrefois. Le balcon en fer forgé à torsades, les lucarnes en plein cintre bordées de tiges de fer ouvragées, le lourd heurtoir en bronze accroché à la porte d’entrée et bien d’autres beaux vestiges, donnaient à la maison de mon maître l’allure fière et distinguée des demeures patriciennes de l’époque coloniale. Lorsqu’on passait devant elle, l’on avait l’étrange impression de faire un saut dans le passé. C’est que mon maître était de souche aristocratique. Du côté maternel aussi bien que paternel, il était de noble lignée et sa généalogie était sans doute l’une des plus prestigieuses de la cité. Le père de mon maître, un ancien officier de l’armée coloniale avait été un véritable baroudeur, héros sans peur et sans reproche qui s’était illustré sur tous les champs de bataille sous le drapeau tricolore. Au début de la deuxième guerre mondiale (il avait alors à peine dix neuf ans), il s’était engagé comme volontaire dans l’infanterie coloniale malgré les larmes de sa mère qui s’était opposé de toutes ses forces à son départ pour le pays des toubabs pour lesquels il allait se battre dans une guerre qui, selon elle, « ne le regardait nullement ». Quant au grand-père de mon maître, il s’était contenté de donner Sa bénédiction à son fils et après avoir fait de longues prières protectrices, lui avait demandé de ne jamais se détourner du droit chemin de la religion. C’est ainsi que le père de mon maître s’était retrouvé au front, en compagnie de nombreux jeune autres africains qui comme lui n’avaient jamais foulé le sol du froid pays des toubabs. Le père de mon maître avait d’abord combattu en France et en Allemagne avant de se retrouver en Lybie sous les ordres d’un certain général Leclerc. Partout où il était passé il s’était battu comme un lion et avait accompli nombre d’actes héroïques qui lui avaient valu l’admiration de ses camarades et l’estime de ses supérieurs. Blessé à la jambe gauche et à la poitrine par des éclats d’obus il avait quand même survécu à cette terrible guerre et en était sorti auréolé de gloire, glanant un paquet de décorations et de médailles militaires dont la fameuse légion d’honneur.

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