VIES DE CHIEN (20)

Mardi 10 Janvier 2012 - 19:51

Après la défaite de l’Allemagne et la libération de la France du joug hitlérien, le père de mon maître avait séjourné deux années au pays de Marianne, dans une école de formation militaire de la vile de Cannes où il s’était perfectionné dans le métier des armes et avait réussi à décrocher le grade de lieutenant, chose rarissime pour un noir à cette époque. Redoutable séducteur, il écumait les bals de la ville et plus d’une belle Cannoise tombée amoureuse de lui s’était retrouvée dans ses bras sans trop savoir comment. Sa formation militaire terminée, le père de mon maître était alors retourné dans sa ville natale de Ndar où il avait rencontré la mère de mon maître dont il était tombé éperdument amoureux.

Contrairement à lui, qui était issu d’un milieu plutôt modeste quoique noble, la mère de mon maître était non seulement de souche aristocratique mais avait également toujours vécu dans l’opulence. Elle faisait partie de ces quelques grandes familles de la bourgeoisie Nègre ou Mulâtre qui tenaient le haut du pavé à Ndar et dictaient leur loi aux habitants de la vieille cité. Malgré tout, le père de mon maître, fringant jeune lieutenant de la coloniale, avait réussi à la séduire au cours d’un bal donné par l’armée au mess des officiers qui se trouvaient alors dans l’un de ces deux grands bâtiments jumeaux appelés les Rognat, en plein cœur de l’île de Ndar. Dès qu’il l’avait vue, élégante et racée dans sa robé longue en velours bleuté, avec son cou de biche orné d’un diadème de perles nacrées, le père de mon maître était aussitôt tombé sous le charme irrésistible de la jeune femme. C’était le fameux coup de foudre, que les êtres humains ne sont d’ailleurs pas les à connaître puisque mon propre père, le berger allemand, en avait lui aussi fait l’expérience la première fois qu’il avait vu ma mère. Sanglé dans son costume de sous-officier qu’il portait avec une martiale prestance, le père de mon maître, jouant des coudes dans la foule d’invités blancs et noirs de l’immense salle des banquets du Rognat, s’était arrangé pour être proche de cette jeune femme qui venait de déclencher une tempête dans son cœur de guerrier. Lorsqu’il fut tout près d’elle, la jeune femme sentit sa présence dans son dos et se retournant, elle le vit. Subjugué par son éblouissante beauté et l’éclatante lumière de ses yeux châtains surmontés de longs cils gracieux, le jeune lieutenant ajusta son costume et s’inclinant devant la « fée » lui dit d’une voix un peu enfiévrée : « Mademoiselle, me feriez vous l’honneur de m’accorder cette danse ? ».

Bien que surprise, la jeune femme accepta de bonne grâce de danser avec le grand et beau militaire qui l’avait invitée. Puis s’accrochant au bras de son cavalier inconnu, elle se laissa emporter dans le tourbillon d ‘une valse viennoise exécutée par l’orchestre. Le jeune lieutenant, dont le séjour en France avait fait un fin connaisseur en la matière, constata avec ravissement que la jeune femme dansait divinement bien. Pendant qu’ils dansaient sans dire un mot, la bouche paralysée par une sorte d’étrange timidité, le père de mon maître, un léger sourire aux lèvres, plongea son regard dans celui de sa cavalière et ne s’en détacha plus, comme s’il cherchait à l’hypnotiser. Lorsque la valse fut terminée, l’orchestre enchaîna sur un tango argentin et le père de mon maître invita de nouveau sa providentielle cavalière qui ne lui refusa pas cette seconde danse et parut même enchantée de remettre ça. L’enivrant tango parut avoir raison de la timidité qui s’était installée entre eux au cours de la valse et ils commencèrent à se parler (à suivre…)

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